Amazon et Flipkart se mettent à dos l'édition, en Inde

Antoine Oury - 24.10.2014

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Depuis des mois, le conflit Amazon-Hachette, autour de certaines conditions contractuelles, fait couler beaucoup d'encre outre-Atlantique, et en Europe. Le ecommerçant est qualifié de censeur, parce qu'il allonge les délais de livraison sur les titres Hachette, et interdit les précommandes, afin de faire pression sur le groupe d'édition. L'édition indienne vient de faire part de soucis similaires, vis-à-vis d'Amazon, mais aussi de Flipkart.

 


flipkart.com

Le siège de Flipkart... il y a quelques années déjà (Sankarshan Mukhopadhyay, CC BY-SA 2.0)

 

 

Flipkart est l'un des principaux sites de ecommerce indien, et propose des livres dans sa boutique en ligne. En s'installant sur le territoire indien en 2013, Amazon est devenu son concurrent direct et, sans surprise, les deux enseignes se livrent à présent à une véritable guerre des prix, qui touche aussi l'édition. Le 30 octobre dernier, les remises abusives sur les prix ont conduit les éditeurs indiens à créer trois associations, afin d'intenter des actions en justice contre les boutiques en ligne.

 

On compte une centaine de sociétés, et, déjà, de vieux ennemis d'Amazon : Hachette, Penguin Random House, mais aussi Rupa, un groupe local, font partie des plaignants. Les trois associations rassemblent également la Fédération des éditeurs indiens, la Fédération des libraires et éditeurs de l'État de Delhi, ou encore l'Association des libraires.

 

La crainte d'un duopole, mais aussi d'une dévaluation à long terme du livre, a poussé les organisations professionnelles à agir au plus vite. « Nous avons essayé de nous faire entendre de Flipkart et d'Amazon, mais ils sont devenus trop gros pour nous prêter attention. C'est pourquoi nous choisissons une voie légale », témoigne un éditeur membre de cette alliance.

 

D'après les libraires, Amazon et Flipkart pratiquent des remises de 10 à 20 % en dessous du prix d'achat du livre, un seuil que les autres libraires ne peuvent se permettre. La ligne de défense des ecommerçants s'appuie sur le fait que leurs boutiques ne sont que des « marketplace », autrement dit des vitrines pour d'autres vendeurs, qui fixent eux-mêmes leur prix de vente. Mais des opposants aux deux sociétés assurent qu'elles financent ces vendeurs, pour les inciter à baisser leurs prix, et ainsi attirer plus de clients.

 

Quelques auteurs se sont joints aux critiques des éditeurs, notamment Amish Tripathi, auteur du best-seller Shiva Trilogy. Mais, comme aux États-Unis, la presse est accusée de ne relayer que le point de vue des éditeurs et des auteurs de best-sellers. Les ventes de livres numériques, qui dans certains cas atteignent les 100 exemplaires pour un livre papier, ou encore les possibilités en matière d'autoédition, ne sont jamais abordées dans ces articles, jugés partisans par nombre d'observateurs.