Amazon contre Hachette : circulez, il ne s'est rien passé

Nicolas Gary - 09.07.2014

Edition - Economie


L'échange n'aura pas duré plus de 24 heures, et toujours sur la même stratégie. Soucieux de garder une image la plus propre possible avec le public, Amazon a fait une proposition à certains auteurs. Impactés par le conflit qui s'éternise avec Hachette Book Group, ils se seraient vu reverser 100 % des revenus liés à leurs ventes d'ebooks. Une idée qui a été immédiatement balayée par l'éditeur. Amazon delenda est...

 

 

 Amazon on Mars (The Economist, 21-27 juin 2014)

"Nous venons en paix", couverture de The Economist, 21-27 juin 2014

(ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Depuis bientôt quatre mois, Amazon et Hachette s'affrontent aux États-Unis : l'éditeur refusant de nouvelles conditions commerciales pour les livres numériques, le revendeur a sévi. Il a supprimé les boutons de précommande, imposé des délais de livraison inédits et annulé toute remise. Des méthodes peu banales, destinée à montrer au groupe éditorial que l'on peut aussi s'énerver chez Amazon.

 

Or, les auteurs de Hachette Book Group ont dégainé une lettre ouverte, appelant au boycott de la firme. Impulsée par Douglas Preston, elle a été signée par Stephen King, James Patterson et bien d'autres.  « Nous avons fait gagner des millions de dollars à Amazon et au fil des ans, nous avons contribué tellement, à titre gracieux, à la société, par le biais de coopération à des promotions conjointes, des commentaires et dans nos blogs. Ce n'est pas une manière de traiter un partenaire d'affaires. »

 

Désireux d'apaiser la fronde, Amazon a donc proposé l'impensable : reverser l'intégralité du montant des ventes réalisées sur les livres numériques aux auteurs. Le courrier, envoyé à des agents et des auteurs, a rapidement été relayé dans la presse. Parlant d'« une grande aubaine pour les auteurs », la société reconnaît qu'ils « sont pris en otage, alors que ces négociations traînent en longueur ». Ayant formulé plusieurs propositions déjà, Amazon enfonce donc le clou. 

 

« Amazon et Hachette renonceraient à toutes les recettes et profits sur les ventes de chaque livre,jusqu'à ce qu'un accord soit atteint », et de promettre que si l'éditeur est d'accord, le programme pourrait être mis en place en 72 heures. « Si nous vendons un ebook à 9,99 $, l'auteur obtient la totalité des 9,99 $. » Belle manière de faire passer un prix de vente largement soutenu par la firme, et qui marque l'esprit des consommateurs. 

 

Dans le même temps, Hachette a reconnu qu'Amazon pesait pour 60 % de ses ventes d'ebooks pour les États-Unis : durant une réunion d'investisseurs, faisant un point sur l'année 2013, le groupe Lagardère, propriétaire de HBG, l'avait clairement exposé. Alors, comment accepter ? Pour des analystes spécialisés dans les médias, la méthode de communication adoptée par Amazon est absolument parfaite. 

 

Évidemment, Hachette a renvoyé la firme de Jeff Bezos à ses études : « Amazon vient de nous envoyer une brève proposition. Nous invitons Amazon à retirer les sanctions qu'ils ont imposées unilatéralement et nous continuerons de négocier de bonne foi, avec l'espoir d'une conclusion rapide. » Pour HBG, « la meilleure solution pour les auteurs que nous publions est de parvenir à un accord avec Amazon qui apporte des garanties de revenus, et des termes qui autorisent Hachette à continuer d'investir dans les écrivains, à faire du marketing et de l'innovation. Nous avons hâte de régler ce différend bientôt, en faveur des écrivains qui nous ont fait confiance en nous remettant leurs livres. »

 

La réponse du berger à la bergère a fait monter la moutarde au nez de cette dernière, pour qui la réponse de Hachette est « une foutaise ». Rappelant que le groupe éditorial pèse 10 milliards $, « ils peuvent se le permettre ». Or, les auteurs restent pris au centre de ces affrontements, et dans l'intervalle, conclut Amazon, « nous sommes au point mort, et ils refusent de négocier, malgré les conséquences pour les auteurs. Notre offre est sincère. Ils devraient nous prendre au mot. »