Amazon et sa plateforme d'autopublication accusés de faciliter le plagiat

Camille Cado - 26.04.2019

Edition - Justice - plagiat droits d'auteur - Nora Roberts plagiat justice - Cristiane Serruya plagiat


Mercredi 24 avril 2019, Nora Roberts a décidé de poursuivre en justice Cristiane Serruya, une autrice brésilienne, pour violation du droit d’auteur. En effet, la célèbre romancière américaine l’accuse d’avoir paraphrasé son travail dans certains de ses écrits autopubliés via Kindle Direct Publishing. Par la même occasion, elle pointe du doigt Amazon et son service d’autopublication, qui, selon elle, ne seraient pas assez vigilants pour détecter le plagiat et pire encore, le favoriseraient.  


Nora Roberts, Dev Librarian CC BY SA 2.0
 

La romancière à succès Nora Roberts accuse Christiane Serruya de « multiples plagiats », et ce, à un niveau « rare et intolérable ». D'après elle, l’écrivaine brésilienne aurait repris des passages de 93 livres de 41 auteurs différents. « Son vol est si vaste, qu’elle ne pourra pas s’en sortir, aucune raison ne peut excuser son acte. Ses livres ne sont que des patchworks littéraires », affirme Roberts sur son blog

Nora Roberts demande des dommages-intérêts d’au moins 25.000 $ — qu’elle offrira à un organisme d’alphabétisation au Brésil — ainsi que le retrait des livres de Christiane Serruya d’Amazon. Daniel Lopez, avocat de la défense et spécialiste des droits d’auteur, a déclaré qu’une affaire comme celle-ci pouvait prendre 5 à 10 ans pour être jugée par les tribunaux brésiliens et que « le montant de l’indemnisation pourrait être élevé puisque Roberts, écrivaine de renommée mondiale, peut prétendre avoir subi beaucoup de tort moral ». 

Une affaire qui s’avère donc plutôt longue, mais qui ne décourage en rien Roberts. « Si on vole mon travail, on le paie, et je ferai tout ce qui possible pour que ces personnes n’écrivent plus » a-t-elle déclaré, déterminée, lors d’un récent entretien téléphonique avec l’Associated Press. 

« Et puis il n’y a pas que moi, beaucoup d’autres auteurs sont impliqués, mais ils n’ont souvent pas assez d’argent pour aller jusqu’au jugement. Moi, j’ai l’argent, et je me battrai » a-t-elle repris. Et en effet, rappelons que cette autrice qui a écrit de nombreux best-sellers comme The Liar (Le menteur, traduit par Joëlle Touati chez Robert Laffont, ou Vision in White (Rêves en blanc, traduit par Maud Godoc chez J’ai Lu) fait partie du top 5 des auteurs les mieux payés du monde. 
 

#CopyPasteCris : dénonce ton plagiaire


D’autres auteurs ont en effet accusé l’auteure brésilienne de plagiat, sans pour autant aller jusqu’au procès. Il y a deux mois, Courtney Milan a découvert que Royal Love de Cristiane Serruya avait de nombreuses similitudes avec son ouvrage, The Duchess War (traduit sous le titre de Le Secret de la duchesse : Les Frères ténébreux par Elisabeth Luc chez les éditions Milady). 

Courtney Milan lui a d’ailleurs adressé un article sur son blog, titré « Cristiane Serruya est une atteinte au droit d’auteur, une plagiaire et une idiote ». Et d'écrire : « Après enquête, j’ai conclu que Christiane Serruya avait copié, mot pour mot, plusieurs passages de mon livre The Duchess War », affirme-t-elle, avant d’exposer ses preuves :


 
Depuis, de nombreux romanciers, dont Tessa Dare, Loretta Chase et Lynne Graham ont porté des accusations similaires. Les lecteurs partagent également leur découverte des plagiats de Christiane Serruya, sous le hashtag #CopyPasteCris
 

Kindle Direct Publishing : responsable du plagiat ? 


Sur son blog, Nora Roberts a également critiqué la « culture avide et opportuniste » que développerait Kindle Unlimited d’Amazon. Selon elle, cette plateforme d’autopublication, qui rémunère les auteurs en fonction du nombre de pages qu’ils publient, incite au travail « vite fait bien fait ». Or, le plagiat peut en devenir la conséquence directe, en encourageant les auteurs peu scrupuleux à rassembler rapidement des passages d’autres sources. 

« Vous avez des factures à payer ? Devinez quoi, les écrivains que vous contribuez à ruiner en ont aussi » s’exclame-t-elle dans un de ses articles

L’auteure américaine a également reproché à Amazon son manque de vigilance quant au plagiat. « Ce sont mes lecteurs et mes collègues écrivains qui m’ont prévenue, Amazon n’était même pas au courant que les textes de Christiane Serruya étaient les miens. Et ça, c’est un problème » explique-t-elle. 
 
Pour sa défense, l’auteur brésilienne a affirmé qu’elle « n’aurait jamais plagié quelqu’un intentionnellement [...] J’ai commis une erreur, mais voilà certains mentors m’obligeaient à écrire de plus en plus et avec des délais très rapides », a-t-elle maladroitement expliqué.

Et si la plupart des ouvrages de Serruya ont été retirés de la plateforme de Jeff Bezos, ils sont toujours disponibles chez le libraire Barnes & Noble et sur la plateforme Google Play. 
 
« Nous prenons très au sérieux les violations des lois et des droits de propriété », a déclaré Amazon dans un communiqué. « Nous utilisons des équipes d’enquêteurs et des nouvelles technologies pour supprimer les ouvrages qui contiennent du plagiat, et ce, avant publication. De plus toutes les pages de produits Kindle contiennent un lien permettant à quiconque de signaler les titres suspects et l’équipe examine tous ces titres. »

Ponce Pilate ne s'en serait pas mieux lavé les mains...


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