Amazon : "De diaboliques et pourtant merveilleux connards"

Nicolas Gary - 08.04.2014

Edition - International - Anthony Horowitz - Amazon - goût de la lecture


Anthony Horowitz n'y est pas allé de main morte, lors de son discours d'inauguration de la Foire du livre de Londres, ce 7 avril. Prenant la parole à l'occasion de la conférence Publishing for Digital Minds, le romancier britannique a soufflé le chaud et le froid sur la firme Amazon. Semblable à la langue d'Ésope, on y trouve le meilleur comme le pire...

 

 

Anthony Horowitz @ The Belmont Library

 San Mateo County Library, CC BY NC ND 2.0

 

 

Le langage est fleuri, voire imagé, et son effet est redoutable : « Amazon, ce sont de diaboliques connards, ils me répugnent, j'en ai peur. Mais je les utilise tout le temps, parce qu'ils sont merveilleux et c'est là une des parties du problème. » Difficile de faire plus explicite - pas certain toutefois qu'Ésope aurait cautionné le petit écart de langage. Et cela tranche avec l'intervention de Neil Gaiman l'an passé. 

 

Sur le marché britannique, et anglo-saxon plus globalement, la domination d'Amazon dans le marché du livre numérique n'est plus à démontrer. C'est d'ailleurs le cas également en Europe. Mais Amazon ne paye qu'un infime taux d'imposition : quelques millions de livres sterling, selon les chiffres avancés par Horowitz, contre quatre milliards £ de chiffre d'affaires. 

 

Outre les - importantes - questions fiscales, les machines et les écosystèmes fermés, appuie-t-il, « nient l'existence du livre en format numérique ». Et ce, principalement, parce qu'il est impossible pour les lecteurs de proposer le partage des oeuvres. 

 

« Je ne crois pas que les livres mourront un jour. Dans le même temps, nous ne pouvons pas nier que nous sommes dans une transition extraordinaire, et il me semble parfois que les éditeurs ne se saisissent pas de l'ortie, parce qu'ils ont trop peur de se piquer. » Et d'insister sur le fait que les éditeurs doivent mieux comprendre la diversité des solutions offertes par le numérique.  

 

Si l'on parle encore et toujours de nouvelles technologies, il serait temps de se rendre compte que le temps a passé : « Ce n'est pas un nouveau gadget. Nous avons connu 70 ans de numérique, 40 ans d'ebooks, 30 années d'internet, 25 ans de Web, 10 ans de Facebook, et l'iPhone a 7 ans. Ce n'est plus une nouvelle technologie. Nous devrions être horrifiés de constater la lenteur avec laquelle nous nous adaptons à quelque chose qui a changé le monde au cours des sept décennies. »

 

Comparant le déclin des librairies physiques aux États-Unis et au Royaume-Uni, l'écrivain évoque la rapide croissance du livre numérique. Une véritable « opportunité » pour les USA, comme il le souligne, alors même qu'en 2011, la chaîne de librairies Borders faisait faillite. Mais surtout, l'ebook offre une solution réelle pour élargir l'audience des éditeurs, et parvenir à toucher une nouvelle génération de lecteurs, rapporte DBW.

 

Il s'est également étendu sur la situation précaire de nombreux éditeurs, qui se cherchent autant qu'ils cherchent leur modèle économique, perturbés qu'ils sont par la hausse de l'auto-édition. Les auteurs, prenant conscience qu'ils pourraient gagner plus d'argent, en commercialisant seuls leurs ouvrages, seraient enclins à déserter les petites maisons. 

 

Enfin, il s'est attardé sur les difficultés rencontrées par les bibliothèques, sur le territoire britannique, notamment les bibliothèques scolaires, là où commencent l'apprentissage et le goût de la lecture. « Si vous ne commencez pas jeune, si vous ne mettez pas le paquet sur les lecteurs, vous devrez payer la douloureuse. Si je devais lancer un avertissement pour l'avenir, c'est que nous avons besoin de nourrir l'amour de la lecture. »