Amazon, meilleur ami de l'administration fiscale

Julien Helmlinger - 25.04.2013

Edition - International - Amazon - Fiscalité - Taxes


Le gouvernement américain a annoncé que le Sénat allait se pencher dans les jours à venir sur un projet de loi visant les acteurs de l'e-commerce. Projet long à la détente, visant à donner aux États les moyens d'exiger la taxe de vente auprès des détaillants en ligne, pour ce qui concerne les achats de livres émanant de leurs territoires. Bien que le géant Amazon ait démontré jusqu'alors son talent quand il s'agit de jongler avec les trésors publics - optimisation fiscale - , il semblerait que la firme se positionne désormais en ami de l'administration, et ce, jusque dans le message véhiculé par son nouveau slogan.

 

 

 

Le nouveau message scandé par le détaillant en ligne est accrocheur, mais plutôt étonnant venant de la part d'une entreprise qui a déployé de réels efforts pour s'épargner le reversement d'impôts : « Amazon : non pas une société qui a dépensé des millions pour mener votre Etat à la faillite, vous devez penser à quelqu'un d'autre. »

 

Depuis le mois de février dernier, Amazon s'est, sans trop livrer d'explications, positionné officiellement comme soutenant le Sénat dans le cadre dudit projet de loi. Ainsi, dans une lettre adressée à l'institution, Paul Misener écrivait : « Amazon.com a longtemps soutenu une approche nationale simplifiée qui s'appliquerait à tous avec impartialité, sauf aux vendeurs de volumes les plus petits. »

 

Selon certains observateurs, comme le bloggueur Andrew Ross Sorkin (Times Dealbook), la firme a grandi et n'appréhenderait plus la question fiscale selon le même angle de vue. En effet si d'une part Amazon possède un trésor mieux fourni pour s'acquitter de taxes, elle met en place de plus en plus de structures physiques dans les Etats, pour améliorer ses services clients. Un dernier détail qui implique qu'il deviendrait juridiquement plus compliqué d'éviter les impositions sur les ventes.

 

Pour livrer sa clientèle en 24 heures chrono, le géant a besoin de disposer d'entrepôts aux quatre coins de sa zone de chalandise. Si ces structures ancrent un peu plus l'enseigne dans le paysage physique, et donc dans le collimateur du fisc, elles créent également des emplois en nombre. Et cette création pourrait possiblement constituer un argument permettant d'influencer les Etats, et obtenir des charges fiscales de complaisance. 

 

Il semblerait que Goliath, après avoir tenu tête à la fronde avec véhémence, accorderait finalement volontiers quelques deniers à David, pour se ménager davantage de perspectives de croissance.