Amazon : les employés “autorisés à utiliser les toilettes en cas de besoin”

Nicolas Gary - 19.04.2018

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Des employés qui choisiraient d’uriner dans une bouteille vide, redoutant d’être sanctionnés pour avoir pris une pause trop longue... Ce récit de James Bloodworth, infiltré dans un entrepôt d’Amazon a fait scandale. Une nouvelle fois mise en cause pour un management étonnant, la société riposte.

 

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Petras Gagilas, CC BY SA 2.0
 

 

« Amazon fournit un lieu de travail sûr et favorable pour des milliers de personnes à travers le Royaume-Uni, avec un salaire compétitif et des avantages, dès le premier jour. Nous nous engageons à traiter chacun de nos “associés” avec dignité et respect. Nous ne reconnaissons pas ces allégations comme une représentation exacte des activités dans nos entrepôts », jure la firme dans un communiqué de presse.

 

Cette intervention fait suite à la polémique déclenchée en début de semaine, et aux révélations sur les conditions de travail excécrables de salariés britanniques (voir en lien) Et de pointer que LinkedIn a désigné Amazon comme le 7e lieu de travail le plus convoité du Royaume-Uni et le 1er aux États-Unis – comme si un classement de ce genre pouvait avoir le moindre intérêt. « Nous nous efforçons d’offrir un environnement idéal à tous nos employés », se défend Amazon. 

 

Chez Amazon, on pisse dans une bouteille pour éviter des sanctions 


L’entreprise liste également différents avantages sociaux, pour les arrêts maladie, et d’autres encore, qui disculperait la société de toute malversation. D’ailleurs, même la précédente politique de présence dans les entrepôts aurait été modifiée, en concertation avec les employés. 

 

Mais le diable est dans les détails : « Comme pour nombre d’entreprises, nous attendons un certain niveau de performance pour nos “associés” et nous continuons de fixer des objectifs de productivité de manière objective, sur la base des niveaux de performance antérieurs obtenus par notre main-d’œuvre. » Et ceux qui n’atteignent pas les résultats attendus sont soutenus « grâce à un encadrement spécialisé pour les aider à s’améliorer ». 

 

Dans quelle mesure, avec quels procédés ? Aucun détail ne sera fourni. En revanche, « Amazon s’assure que tous ses “associés” ont un accès facilité aux toilettes qui se trouvent à quelques pas de là où ils travaillent. Les “associés” sont autorisés à utiliser les toilettes en cas de besoin », ajoute la firme, sans sourciller. 

 

Elle pointe également le montant de la rémunération, de 8,35 £ de l’heure, l’assurance médicale privée, une assurance vie, une protection des revenus, des repas prépayés, une remise spécifique d’une valeur de 700 £. Et un régime de retraite d’entreprise. Et jusqu’à un montant maximum de 8000 £ sur quatre ans, l’entreprise propose de financer le coût de frais de scolarité.

 

Le fataliste est celui qui lave son âme dans son urine.

(Achille Chavée) 

 

Ces déclarations sont fascinantes, et semblent indiquer tout d’abord qu’Amazon prend les choses au sérieux. Rares sont les révélations qui obligent la firme à intervenir publiquement. Pourtant, James Bloodworth, qui a travaillé sous couverture en 2016 dans un entrepôt logistique, persiste et signe.

 

L’intégralité de son témoignage a été publiée dans New Statesman et le journaliste insiste terriblement. Pour manger, une pause de 15 à 20 minutes maximum est concédée – pour une journée de travail de 10 h 30. « Vous n’avez pas le temps de manger correctement ni de vous hydrater. »

 

Travailler dans un centre logistique Amazon, c’est comme une prison, relève-t-il : « Vous devez passer par la sécurité quand vous quittez les lieux, ce qui ajoute cinq minutes : c’est comme un aéroport – enlever sa ceinture, sa montre. L’atmosphère est ce que l’on peut imaginer d’une prison. On se sent sur la brèche en permanence, en danger. »

 

Et d’assurer que lui-même est tombé sur une bouteille remplie d’urine. Ou encore, avoir été pénalisé sur son salaire pour avoir pris une journée de maladie. « C’est un régime de pure oppression. C’est l’endroit le plus écrasant où je n’ai jamais travaillé, et de loin ! » (via Business Insider)

 

Cette histoire de pause pipi avait déclenché un véritable tollé d’indignation. « Un jour, je descends dans une allée, et je vais chercher un objet, et il y a une bouteille d’eau, couleur paille, sur une étagère. Au début, je me suis dit : “Oh, qu’est-ce que c’est que ça ?” Mais c’était très évident, ce qu’elle contenait. Et il se trouvait une petite bassine d’eau à côté, ça m’a frappé – c’était tellement évident de comprendre pourquoi quelqu’un agirait de la sorte. » 

 

Son livre, Hired: Six Months Undercover in Low-Wage Britain, est publié chez Atlantic Books. Et se trouve en vente sur Amazon, évidemment.
 

Se faire pipi dessus de peur, littéralement ?
 

Le point dramatique semble surtout que cette histoire de toilettes est bien ancrée : une enquête menée par la plateforme Organize avait recueilli les témoignages de 241 employés d’entrepôts Amazon en Angleterre, entre décembre 2017 et mars 2018. Publiée ce 15 avril, l’étude indique que 55 % des personnes qui y travaillent souffrent de dépression. Et 57 % affirment que leur anxiété avait grimpé en flèche depuis leur entrée dans la société.

 

Mais surtout, 74 % des répondants affirment « éviter d’utiliser les toilettes, de peur de manquer leurs objectifs, et de recevoir un avertissement. » Dans les conclusions, on peut lire : « Des objectifs déraisonnables signifient que les gens travaillent constamment dans la peur, avec la menace d’être renvoyés s’ils sont en retard. »


 

Une pétition demande d’ailleurs que les attentes vis-à-vis des employés soient revues à la baisse de 15 %, pour rendre les choses plus humaines. 4000 personnes l’ont pour le moment signée.

 

L’accès aux toilettes est bien autorisé, mais aux dépens de ceux qui s’en serviront... Notons que, si personne ne s'en sert, cela permet d'économiser sur les frais de nettoyage.
 


Commentaires

Où il n'y a pas de petites économies, même de pipi !

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