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Amazon passe maître dans l'art de la traduction

Bouder Robin - 29.04.2017

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S'il est bien une langue qui domine les autres, c'est l'anglais. Un déséquilibre que l'on retrouve aussi dans le monde de l'édition. Bien souvent, les livres en anglais traduits en d'autres langues sont plus nombreux que les livres traduits vers l'anglais. Mais Amazon pourrait-il changer la donne ?

 

Amazon passe maître dans l'art de la traduction

Bing Translator (CC BY-ND 2.0)
 

Grâce à son service d'édition AmazonCrossing, la marque est devenue le plus important traducteur vers l'anglais, toutes maisons confondues : 10 % de la totalité de ces traductions sont dues à Amazon. La société traduit en général des fictions pour toucher un large public anglophone, adepte de ce genre littéraire.

 

Si les relations entre Amazon et les éditeurs traditionnels sont toujours tendues, Amazon dominant le marché de l'édition aujourd'hui, la communauté des traducteurs voit cette nouvelle initiative d'un bon œil. « C'est formidable, commente Chad Post, blogueur littéraire. Ils ont des ressources et des capacités incroyables. » Il faut dire que les traducteurs se plaignent souvent du manque d'estime et de ressources que leur procurent les éditeurs traditionnels. De nos jours, seuls 3 % des livres en anglais ont été traduits d'une langue étrangère, montrant bien la fermeture d'esprit de la littérature anglophone.

 

À son lancement en 2010, AmazonCrossing avait traduit deux ouvrages sur les 304 de l'année, moins de 1 %. En 2016, ce sont 60 livres sur les 607 traduits en anglais dont Amazon s'est chargé : du français, de l'allemand, mais aussi du finnois, de l'hébreu ou encore de l'indonésien... ainsi qu'une dizaine d'autres langues. La marque avait déclaré en 2015 qu'elle prévoyait de dépenser 10 millions de dollars avant 2020 pour élargir encore son catalogue, allant chercher ses livres dans d'autres pays et d'autres langues.


Amazon passe maître dans l'art de la traduction
 

La présence d'Amazon sur de nombreux pays européens lui permet de jauger les genres de littérature qui fonctionnent à l'étranger. Il s'est trouvé par exemple que les lecteurs allemands, très nombreux, avaient sensiblement les mêmes goûts que les lecteurs américains, comme le fait remarquer Gabriella Page-Fort au Seattle Times, directrice éditoriale d'AmazonCrossing. Ainsi, en 2016, un tiers des livres traduits par Amazon étaient à l'origine en allemand. Du côté de la France, c'est l'auteur Marc Levy qui est le plus traduit dans la langue de Shakespeare.

 

Bien entendu, tous ne sont pas ravis de l'évolution fulgurante d'Amazon dans le secteur de la traduction. Susan Bernofsky, professeur de traduction littéraire à l'université de Colombie, reproche notamment au géant d'imposer des frais de publicité aux petits éditeurs desquels il vend les livres. L'entreprise « a joué les gros bras d'un point de vue financier », une démarche mal vue par les acteurs de la chaîne du livre.

 

Correction, traduction : des métiers déconsidérés dans l'édition ?

 


AmazonCrossing fait aussi dans l'interactivité : via le site internet, chaque auteur ou traducteur qui le souhaite peut soumettre des propositions de livres à traduire. De même, la marque a lancé un programme permettant de faire « matcher » des livres à traduire avec les traducteurs les plus à même de travailler dessus... Un concept qui, là encore, a du mal à passer, beaucoup décriant la compétition que cela engendre.


Quoi qu'il en soit, Amazon n'a certainement pas l'intention de s'arrêter là-dessus. Alors que la marque s'intéresse depuis peu à la traduction en d'autres langues que l'anglais, elle conquiert peu à peu le marché de la traduction littéraire ; ce n'est pas aujourd'hui que les maisons d'édition traditionnelles reprendront la main sur le géant du commerce en ligne...

Via The Seattle Times