Amazon, partenaire d'un prix littéraire au Québec : acceptable ?

Nicolas Gary - 10.11.2018

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L’interprofession est médusée : le Prix Littéraire des Collégiens saluant une œuvre de fiction québécoise, a été fondé en 2004. Et jusqu’à lors, de belles récompenses, mais pas de vague. Pour 2018, c’est un partenaire détonnant qu’il s’est attaché : Amazon. 

 


crédit : prix littéraire des collégiens


 

Le prix s’est donné pour vocation de promouvoir la littérature québécoise contemporaine, auprès des étudiants en collège et cégeps – et veut encourager le jugement critique, par la lecture. De nobles missions, qui tranchent étonnamment avec la politique que déploie Amazon. D’ailleurs, à l’annonce de ce partenariat, les commentaires laissés ont parlé quasi d’une seule voix.

 

Un partenaire qui fait sacrement tache


Une association « dommage et questionnable », voire « très décevante », peut-on lire. Certains appellent les éditeurs à retirer leur ouvrage de la liste finale, qui compte pour 2019 :
 

• Créatures du hasard, de Lula Carballo (Le Cheval d’août)
• Les villes de papier, de Dominique Fortier (Alto)
• De synthèse, de Karoline Georges (Alto)
• Querelle de Roberval, de Kevin Lambert (Héliotrope)
Ce qu’on respire sur Tatouine, de Jean-Christophe Réhel (Del Busso)

 

« Votre association avec Amazon est une honte pour la littérature », interpelle un internaute. « Accepter une commandite d’un esclavagiste moderne qui tue la culture locale, ce n’est pas digne d’un prix littéraire », assène-t-on. 

Un autre demande si « le Prix littéraire des collégiens remboursera les cégeps qui ont déjà payé leurs frais d’inscription et qui ignoraient, à cette étape, qu’ils allaient être associés à un géant de l’impérialisme étasunien ? » 
 

Katherine Fafard, directrice de l’ALQ, souligne auprès de ActuaLitté combien cette situation est incongrue : « En s’associant à Amazon, ils encouragent les jeunes à prendre des habitudes de consommation en dehors de leur librairie de quartier. »

Et de poursuivre : « Alors que les institutions scolaires tentent d’éduquer, à travers diverses activités parascolaires, les jeunes sur l’éthique et sur leur implication dans leur communauté, il est contradictoire de diriger ces mêmes jeunes vers une entreprise qui n’est ni locale ni ancrée dans la communauté. » Or, en creusant le sujet, on découvrirait presque de plus déplaisants rapprochements.

 

HQ2, le nouveau Quartier Général d'Amazon

 

Hubert Bolduc, président-directeur général de Montréal international compte parmi les acteurs qui se mobilisèrent pour séduire Amazon. La ville avait en effet remis un dossier de candidature auprès de la firme, pour accueillir le deuxième siège social nord-américain – le fameux HQ2. L’investissement que ce dernier représente a de quoi séduire toute ville, et certaines n’ont pas hésité à dérouler des ponts d’or pour accueillir la manne économique.

 

Les grandes métropoles ont multiplié les courbettes et les parades nuptiales pour attirer l’attention. Le maire de New York, Andrew Cuomo, était allé jusqu’à proposer de changer son prénom pour Amazon Cuomo. Et les avantages fiscaux proposés n’ont pas manqué, bien que les dossiers soient restés très secrets.
 

En France ou à l'étranger, “les dangers
pour les libraires sont les mêmes”

 

Un scandale, si l’on y pense, puisque les plus grandes métropoles nord-américaines ont pu prendre des engagements qui feraient frémir s’ils étaient rendus publics. Et qui dispose désormais de près de 240 dossiers compromettants désormais ? Amazon, en effet.

 

Pas de chance (ou au contraire), la cité québécoise n’a pas été retenue parmi les finalistes : après plus d’un an de campagne de communication, ce sont New York et Washington qui se partageront le HQ2. Mais d’insupportables mauvaises langues soulignent que l’une des responsables du prix, Sylvie Bovet, est également la conjointe d’Hubert Bolduc, de Montréal International. 

