Amazon s'engouffre par la porte, les éditeurs passent par la fenêtre

Clément Solym - 09.02.2016

Edition - Economie - Amazon librairies - éditeurs numériques Kindle - envoyer fichiers ebooks


Les projets de développement d’Amazon dans le secteur de la librairie physique inquiètent : la vague de spéculations qui a accompagné une vraie-fausse indiscrétion a provoqué un raz-de-marée. Tant que la firme se cantonnait à internet, on pensait la contenir, mais, si elle s’aventure dans les boutiques de brique et de mortier, qu’en penser ? Les appréhensions montent, d’autant plus que la société ne fait aucun commentaire. 

 

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"J'en vois un qui ne sourit pas..." Bossi, CC BY SA 2.0

 

 

L’idée de voir se monter des centaines d’établissements flanqués du logo Amazon ne faisait pas sourire, loin de là. Après les déclarations inopinées d’un directeur d’agence immobilière, tout le monde est revenu à la raison. Des centaines, probablement pas, mais quelques dizaines, voilà qui est plus envisageable.

 

L’industrie du livre américaine réagit selon les maigres informations qu’il est possible de trouver. Or, comme tous les géants du web, Amazon cultive le secret le plus absolu, ne laissant fuiter que ce qui l’arrange. La multiplication d’offres d’emploi tend d’ailleurs à confirmer à peu près tout... et n’importe quoi. Pour l’heure, seule la boutique de Seattle, ouverte en décembre, est à l’ordre des communications. 

 

Pourtant, dans l’industrie, on estime que le déploiement d’une flotte de magasins est un scénario à prendre en compte. Étant donné le succès des Apple Stores, Amazon pourrait jalouser la réussite de son rival, et entreprendre une évolution similaire. « Il n’y a pas un opérateur dirigeant un centre commercial, dans le pays, qui refuserait un magasin Amazon », indique une source anonyme. 

 

Ce qui reste paradoxal, c’est que la même annonce d’ouvertures de librairies, émanant des deux chaînes actuelles, Barnes & Noble et Books A Millions, ferait sauter de joie. Compte tenu de la position dominante d’Amazon dans la vente de livres, une pareille expansion dans la librairie serait profitable aux éditeurs, en matière de ventes. Mais avec le lot de contraintes et de négociations douloureuses dont Amazon sait se montrer capable. (via Publishers Weekly)

 

L’important reste donc de maintenir un équilibre, avec des ouvrages vendus à un tarif concurrentiel, pour le reste de la profession. Comprendre : ne pas vendre à perte. Pourtant, tout le monde ne s’accorde pas sur cette perspective : les librairies Amazon donneraient une plus grande force de négociation à la marque, avec des conséquences que les éditeurs indépendants redoutent déjà. Sans même parler de la survie de B&N ou Books A Million.

 

La magie des emails : Send To Kindle

 

C’est ici que les chemins se séparent : Amazon convoite, d’une manière ou d’une autre, le monde physique, et les éditeurs sont à la recherche d’un contournement pour le monde numérique. Joe Wikert, spécialiste de l’industrie, se lance ainsi dans une réflexion autour d’une fonctionnalité déjà évoquée dans nos colonnes : Send to Kindle. 

 

Ce dernier évoque les capacités marketing de l’outil, pour les éditeurs qui proposent de la vente directe au consommateur. Généralement, on privilégie en effet le format EPUB, interopérable, alors que le KINDLE n’est accessible que sur les appareils Amazon. 

 

« Tout le monde sait qu’Amazon domine le marché de l’ebook. La plupart des lecteurs se sont construit une bibliothèque Kindle significative et la dernière chose qu’ils souhaitent, c’est d’en ouvrir une autre dans un écosystème différent de celui de Kindle. Ils veulent tout simplement que leurs livres se retrouvent en un unique endroit », indique Wikert. 

 

Raison pour laquelle l’outil Send to Kindle serait tout à la fois une petite bombe, et « l’un des services les plus sous-utilisés disponibles pour les éditeurs ». Grâce à ce dernier, il est possible de communiquer des fichiers en format MOBI, sans DRM, directement dans les appareils des lecteurs – y compris les applications Kindle pour iOS, Android, Windows, etc.

 

Il suffit de demander l’adresse email Kindle de l’usager pour lui faire parvenir les livres, et, de la sorte, se constituer un fichier client, en établissant une relation plus immédiate avec le consommateur. Tout est alors possible : envoyer des extraits, communiquer et solliciter le client, proposer des offres exclusives. En somme, profiter de l’environnement numérique propriétaire, pour en faire un atout.

 

« Utilisé à bon escient, Send To Kindle peut aider à neutraliser la domination d’Amazon, tout en aidant les éditeurs à instaurer une meilleure relation directe avec leurs clients », conclut Wikert

 

Cela ne règle pas la question des futures librairies, mais démontre à l’évidence que la concurrence va devenir raide.