Amazon, le taureau qu'Aurélie Filippetti veut abattre

Antoine Oury - 12.08.2014

Edition - International - Aurélie Filippetti Amazon - conflit avec Hachette - édition cybermarchand


S'il y a bien un taureau que la ministre de la Culture et de la Communication entend prendre par les cornes, c'est Amazon. Depuis son arrivée au ministère de la Culture et de la Communication, Aurélie Filippetti n'a pas eu un mot gentil pour la firme - à l'inverse de son collègue Montebourg qui avait célébré l'inauguration d'un entrepôt de la société. Et fut même à l'origine d'une loi « anti-Amazon », rendue depuis caduque, toute chaude encore de son adoption, par le cybermarchand.

 


Aurélie Filippetti - Salon du Livre 2014

Aurélie Filippetti au Salon du Livre de Paris 2014 (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Il y a un peu moins d'une semaine, 900 auteurs se payaient une pleine double page dans le New York Times pour attirer l'attention des lecteurs sur le conflit en cours entre le groupe d'édition Hachette et le cybermarchand Amazon. Ce dernier souhaite de meilleures marges sur les livres numériques, et peut-être d'autres clauses non révélées, et applique donc une stratégie de blocus sur certains titres de l'éditeur.

 

Salman Rushdie, Stephen King, Mark Haddon, Sophie Hannah, James Patterson, Philip Pullman ou encore Donna Tartt ont donc saisi leur plume pour signer un appel à la vigilance, et à l'envoi massif de mail à destination de Jeff Bezos, P.D.G. d'Amazon.

 

Aurélie Filippetti, auteure avant d'être ministre, aurait vraisemblablement ajouté son nom à la liste, si elle en avait eu l'occasion. « Cet épisode est une nouvelle révélation des pratiques inqualifiables et anticoncurrentielles d'AmazonC'est un abus de position dominante et une atteinte inacceptable contre l'accès aux livres. Amazon porte atteinte à la diversité littéraire et éditoriale », explique la ministre dans les colonnes du Monde.

 

Ne reculant pas devant la métaphore pour expliquer sa propre action ministérielle contre Amazon, la ministre assure que la loi « anti-Amazon », qui interdit les frais de port gratuits sur le livre, fait partie d'un « combat » global. Et lorsque le journaliste du Monde la met face à la solution d'Amazon, qui a fixé les frais de port à 1 centime €, elle réplique : « Nous n'avions jamais dit que cette loi allait tout régler. C'était un combat politique. Nous savions qu'ils allaient chercher à la contourner. Nous avons agi par la loi pour que cette entreprise ne puisse pas utiliser l'argument commercial de la gratuité des frais de port. Ce sont des banderilles que nous continuerons à planter dans le flanc d'Amazon. »

 


 

 

« Nous sommes à la pointe d'un combat moderne contre des pratiques qui ressemblent au XIXe siècle, contre le monde des grands trusts et de la concentration », assure encore la ministre. Elle s'est défendue de prendre le parti du groupe d'édition Hachette, arguant que les auteurs signataires de la lettre du New York Times sont signés chez d'autres éditeurs.

 

Défendue ? Dans un communiqué du 28 mai dernier, c'est pourtant bien le groupe éditorial international dont elle prenait la défense, sans pour autant oser le citer :  

Aurélie Filippetti juge inacceptables les pratiques d'Amazon dénoncées par la presse américaine et par les professionnels allemands. Une nouvelle étape a été franchie par le groupe de vente en ligne. Faire du chantage aux éditeurs en restreignant  l'accès du public aux livres de leurs catalogues pour leur imposer des conditions commerciales plus dures n'est pas tolérable.

 

Difficile de ne pas lire Hachette Book Group, mais également le groupe éditorial suédois, implanté en Allemagne, et manifestement victime des mêmes conditions drastiques imposées par le cybermarchand. Et Mme Filippetti d'ajouter :  

En empêchant des précommandes ou en allongeant les délais d'attente, Amazon empêche tout simplement des lecteurs d'avoir accès aux textes de leur choix !

Ces pratiques sont une nouvelle illustration du risque que représente la recherche de position dominante d'Amazon dans tous les pays au prix de pratiques commerciales agressives et destructrices de valeur pour toute la chaîne du livre.

 

On se serait difficilement montré plus claire.

 

Toutefois, elle n'a pas évoqué le contre-argument de la firme dans le conflit avec Hachette, laquelle a souligné à plusieurs reprises que les prix des livres numériques étaient trop élevés, d'une part, et que la répartition des revenus entre l'auteur, l'éditeur et le revendeur n'était pas juste, d'autre part... On garde ça pour la prochaine corrida ?