Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Amazon rachète un épicier américain : les libraires en ont gros sur la patate

Clément Solym - 22.06.2017

Edition - Librairies - Whole Foods Markets - Amazon épicerie vente - distributeur légumes épicerie


Quelques négociations et un chèque de 13,7 milliards $ plus tard, Amazon devenait propriétaire du groupe Whole Foods Market. Cette chaîne spécialisée dans les produits sains et bio, sur les territoires américains, canadiens et britanniques, intègre le giron d’Amazon. Et ainsi, 91.000 employés. Un avenir qui fait peur, mais également réagir la librairie indépendante. 


Whole Foods
Mike Mozart, CC BY 2.0

 

Pour le commun des mortels, ce rachat devrait tout bonnement être interdit par les autorités de régulation du marché et de la concurrence. Whole Foods c’est un géant, absorbé par un plus géant que lui. Or, déjà qu’Amazon vend des vêtements, des livres, des jouets et de l’électronique grand public, le tout livré gratuitement, avec des drones, etc., cet investissement confère à la firme de Bezos une ampleur démesurée. 

 

Avec l’épicerie, donc, l’histoire du commerce au détail ne manque pour ainsi dire plus de piquant. Selon les dernières données, Amazon gratterait 1 $ sur 2 $ dépensé en ligne actuellement. Il ne pesait encore que 30 % du marché voilà trois ans... 
 

Livres et Kindle à côté des laitues ? Amazon achète Whole Foods Market


Plus que bien d’autres industries, les libraires des États-Unis ont subi, encaissé et souffert de la concurrence du marchand en ligne. Si l’accord permet à Amazon de disposer d’une nouvelle logistique, plus puissante, les libraires ne semblent pas spécifiquement inquiets. 

 

La propriétaire de Hello Hello Books, à Rockland dans le Maine (coucou Stephen King), livre quelques réflexions : « Cette acquisition confère à Amazon une place dans nos États et nos villes sans précédent, et leur donne accès à une foule qu’ils ont longtemps convoitée, très longtemps. C’est ridicule, au regard du monopole dont bénéficie Amazon, que cet accord soit validé et j’espère que les autorités antitrust seront contre. » (via Tiny letter)

 

Et de rappeler qu’une majorité des livres d’occasion, voire rares, qu’elle commandait, se retrouve en vente sur ABE Books, filiale d’Amazon, voire sur Amazon directement – qui pèserait selon ses estimations 95 % du marché du livre d’occasion. La seule alternative est d’en appeler à un sentiment citoyen et pour que son commerce dure, augmenter certains frais, en favorisant une approche locale des ventes. Moins de commandes, donc, mais un peu plus chères... 

 

Jarek Steele, copropriétaire de Left Bank Books à Saint-Louis dans le Missouri, revient sur le parcours de Bezos, et ses investissements. Après les livres, les appareils numériques de lecture, la livraison, l’alimentation, et les services médias, cinéma comme musique, l’épicerie n’est qu’une étape supplémentaire. 

 

« Si vous pensez que cela va s’arrêter là, vous êtes stupides. Si vous n’êtes pas terrifiés et mortifiés par cela, je ne sais pas quoi vous dire... Vous voulez faire partie d’une réelle poche de résistance ? Alors, achetez auprès de marchands locaux, chez Straub [chaîne locale] ou d’autres épiciers du coin. Ou du moins, tentez d’acheter dans un endroit qui n’appartient pas à Amazon. »

 

L’avenir fait définitivement envie...