Amazon durcit sa politique tarifaire sur les livres, l'édition accuse le coup

Clément Solym - 03.10.2016

Edition - Economie - Amazon politique tarifaire - prix livres Amazon - ebook éditeurs Amazon


Après les mauvais résultats du premier trimestre, l’industrie américaine ne pourra pas non plus se réjouir des chiffres du mois d’avril. Deux tendances se maintiennent : le déclin des ventes numériques, et la hausse des ventes de poche et d’audiobooks. Et un chiffre d’affaires en berne.

 

 

 

Avec 729,6 millions $ réalisés pour avril 2016, les résultats sont préoccupants : c’est une diminution de 7 % en regard des chiffres d’avril 2015, selon le communiqué de l’Association of American Publishers, d’après les données StatShot. Et cette tendance à la baisse globale se confirme, puisque les quatre premiers mois de 2015 affichaient 4,3 % de CA en plus – l’industrie enregistre en effet 2,85 milliards $ entre janvier et avril.

 

Quelques éléments de comparaison bruts sont fournis

  • les livres de poche augmentent de 21,5 %
  • les audiolivres pareil, à 20,4 %
  • les livres grands formats grimpent de 2,6 %
  • les ebooks chutent de 22,7 %

 

D’une année à l’autre, les poches et livres audio affichent une croissance respective de 9,9 % et 31,4 % – et sont, dans le même temps, les segments avec la plus forte croissance. Au premier trimestre 2016, les ventes globales accusaient un repli de 3 %.

 

Le tout est résumé dans une rapide infographie présentée par l’AAP. Seule véritable raison de se féliciter, la hausse de 3,4 % des ventes de livre de poche de masse. Mais pour le reste...

 

 

 

Le sourire carnassier de Jeff Bezos

 

Pour le reste, il semble qu’Amazon fasse de nouveau des siennes. Depuis près de deux ans, les livres numériques ont un prix désormais établi par les éditeurs américains. La chose a permis de réévaluer le tarif public, en l’encadrant étroitement – de quoi redonner un peu de valeur aux ebooks pour les maisons, qui reprochaient la politique du 9,99 $ pratiquée par Amazon.

 

Sauf que pour les ventes de livres imprimés, il n’existe toujours aucun outil de régulation – pour les livres numériques, c’est un accord contractuel qui permet la fixation du prix. Or, comme le prix des ebooks a grimpé, les lecteurs désertent quelque peu le format. Et dans le même temps, les revendeurs sont libres, comme ils l’ont toujours été, de fixer le prix de vente public qu’ils souhaitent pour les livres papier. 

 

Il apparaît donc comme une double évidence que : 

  • le prix de vente des ebooks freine les lecteurs
  • les ventes de poche s’opèrent avant tout du fait du prix moindre

 

La hausse enregistrée n’aurait donc pas vraiment les vertus que l’on souhaiterait dans l’industrie : les lecteurs ne reviennent pas vers l’imprimé par plaisir, mais plutôt par volonté économique.

 

Or, plusieurs experts ont constaté qu’Amazon a enclenché une politique plus agressive que jamais. Contrairement au numérique, le marchand achète le papier avec un prix de gros – au kilo, en quelque sorte – et le revend avec la décote qui lui convient. Cela conduit à une hausse des ventes pour les poches, mais une baisse des grands formats.

 

Comme dans le même temps, le prix moyen de vente d’un ebook a augmenté de 5 $, les lecteurs fichent bel et bien le camp. 

 

Le prix des livres, crucial pour les lecteurs : la preuve, l’ebook s’effondre 

 

 

Depuis août dernier, le cybervendeur s’est d’ailleurs focalisé sur une présentation telle que le contrôle tarifaire qu’a obtenu l’édition est finalement en train de tourner à leur désavantage. Qu’est-ce qu’Amazon cherche donc à obtenir ? Très certainement un retour du prix public pour les ebooks qui reviennent autour de 9,99 $. Et en mettant la pression sur le modèle économique du livre imprimé, toutes les maisons se retrouvent dans une situation complexe. Très complexe. 

 

Monopolistique sur le secteur numérique, Amazon cherche donc à faire en sorte que personne n’achète les fameux ebooks, en confrontant leur prix de vente à celui des grands formats. Quand un lecteur découvre que moins d’un dollar sépare la version numérique du grand format, que fait-il ? Cette pratique pouvait facilement s’observer quelques mois après la publication du grand format. 

 

Sauf que, le jour même de la sortie, voilà qui a de quoi perturber le public. Et l’inciter à attendre que le poche sorte... Bouleversement, vraiment ?

 

via TechCrunch