Amazon défend les consommateurs contre le groupe Hachette

Nicolas Gary - 02.07.2014

Edition - International - Amazon Hachette - livres clients - intérêt économie


Les critiques fusent, et fuseront encore, contre Amazon, et ses tentatives d'intimidation. Ce mardi, c'est un dirigeant de la société qui a pris la parole pour défendre les choix opérés par la firme, accusée de faire pression sur Hachette Book Group. Le différend commercial est entré dans son troisième mois, officiel, mais a démarré en novembre 2013. Clairement, Amazon veut une évolution des conditions contractuelles, et obtenir de meilleurs avantages. 

 

 

 

 

Hachette tient bon le cap, et plusieurs observateurs sont pessimistes quant à l'issue des discussions. Mais Russ Grandinetti, vice-président des contenus Amazon Kindle a frappé très fort : la société est disposée à endurer ces atteintes à sa réputation, parce que ce qu'ils font actuellement est « dans l'intérêt à long terme de nos clients ». 

 

Le risque est pourtant grand, parce que des clients frustrés sont facilement enclins à aller voir ailleurs. Grandinetti rappelle qu'en 2010, le même problème s'est posé avec Macmillan, et qu'Amazon avait alors préféré arrêter de vendre les titres de l'éditeur - qui souhaitait passer au contrat d'agence. 

 

Par ce modèle contractuel, l'éditeur était à même de fixer le prix de vente du livre, contrairement à l'achat de gros, où le revendeur fait ce qu'il veut avec le prix public. « Nous nous battions pour ce que nous pensions être le mieux pour les consommateurs, et la chose est toujours vraie aujourd'hui », assure Grandinetti. 

 

Rappelons que ce contrat d'agence a fait l'objet d'une procédure devant la justice américaine, puisque le Department of Justice a intenté un procès contre les éditeurs et Apple, accusés d'entente. Les éditeurs ont choisi de payer une amende, mais Apple est toujours en procédure d'appel.

 

Selon des données de Codex Group LLC, citées par le Wall Street Journal, les parts de marché d'Amazon ont augmenté considérablement au cours des cinq dernières années, de 12 % à 40 %, et sur le livre numérique, de 58 % à 64 %. « Ils sont le plus puissant détaillant aujourd'hui, et de loin », garantit Peter Hildick-Smith. 

 

Or, si les livres numériques sont loin d'être l'activité de vente en ligne la plus rentable, ils ont représenté 3,04 milliards $ de vente l'année passée. Un chiffre qui afficherait une diminution de 0,7 %, toute relative, puisque les données ne prennent pas en compte l'autopublication. 

 

Le problème, pour Amazon, est que sortir perdant de cette affaire impliquerait une véritable claque à la Bourse, et une punition immédiate de Wall Street. Dans le même temps, Hachette Book Group aurait certainement déjà concédé du terrain, s'il estimait les demandes justes. Et pendant ce temps, le conflit s'éternise.

 

Au cours des derniers mois, on a pu constater qu'Amazon avait supprimé les précommandes de nouveautés, mais également ajouté des délais de livraison considérables sur les titres de l'éditeur et de ses filiales. Enfin, aucune remise n'était proposée, chose presque impensable de la part d'Amazon. 

 

On en arrive par ailleurs à des situations presque risibles, puisque la firme vient de présenter la liste des titres recommandés pour le mois de juillet, et l'on y retrouve le livre California de Edan Lepucki... indisponible aux précommandes. Que l'on se rassure, Stephen Colbert, présentateur du show éponyme à la télévision américaine a décidé d'apporter tout son soutien à cette auteure, en commercialisant sur son propre site le livre...