Amazon rachèterait l'ensemble de Colis Privé et négocie avec Boeing

Nicolas Gary - 12.01.2016

Edition - Economie - colis privé - livraison commandes - Amazon investissement


Ce n’était certainement qu’une question de temps : en mai 2014, Amazon entrait au capital de la société française Colis privé. Une participation qui laissait clairement envisager les projets : disposer de son propre outil de livraison, pour ne plus dépendre uniquement des prestataires usuels comme La Poste, FedEx, et autres UPS.

 

Is there anything Amazon don't do?

Andrew Skudder, CC BY SA 2.0

 

 

La première part que croquait Amazon était d’un quart du capital social de Colis Privée. Cette entreprise, créée en 1993 par Yves Rocher, émanait d’ailleurs d’une réaction vive : suite à un mouvement de grève de La Poste, l’entrepreneur décidait de monter son propre réseau de distribution, pour jouir d’une plus grande liberté.

 

Selon les informations du Seattle Times, Jeff Bezos envisagerait de s’approprier les 75 % restants de la société. Et la transaction serait finalisée dans le courant du premier trimestre 2016. Colis Privé continuerait cependant d’acheminer les colis de tous ses clients ecommerçants, même après la procédure d’achat. 

 

Dans tous les cas, Amazon disposerait d’une force de frappe permettant de laisser de côté FedEx, DHL et UPS pour le territoire français. C’est également la nouvelle partie d’une phase de concentration – autant que le programme de drones aux États-Unis participe d’une diversification des solutions de livraisons.

 

L’avantage qu’impliquerait cette société de livraison jouerait également sur les marges : avec plus de 8,7 milliards $ dépensés sur les livraisons, contre 6,6 milliards $ en 2013, Jeff Bezos cherche faire quelques économies. Le service internalisé de logistique aiderait considérablement à réduire les coûts, à la manière de ce que les services AWS, de cloud computing, ont pu drainer de nouvelles sources de revenus. 

 

Si pour les drones, il faudra encore patienter un peu que l’autorité de l’aviation américaine donne son accord, Amazon n’en démord pas : ces machines sont l’avenir. Avec un projet dénommé « Prime Air », la firme souhaite développer un service d’acheminement rapide de petits colis, et, bien sûr, s’imposer comme principal acteur commercial en la matière.

 

La livraison est, de toute manière, le fer de lance de l’entreprise. En juin 2015 on apprenait qu’elle expédiait 3,5 millions de colis : à raison de quelques dollars économisés pour chacun, voilà largement de quoi rendre à la société des résultats plus favorables. Entre 2013 et 2014, les frais d’envois sont passés de 2,07 milliards $ à 8,7 milliards, représentant 9,8 % des ventes, contre 8,9 % l’année précédente.

 

Des économies, du contrôle et des Boeings

 

« Ce rachat ne remet pas en cause notre travail avec tous les autres transporteurs. Et il n’est pas question pour Colis Privé de ne livrer qu’Amazon, l’entreprise va continuer à développer son portefeuille commercial », assure un porte-parole. En effet, la filiale nouvellement acquise n’aurait pas l’ampleur pour assimiler la totalité des commandes passées. (via Le Figaro)

 

Ce qu’il faut en revanche noter, c’est qu’Amazon commente l’information, et qu’implicitement, c’est une manière de la confirmer. D’ordinaire, les opérations du géant américain ne font pas l’objet d’observations. 

 

Or, pour couronner le tout, il semble que Jeff Bezos, très amateur d’engins aériens, serait entré en négociations avec Boeing, pour la location d’une flotte de vingt appareils 767 cargo. Ces avions représenteraient une solution significative pour augmenter l’activité de fret, et éviter les retards que les transporteurs comme UPS ou FedEx peuvent enregistrer. La croissance du commerce électronique devient si rapide, que les anciens opérateurs ont parfois du mal à suivre le rythme. 

 

Ainsi, durant les fêtes, FedEx avait accusé le temps et les intempéries pour expliquer comment des colis étaient arrivés avec un certain retard...

 

Selon différents analystes, la perspective de ces développements est simple : l’avantage conféré à Amazon par la multiplication des canaux d’acheminement et de livraison sera exponentiel. Des gains évidents de fonctionnement, pour la logistique, mais surtout un meilleur contrôle de l’expérience client...

 

En outre, les clients de Colis privé, s’ils continuent à être distribués, devront alors négocier nouvellement avec Bezos, dont on connaît les talents en la matière. Le rachat permettra avant tout, et sans forcer la marche d’obtenir une plus grande expertise dans le domaine de la livraison.