Amazon et Google : un oligopole inarrêtable dans le monde du livre

Clément Solym - 23.02.2009

Edition - Société - Google - Books - Amazon


Voilà probablement les deux futurs maîtres du livre sur internet : le premier parce qu'il a su offrir un lecteur et des livres numériques combinés pour une offre encore perfectible - loin s'en faut - qui sait faire parler d'elle. L'autre a numérisé - ou peu s'en faut - la moitié des livres de la planète et s'apprête à finir le travail, tout en ruant dans les brancards légaux. Amazon et Google, un oligopole dans le monde du livre...

La semaine passée, Richard Sarnoff, président de l'Association of American Publishers a posé sur la table quelques réflexions, qu'Ars Technica a cordialement ramassées... Pour lui, l'accord Google avec les éditeurs créera un duopole constitué de Google et Amazon, le premier proposant la consultation bientôt illimitée, quand l'autre propose l'achat dans le domaine des livres électroniques.

Deux facettes, un même univers ?


Avant toute chose, il faut préciser combien le modèle économique de Google pourra, si le tribunal de New York y donne suite, entrer en concurrence directe avec Amazon. Et combien concurrencer Google sur ce domaine sera chose complexe ! Regrettant que les éditeurs qu'il représente n'aient pas su créer ce monopole, pour l'un ou l'autre de ces marchés, la recherche en ligne ou la vente, Richard ne conteste pas que Google sera mis en position monopolistique en cas d'accord.

Pour ce qui est d'ailleurs de la concurrence, seule lui restera la possibilité de mettre en place des moteurs de recherche de niche, orientés vers des secteurs très précis. Mais avant de pouvoir égratigner Google, des obstacles juridiques se poseront immanquablement. D'autant que si le système de rémunération que le moteur souhaite mettre en place s'avère opérationnel, la structure de sa base de registre restera difficile à reproduire.

Google qui concède ? Étrange...

Plusieurs concessions ont été faites de la part de Google pour parvenir à ce point, estime Richard. D'abord le paiement des 60 $ pour tout livre numérisé, dont les détenteurs des droits pourraient être identifiés. Ensuite, le choix possible pour ces derniers d'autoriser telle ou telle annonce publicitaire, s'ils acceptent la publicité. En outre, cet accord de 125 millions $ ne manquera pas de créer de la richesse et des revenus pour les auteurs. D'autre part, l'Europe a obtenu plusieurs concessions importantes, notamment sur les livres considérés comme épuisés.


En effet, le système d'abonnement à la bibliothèque que représentera cette immense base de données pour assurer la consultation illimitée des oeuvres sera non négligeable dans la balance. Pour les bibliothèques elles-mêmes, un nombre limité de terminaux autorisera cette consultation libre, restreignant les pertes financières.

Du déjà-vu avec Google Vidéo ?


Voilà quelques années, le moteur avait en effet proposé de payer un espace de stockage pour héberger ses vidéos. Mais l'échec a été constaté. Et pourtant, on tente de reproduire le même schéma ici : on se connecte avec son compte Google pour accéder aux oeuvres achetées. Car le géant sera aussi vendeur d'ebooks, et sur ce point Sarnoff se réjouit des mesures prises pour empêcher la vente illicite de livres.

En effet, les achats effectués n'induisent pas que l'on transférera un fichier, mais plutôt qu'il sera stocké dans une sorte de nuage auquel on accédera une fois connecté. Et uniquement. Même le cache du navigateur n'autorisera pas la consultation hors ligne semble-t-il. Mais justement : les internautes qui avaient payé pour acheter des vidéos ou les stocker, une fois le service de vidéo arrêté se sont retrouvés Gros-Jean comme devant et privé de leurs vidéos.

Attendre de voir, évidemment

Sarnoff n'ignore pas ce point et souhaite que le moteur maintienne l'accès pour ne pas replonger dans le marasme de la vidéo. Mais d'ici à ce que des mesures de contournement soient mises en place, ou qu'un plug-in pour Firefox soit développé, permettant de télécharger les pages et de les rassembler dans un fichier PDF, on continue de se poser des questions sur le modèle de Google Books...