Amazon et l'hypocrisie du business érotique

- 10.05.2013

Edition - International - littérature érotique - 50 shades - pornographie


Cachez ce sein que je ne saurais voir, mais pas question de ranger le portefeuille. Jusqu'à ce week-end, Amazon affichait une éthique particulière parmi les acteurs numériques de premier plan. Apple et ses activités sur le marché de l'application et de la revente d'ebooks a toujours tenu à purger ses catalogues de contenu pornographique ou vaguement érotique. Cas un peu différent chez PayPal. Le leader du paiement par virement en ligne refuse que ses activités soient liées au business de la littérature érotique. Les choses sont différentes entre commerce du corps et contenus culturels sulfureux.

 


La Satire religieuse, XXe siècle, musée de l'érotisme (CC)

 

 

Néanmoins, dans les deux cas, les acteurs se privent d'une manne exponentielle. Et qui contrairement aux questions éthiques portées par la pornographie en image, confine au puritanisme au sujet d'Apple. Mais pas Amazon qui a largement profité du succès de l'édition érotique, 50 nuances de Grey, en tête, et plus largement la publication de séries de « romances ». Des titres plutôt tournés vers un public féminin avec ce qu'il faut de sentiment, mais aussi de volupté, particulièrement  faciles d'accès et déclinés à l'envi en séries.  

 

En fin de semaine dernière, Amazon s'est prêté à ce que de le net anglophone a déjà baptisé comme « pornocaust ». Un retrait global des titres coquins, non pas de son catalogue, mais simplement des filtres du moteur de recherche global du site marchand. Toujours disponibles à l'achat, les livres se retrouvent dans une certaine marginalité, puisqu'à moins de connaître le titre du livre, il faudra cliquer sur la section Livre ou Kindle pour accéder aux rubriques. En soi, rien d'exceptionnel pour un utilisateur aguerri de l'e-commerce, mais qui inquiète les auteurs sur cette perte de transparence. La solution au risque pour les enfants semble disproportionnée par rapport à l'applicaton d'un simple filtre à la manière des verrous de contrôle parentaux.   

 

Une attitude hypocrite qui profite de la vente tout en masquant son existence le plus possible. Avec 86.000 titres coquins dans la rubrique « érotica » compte le double du catalogue de la poésie et pratiquement deux fois plus que la fantasy ou la science-fiction. Cette mise au ban tout en profitant de leurs revenus a indigné les auteurs d'un genre en très bonne santé financière.

 

Au-delà-de la légitimité de cacher certains contenus au grand public, les auteurs se sentent « méprisés » comme ils le relatent sur un blog commun, One Handed Writers, qui vend pourtant plutôt bien par le biais de la plateforme, mais plus grâce au lien affilié. Le renvoi vers le partenaire en ligne n'est plus opérationnel. Parmi les auteurs qui vendent bien et qui participent à la grogne, Selena Kitt vend un demi-million d'exemplaires par un an.

 

Une mise au pilori qui empêche les auteurs du genre de référencer leurs œuvres selon des filtres thématiques. Ce qui pourtant serait utile pour classer les écrits selon le degré d'éléments explicites. De sorte qu'une personne cherchant un texte avec une coloration érotique pourra tomber sur un ouvrage beaucoup plus crû que ce qu'il recherche. Manque de filtre et invisibilité. L'arrivée même sur les rubriques livres et kindle store ne permettent pas de naviguer directement dans les rubriques supprimées. Il faudra taper un titre pour accéder enfin à la rubrique Erotica. De quoi perdre une bonne part de la clientèle dans la navigation.

 

Par le passé, Amazon avait déjà restreint la lisibilité de quelques écrits relatifs à l'inceste ou dont la couverture comportait une femme avec les bras croisés sur une poitrine nue.