Amazon : Cheval de Troie dans l'industrie ou ami des lecteurs ?

Julien Helmlinger - 21.01.2015

Edition - International - Amazon - Lecteurs - Auteurs


Jeudi dernier, au Kaufman Center de New York, était rassemblé un public de lecteurs venu entendre les propos de quatre auteurs à propos d'Amazon. Deux écrivains du panel avaient la tâche de défendre l'argument régulièrement invoqué par la société de Jeff Bezos, à savoir que le géant de l'e-commerce serait l'ami des lecteurs. Face à eux, les deux autres écrivains devaient argumenter contre cette idée controversée. Au public de trancher.

 

 

 

 

Les avocats d'Amazon étaient Joe Konrath et Matthew Yglesias, présentés par la Authors Guild comme, respectivement, un gourou de l'autopublication, et actuel rédacteur en chef du magazine Vox. Face à eux se trouvaient l'ancien président de la guilde Scott Turow, et Franklin Foer, ancien rédacteur du magazine américain The New Republic.

 

Ce genre de débat trouve sa conclusion en faisant voter son audience par deux fois, avant et après les discussions. Avant le débat de jeudi, ils étaient 41 % à prendre parti pour Amazon, contre 28 % à mettre en doute l'argument de la société et 31 % encore indécis. En fin de débat la balance était inversée, avec 42 % à voir Amazon comme l'ami des lecteurs, 50 % de l'avis contraire et 8 % d'indécis.

 

L'argumentation des avocats de la firme de Bezos s'axait principalement sur la politique de prix bas que pratique le géant, et ses plus hauts taux de redevances accordés aux auteurs autopubliés. Pour eux, il s'agirait d'avantages ne présentant pas le moindre inconvénient. En face, on a invoqué la diversité de l'écosystème littéraire et la crainte de voir un monde du livre, un jour contrôlé par Amazon.

 

Pour Turow, l'autopublication est un bien pour les auteurs négligés, qui ont ainsi droit à une seconde chance, et cela fonctionne pour certains d'entre eux. Mais, en revanche, il estime qu'il serait préjudiciable à la littérature si son essor se faisait au prix de la disparition des maisons traditionnelles. Il a été également rappelé qu'Amazon a dernièrement réduit les redevances aux auteurs embarqués sur Kindle Unlimited.

 

Foer a quant lui expliqué que les auteurs étaient souvent les moins bien placés pour juger de la qualité de leur propre travail. Amazon pesant actuellement environ pour 41 % de tous les livres vendus aux États-Unis et 67 % des ebooks, ses défenseurs estiment qu'il s'agit d'une preuve de leur travail de qualité. En revanche pour la partie adverse, une telle part de marché est plutôt un problème en soi.

 

Les détracteurs d'Amazon l'ont ainsi comparé à un Cheval de Troie, une société cotée en bourse qui affiche des pertes financières, mais qui se fait son trou au prix de la destruction d'un écosystème de l'édition qui serait essentiel aux auteurs. Son encore pointés les soucis liés à son écosystème propriétaire et son verrouillage par DRM, nuisant à la concurrence, mais aussi aux usagers.

 

Il est possible de voir en ligne l'intégralité du débat, ou sa conclusion.

 

(via AuthorsGuild)