Amazon, l'ami des Français qui se sentent écrivains – et frustrés ?

Clément Solym - 20.03.2015

Edition - Société - Kindle Direct Publishing - Amazon livres auteurs - éditeur publication France


Amazon déploie la logique commerciale jusqu'au bout : présentant son service d'autopublication, Kindle Direct Publishing, lors du Salon du livre de Paris, la firme diffuse une étude, menée par Odoxa. Il s'agit de convaincre de l'intérêt que les Français ont pour l'écriture, affirmant qu'un sur trois a déjà écrit ou songé à écrire un livre.

 

 

Kindle 3

Zhao ! CC BY 2.0

 

 

Kindle Direct Publishing, c'est le service fort d'Amazon : un outil pour vendre des textes, en direct, avec 70 % de droits perçus sur la vente. Rien de mieux, pour consolider la présence du marchand américain, qu'une étude bien sentie, déplorant l'envie éditoriale des Français, et, en parallèle, la difficulté d'être publié. 

 

Un Français sur deux aime écrire, et 14 % aiment beaucoup cela. Les hommes seraient cependant moins motivés que les femmes, 44 % contre 55 %, et, chez les jeunes (18-24 ans), ils sont 59 % à apprécier l'exercice. « Pour les Français, l'écriture serait un bienfait pour la santé ! Ils citent en effet “faire travailler sa mémoire” comme première vertu de l'écriture (44 %), assez loin devant le fait de faire passer des messages difficiles (36 %), parvenir à décrire des sentiments (30 %), s'évader (20 %) et se détendre (17 %). », explique l'étude.

 

En France, ils sont ainsi 31 % à être tentés par le pari de l'écriture, avec 4 % qui se sont vraiment lancés, et 27 % qui en sont restés au stade du projet. Majoritairement, nous verrions alors fleurir des romans, puisque 56 % des répondants ont une idée romanesque en tête quand ils envisagent d'écrire. L'autobiographie ou la biographie représentent tout de même 49 % et 26 %. En revanche, livre jeunesse, historique et BD ne pèsent pas lourd : 8 %, 5 % et 3 %. 

 

La directrice générale d'Odoxa, Céline Bracq, assure : « Le plaisir d'écrire appartient-il à un autre temps ? Non : il y a encore des Français qui aiment cela et ils sont nombreux. On constate même qu'à rebours des clichés, ce sont les jeunes qui sont les plus attirés et motivés par l'écriture, comme si le goût de l'écriture tendait à s'épuiser avec le temps et la vie professionnelle. »

 

Le goût de l'écriture amène 40 % des personnes à se lancer, contre 31 % qui ont l'envie de transmettre une histoire, et 19 % qui se servent de l'écrit comme d'une thérapie. Enfin, 10 % sont spécialisés dans un sujet et souhaitent le détailler.

 

Amazon, votre meilleur ami

 

Alors, comment ne voit-on pas venir avec ses gros octets, le service d'autopublication d'Amazon ? 57 % des Français seraient disposés à acheter un livre sur une plateforme d'autopublication, et 6 % des Français seraient d'ailleurs certains de le faire. En parallèle, 92 % des répondants estiment que trouver un éditeur pour son livre est difficile – ils sont 44 % à l'estimer trop difficile. 

 

Et 73 % pensent alors que l'autopublication est un outil efficace : 

  • Près de 6 Français sur 10 (57 %) se disent prêts à payer un livre publié sur des plateformes d'auto-édition en ligne.
  • Le livre auto-édité sur internet est attrayant : 3 Français sur 10 déclarent avoir eu l'occasion d'en lire un.
  • Les avis et notations restent les facteurs les plus incitatifs à l'achat d'un livre auto-édité selon 68 % des Français (respectivement 37 % et 31 %), devant la possibilité de lire gratuitement des extraits de l'œuvre convoitée (38 %) et un prix très bas (31 %).
  • Deux tiers des Français (64 %) regardent les avis avant d'acheter un bien culturel sur internet.

Enfin, cerise sur le gâteau, et fer de lance de la communication d'Amazon : puisque KDP propose avant tout des ouvrages en version numérique, qu'est-ce que les Français pensent de ce format ? Eh bien, comme ils sont 64 % à regarder les avis des utilisateurs, avant de se lancer dans l'achat d'un bien culturel, les Français pourraient y être sensibles. 

 

Selon les données, 30 % de la population aurait déjà acheté un livre numérique, et 74 % estiment qu'ils devraient être « nettement moins chers » que les livres imprimés. Amazon et Odoxa se garderont bien de donner la moindre valeur tarifaire : l'important est de faire parler les statistiques, c'est plus criant.

 

Un jeu auquel 100 % des gagnants ont tenté leur chance.