Amazon livre partout et tout le monde, sauf les quartiers à majorité noire ?

Nicolas Gary - 25.04.2016

Edition - Economie - livraison colis Amazon - communauté noire discrimination - Amazon Premium service


Rapide, efficace : les maîtres mots du service de livraison sont également les pires contraintes qui pèsent sur les vendeurs en ligne. Amazon, toujours à la recherche de solution pour assurer une meilleure qualité de transport à ses clients, fait des pieds et des mains. Et parfois, des pieds de nez, quand les lieux de commandes ne sont pas ses favoris...

 

Pink No Trespassing Sign

(Paul Sableman, CC BY 2.0)

 

 

C’est en France que commence l’aventure : selon le JDD, le service de transporteur TNT a assuré la livraison de colis achetés chez Amazon entre 19 h et 22 h, ce dimanche 24 avril. Les informations obtenues par nos confrères sont sobres, voire laconiques : Nicolas Kroupkine, général manager d’Amazon.fr confirme seulement... que la livraison dominicale est un service que l’entreprise tente de rendre disponible depuis un bail. 

 

« À Saran, nous travaillons le week-end depuis 2011. Ce nouveau service n’est qu’une évolution. » Saran, dans le Loiret, est l’un des entrepôts que compte l’entreprise en France et que le JDD est allé découvrir. Ainsi, 500 colis venus de l’enseigne américaine ont été livrés au domicile des clients durant cette soirée – nécessitant l’intervention d’une cinquantaine de livreurs. Et un peu de la participation financière des clients.

 

Ces derniers doivent d’abord avoir souscrit au programme Premium (ou Prime, outre-Atlantique), et commandé avant 14h30. Premium coût, 49 € à l’année, et pour la livraison dominicale, un surcoût de 3,99 € s’ajoute. 

 

Voilà qui apportera de l’eau au moulin d’Alexandre Bompard, PDG de Fnac, qui se bat depuis des mois pour obtenir l’ouverture dominicale de ses magasins... justement pour lutter contre la concurrence d’Amazon, qui n’a pas d’horaire d’ouverture ni de fermeture.

 

Les joies du Prime, quand on n’habite pas au bon endroit

 

Selon des informations diffusées par Bloomberg, les citoyens américains ne seraient en effet pas tous égaux devant la livraison à domicile. SI Prime assure une livraison gratuite aux clients qui y souscrivent, il semblerait bien qu’une certaine discrimination s’installe. 

 

Dans les quartiers de villes américaines où l’on retrouve majoritairement des communautés afro-américaines, les livraisons ne se feraient pas selon les mêmes conditions. Aucune preuve n’existe qu’une ségrégation serait pratiquée par l’entreprise, et un porte-parole jure que les cartes de livraisons reposent avant tout sur la concentration de membres Prime – et pas la composition ethnique des quartiers. 

 

Dans le cas de Boston, trois codes postaux de la ville, incluant le quartier de Roxbury, principalement noir, sont totalement exclus du service Prime. 

 

Selon Bloomberg, il s’agirait là d’une approche logistique rationalisée, selon le ratio coût/efficacité. Et le rapport ultra détaillé que fournit le magazine laisse rêveur. The Everything Store, tel qu’est présentée l’entreprise, assure qu’il ignore tout de ce à quoi ressemblent ses clients, quand ils s’inscrivent et consomment. Craig Berman, vice-président de la communication mondiale d’Amazon, juste que cette expérience d’achat est, à ce titre, totalement différente de celle pratiquée dans un magasin physique – sous-entendant à peine lourdement que l’on ne fait pas de discrimination chez Amazon, de fait, alors qu’une boutique de brique et de mortier est plus susceptible d’y céder.

 

 

 

« Nous sommes incroyablement fiers de ce point. Nous offrons à chaque client le même prix. Peu importe l’endroit où vous résidez », ajoute-t-il. Sauf que les données compilées démontrent, à travers l’exemple de six grandes villes, que les quartiers à prédominance noire sont clairement mis de côté : Atlanta, Chicago, Dallas, Washington, ou encore New York et Boston sont là pour montrer ces disparités.  

 

Nous sommes un petit commerce, pas toujours aidé

 

Les consommateurs alertés se montrent plutôt dégoûtés de ce traitement de défaveur : « Si vous mettez en place un tel service [Prime, NdR] dans la ville, vous devez l’offrir à l’ensemble de la ville », déplore l’un d’entre eux. Berman peut aisément de se défendre de toute prise en compte des ethnies : selon lui, les plans de l’entreprise commencent toujours petitement, pour s’élargir. Si Prime n’est pas encore accessible à chacun, ce n’est donc qu’une question de temps. 

 

Si un quartier compte trop peu de membres pour justifier l’ouverture et le déploiement de son offre Prime, alors pas question de mettre la main à la poche inutilement. Une logique de rentabilité que l’on comprendra aisément – mais qui coïncide mal avec la situation géographique des communautés. Bergman avoue tout de même qu’il est parfois difficile de trouver des partenaires de distribution disposés à desservir certaines régions : l’équation ferait intervenir des inconnues multiples à ce niveau.

 

Et une autre manière de se défausser – alors que la firme fait tout ce qu’elle peut pour avoir ses propres ressources de livraison, depuis les drones en passant par des accords avec Uber.

 

Sans trahir le grand secret pour lequel les concurrents seraient disposés à employer des méthodes fortes, Bergman explique simplement que la décision de ne pas livrer une zone spécifique tient compte de différents paramètres. La proximité des entrepôts en fait partie, de même que les points relais, permettant la prise en charge. Ainsi, dans les endroits où les entrepôts ne seraient pas implantés à grande proximité, les offres Prime ne fonctionneraient pas aussi bien. 

 

Intéressant, intéressant...