Amazon, le Dark Vador du livre, prépare “un hiver nucléaire dans l'industrie de l'édition”

Clément Solym - 02.03.2016

Edition - Economie - Dark Vador menace - Amazon monopole livres - édition industrie


Rohan Silva, ancien conseiller de Downing Street, s’est fait remarquer pour avoir ouvert la première librairie londonienne où smartphones et tablettes sont littéralement prohibés. Mais cet ancien proche du pouvoir britannique n’est pas qu’un entrepreneur : il a également des convictions, partagées sur la place publique. Et sa cible n’est autre qu’Amazon, toujours un classique. 

 

2007 Disney Weekends #4: Darth Vader

Star Wars, CC BY 2.0

 

 

Qu’on le désigne comme le Grand Satan, Dark Vador ou par d’autres jolis noms d’oiseaux, Amazon est toujours la cible favorite : trop grosse, trop évidente. Alors que Rohan Silva préparait l’inauguration de sa librairie de Londres, baptisée Libreria, il appelait en parallèle le gouvernement à faire intervenir les chiens de garde de la Concurrence. « La façon dont ils sont écrasés est absolument déchirante », expliquait-il.

 

Ils ? Les petits éditeurs, rien de moins. « Je suis consterné par la latitude que les autorités gouvernementales et celles de la concurrence accordent à Amazon, ce qui implique pour les petits éditeurs de n’avoir pas d’autres choix que de traiter avec Amazon. » Et d’ajouter, sans sourire : « Le gouvernement et la Concurrence lui ont permis de devenir particulièrement dominant et d’étouffer la concurrence. C’est vraiment terrifiant. » 

 

Cela dit, il n’accuse pas simplement le gouvernement de David Cameron : les précédents se sont montrés tout aussi faibles dans leur manière d’appréhender le problème. « En tant que pays, nous sommes très détendus en matière de concurrence sur les marchés libres et les dégâts que cela occasionne sur les petits commerces. Je crois que l’entreprise peut être une grande force dans le monde, mais nous devrions sévir quand les sociétés abusent de leur position dominante sur le marché. »

 

Scott Turow, auteur américain qui campe régulièrement dans la catégorie des meilleurs vendeurs, estimait que le pouvoir détenu par le cybermarchand était totalement délirant. Il parlait d’une menace pour la liberté d’expression. « Ils sont, comme je les ai déjà désignés, le Dark Vador du monde littéraire », assurait cet ancien président de l’Authors Guild aux États-Unis.

 

Il estimait également que le ministère de la Justice aurait déjà dû intervenir sur le territoire américain. Selon lui, si rien n’est fait du côté des autorités de régulation, Amazon provoquera « un hiver nucléaire dans l’industrie du livre ». 

 

Selon l’économiste Paul Krugman, Amazon est clairement le détaillant le plus important du pays : 75 % des ventes en ligne passent par lui, 65 % des ebooks y sont vendus et plus de 40 % des ventes de livres papier. Quant à l’autopublication, elle compterait sur 85 % de son marché dans les étals d’Amazon. Une véritable menace, poursuit le journaliste Doug Preston, qui vient de faire paraître son livre Amazon’s Book Monopoly : A Threat to Freedom of Expression?.

 

« Ce serait inquiétant, même si la société en question était anodine, mais nous savons tous qu’Amazon n’est pas une firme anodine. Amazon est un monopole dans absolument tous les sens du terme », indique le journaliste. 

 

(via The Independent, Value Walk)