 

Un pied de plus chez les plus jeunes
 

Il serait cynique d’avoir mis dans la balance du HQ2 le prix littéraire des collégiens – et surtout hasardeux, tant l’enjeu était monumental. D’ailleurs, l’annonce de ce partenariat entre le prix et Amazon Canada date du 9 novembre : les dés avaient cessé de rouler depuis un moment pour la candidature de Montréal. Le rapprochement est donc troublant, mais probablement pas plus.

 

Amazon est un partenaire économique qui « apporte une aide esssentielle [par un] généreux support », note le prix. Rappelons qu'il dispose d’une dotation de 5000 $. Évidemment, le montant de la commandite d'Amazon n’est pas dévoilé : on le devine totuefois significatif. Il offre en tout cas l'opportunité à Amazon de déployer un discours bien rodé.
 

Amazon recule et plie face au boycott
des libraires de livres anciens


Alexandre Gagnon, vice-président Amazon Canada et Amazon Mexique se dit en effet très fier « d’appuyer le Prix littéraire des collégiens, qui a fait connaître des auteurs locaux à des milliers de jeunes depuis sa création. Nous partageons l’engagement du programme à susciter un amour pour la littérature québécoise, tant dans la province qu’à l’extérieur, et nous avons hâte de développer cette relation au fur et à mesure que nous toucherons de futures générations d’auteurs et de lecteurs ».
 

Apprentissage de l'éthique et de l'équitable


Et bien entendu, s'implanter un peu mieux dans les établissements scolaires. Certes, en France, la Fnac a bien inventé le Goncourt des lycéens pour arriver à mieux capter l’attention de ces derniers, et se positionner sur le segment livre. Mais entre le géant de Seattle et la chaîne française, la comparaison se tarit vite.

L'Association nationale des éditeurs de livres (ANEL), a prévu de prendre contact avec les organisateurs du prix, pour obtenir des précisions. Nous avons également contacté les responsables de cette récompense pour avoir des informations sur l'implication réelle d'Amazon. « Je trouve ça plutôt hallucinant, considérant que nous (société) avons un devoir d’éducation envers cette clientèle que vise ce prix. Les valeurs d’achats locaux, éthiques et équitables, ça s’apprend jeune. Et ce sont nos lecteurs de demain (et actuels) », nous indique une professionnelle. 

À cette heure, ni les auteur.e.s finalistes ni les maisons d’édition n’ont encore réagi. A quelques jours de l'ouverture du Salon du livre de Montréal, le sujet ne devrait pas manquer d'alimenter les conversations.




Commentaires

(...) Katherine Fafard, directrice de l’ALQ (...) : « En s’associant à Amazon, ils encouragent les jeunes à prendre des habitudes de consommation en dehors de leur librairie de quartier. » (...)



Ca y est on nous ressort l'histoire du gros méchant loup inculte et cupide qui s'apprête à dévorer nos gentils p'tits moutons de libraires et d'éditeurs.

Oulala ça fait trop peur ton histoire! Vite allons nous cacher sous la couette !

Ben moi j'aime bien avoir peur. Ça me rend vivant.



Désigner le monstre sur la montagne comme responsable de tous nos maux est une attitude lâche et irresponsable. Balayons plutôt devant nos portes et voyons ce qu'on peut changer chez nous avant de désigner le bouc émissaire de notre désarroi.



La vérité c'est qu'on veut préserver une chasse gardée ultra bien protégée tout en s'accommodant de "droits de l'auteur" en haillons -les droits de l'auteur couvrant un spectre bien plus large que celui des droits d'auteur-.
En tant qu'auteur autoédité par nécessité et non par choix, je témoigne qu'il est quasiment impossible de se passer d'amazon, qui est, de très loin, la plateforme la plus efficace pour être lu.

Domi Montesinos, auteur de "Mamilou et Grand'père en short autour du monde"

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