Amazon : excellent vendeur de livres. Mais comme éditeur..., bof

Nicolas Gary - 02.10.2015

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Invité de l’émission Friday Boss, sur la station BBC 4, Charlie Redmayne, grand patron de HarperCollins UK, a fait le tour du propriétaire. L’édition britannique, les conséquences de l’internet sur le commerce, et bien entendu, les menaces qui pèsent sur les éditeurs. À commencer par Amazon...


 

 

Sauf que la firme américaine ne fait pas vraiment peur à Redmayne, d’un point de vue éditorial. Le patron de HarperCollins rejoint alors volontiers les propos d’Arnaud Nourry, à la tête du groupe Hachette. En plein séisme contre... Amazon, justement, Arnaud Nourry balayait les craintes de voir un jour la firme de Seattle devenir un éditeur concurrentiel.

 

Ainsi, l’activité éditoriale d’Amazon, « c’est une tentation que les retailers ont, avec peu de succès » et surtout, cela n’inquiétait déjà pas le patron de Hachette, attendu qu’Amazon publie quelques centaines de nouveautés aux États-Unis contre mille dans le groupe. (voir notre actualitté)

 

Le tout avec un pragmatisme déconcertant : « Pourquoi voulez-vous qu’un auteur qui connaît un grand succès, qui est très bien rémunéré pour ce succès, grâce à nous, pourquoi voulez-vous qu’il aille vers un éditeur comme Amazon, qui n’est pas un professionnel du secteur, qui ne sait pas très bien comment vendre dans les librairies traditionnelles, qui ne sait pas nécessairement bien faire la promotion, qui ne sait pas non plus travailler le texte. »

 

Eh bien, près de deux ans plus tard, un autre grand patron de l’édition internationale monte au même créneau, pour lancer les mêmes assertions. Certes, reconnaît Redmayne, le programme d’autopublication Kindle Direct Publishing, offre des possibilités énormes en matière de découverte d’auteurs à venir. Cependant, la branche éditoriale, à proprement parler, d’Amazon, est encore loin d’être assimilée à une concurrente...

 

Le coeur, au centre de la vie éditoriale

 

« Mon propre point de vue, sur ce sujet, c’est qu’ils mettront certainement de l’argent dans ce projet, et n’en verront pas beaucoup revenir – mais peut-être que cela a trait avec ce pourquoi ils sont bons. Ils sont un extrêmement bon revendeur, mais peut-être pas un bon éditeur », insiste Redmayne. (via The Bookseller)

 

Évidemment, on n’a jamais vu d’éditeur lancer des fleurs ni tresser des couronnes à un concurrent. Et le mieux est encore de le dénigrer gentiment, pour s’assurer d’une communication efficace, à destination des auteurs. Raison pour laquelle il l’assure : l’important n’est pas tant dans le marketing, ni la conception, mais le produit que l’on soumet au public, un livre, qui doit être bon.

 

Et dans le modèle de curation de l’édition, si Penguin Random House a montré la direction, HarperCollins entend bien combler le fossé qui puisse exister avec ses lecteurs, pour les rapprocher de leurs auteurs.

 

Cependant, il met en garde ses coreligionnaires pour ce qui est des ouvrages enrichis. Si l’on semble revenir à grande vitesse de la mode des ouvrages enrichis, Charlie Redmayne constate, en matière de fiction : « Quand vous allez voir un film, qui est l’un de vos livres favoris, vous sortez toujours en disant que ce n’était pas aussi bon que le livre. C’est grâce à la capacité de l’auteur de créer un monde imaginaire, mieux que l’on ne peut le faire dans un film. » 

 

Conclusion ? S’il faut mettre de la vidéo dans un ebook, ce n’est pas parce qu’on peut le faire qu’il faut l’intégrer. C’est parce que cela donnera plus de sens au livre. Uniquement.

 

Et toute la formule tient en peu de choses : « Cela ne compte pas de savoir si vous êtes intelligent, si vous êtes au courant des trucs numériques et d’autres choses semblables. Si vous n’avez pas de cœur, vous n’avez rien. »