"Amazon est à la recherche de meilleurs profits" (CEO de Hachette)

Nicolas Gary - 11.08.2014

Edition - International - Michael Pietsch - Amazon ebooks - livres vente


Jeff Bezos a fait passer une lettre à l'attention de tous les lecteurs et auteurs, s'appuyant, en le faisant mentir, sur George Orwell : rien ne vaut un solide auteur, toujours brandi quand il faut parler de manipulation, pour faire son petit effet. Assimilant livre numérique et livre de poche, la société Amazon tentait de convaincre que le support dématérialisé était l'avenir. Et que le Kindle était donc aussi l'avenir...

 

 

Father Vs. Son

Stéfan, CC BY NC SA 2.0

 

 

Le manifeste d'Amazon de ce week-end a fait grand bruit : le fond du courrier tournait autour de la vente de livres numériques à prix réduit. Considérant que le groupe Hachette vend ses ebooks trop cher, et paye trop mal ses auteurs, Amazon décidait de mobiliser toutes les troupes possibles - alors que dans le même temps, une lettre ouverte était publiée sur une pleine page du New York Times, signée par plus de 900 auteurs en soutien à l'éditeur.

 

Amazon fournissait également l'adresse email du CEO de Hachette Book Group, Michael Pietsch, en incitant tout un chacun à lui écrire, pour faire valoir le droit des lecteurs à acheter leurs livres numériques moins chers. 

 

Le CEO n'a pas non plus tard à réagir, et du tac au tac, il a dégainé une longue lettre, pour étayer la position du groupe. Ce dernier, assure-t-il, ne commente que rarement les négociations en cours, mais en regard des demandes qu'il a reçues, Pietsch a préféré prendre les devants. Et « répondre avec de nouveaux éléments ».

 

Selon lui, Hachette fixe les prix de ses ebooks « bien en deçà des livres imprimés correspondants », et surtout, « plus de 80 % des ebooks que nous publions sont au tarif de 9,99 $, ou plus bas ». De la sorte, les arguments avancés par Amazon seraient erronés. Surtout, précise-t-il, qu'à la publication de la version poche, les ebooks dont le tarif serait supérieur à 9,99 $, voient leur prix de vente diminuer.

 

D'ailleurs, HBG insiste sur l'innovation formidable que fut le livre de poche, « car il ne vise pas à remplacer les grands formants, mais à créer un nouveau format disponible plus tardivement, à un prix inférieur ».

 

« Ce différend a commencé parce qu'Amazon est à la recherche de meilleurs profits, et encore plus de parts de marché, au détriment des auteurs, des librairies physiques et de nous-mêmes », assure le CEO. Toutes les personnes qui ont écrit à Pietsch devraient recevoir ces prochains jours le courrier dans son intégralité. 

 

Ce que n'évoque pas Pietsch, dans sa lettre, c'est que les livres de la tranche supérieure à 9,99 $ représentent peut-être 20 % des ouvrages, mais pour quelle part des best-sellers ? Si les 80 % de la production sont des titres du domaine public, ou des titres publiés voilà plus de deux ans, on comprend la politique tarifaire. Cependant, quel montant du chiffre d'affaires représentent ces 80 % ? L'effort de transparence incomplet laisse encore planer de nombreuses interrogations. 

 

« Hachette fixe les prix de ses livres de sa propre initiative, et pas en accord avec qui que ce soit », insiste par ailleurs le CEO. En effet, Amazon, ayant détourné une citation d'Orwell, pour donner plus de punch à son argumentaire, faisait dire à l'écrivain qu'il incitait les éditeurs à une entente. Or, en 2012, Apple et les éditeurs du Big 5 ont été impliqués dans une procédure juridique, et accusés d'entente sur la fixation du prix des livres numériques. L'écho était bienvenu, parce qu'il servait la cause et le plaidoyer d'Amazon, mais certainement pas juste. 

 

« Hachette et Amazon sont tous deux de grands acteurs commerciaux et aucun ne devrait revendiquer un monopole sur le progrès, mais de notre côté, nous croyons à une industrie du livre où le talent est respecté et le public des lecteurs se voit toujours offrir un choix », poursuit Pietsch.

 

« Une fois de plus, nous demandons à Amazon de faire cesser ses sanctions contre les auteurs de Hachette, qu'ils ont imposées unilatéralement, et de rendre à leurs livres un niveau de disponibilité normal. Nous négocions avec eux en toute bonne foi. Ces mesures punitives ne sont pas nécessaires, et pas celles que nous attendons d'un partenaire d'affaires de confiance. »

 

Voici la lettre de Pietsch dans son intégralité. Nous la diffusions en version originale, et publierons la version française, dès que Hachette Livre la communiquera. 

Thank you for writing to me in response to Amazon's email. I appreciate that you care enough about books to take the time to write. We usually don't comment publicly while negotiating,but I've received a lot of requests for Hachette's response to the issues raised by Amazon, and want to reply with a few facts.

Hachette sets prices for our books entirely on our own, not in collusion with anyone.

We set our ebook prices far below corresponding print book prices, reflecting savings in manufacturing and shipping.

More than 80% of the ebooks we publish are priced at $9.99 or lower.

Those few priced higher—most at $11.99 and $12.99—are less than half the price of their print versions.

Those higher priced ebooks will have lower prices soon, when the paperback version is published.

The invention of mass-market paperbacks was great for all because it was not intended to replace hardbacks but to create a new format available later, at a lower price.

As a publisher, we work to bring a variety of great books to readers, in a variety of formats and prices. We know by experience that there is not one appropriate price for all ebooks, and that all ebooks do not belong in the same $9.99 box. Unlike retailers, publishers invest heavily in individual books, often for years, before we see any revenue. We invest in advances against royalties, editing, design, production, marketing, warehousing, shipping, piracy protection, and more. We recoup these costs from sales of all the versions of the book that we publish — hardcover, paperback, large print, audio, and ebook. While ebooks do not have the $2-$3 costs of manufacturing, warehousing, and shipping that print books have, their selling price carries share of all our investments in the book.

This dispute started because Amazon is seeking a lot more profit and even more market share, at the expense of authors, bricks and mortar bookstores, and ourselves. Both Hachette and Amazon are big businesses and neither should claim a monopoly on enlightenment, but we do believe in a book industry where talent is respected and choice continues to be offered to the reading public.

Once again, we call on Amazon to withdraw the sanctions against Hachette's authors that they have unilaterally imposed, and restore their books to normal levels of availability. We are negotiating in good faith. These punitive actions are not necessary, nor what we would expect from a trusted business partner.

Thank you again and best wishes,

Michael Pietsch