Amazon se rue en Australie, mais les libraires locaux ont du répondant

Antoine Oury - 03.02.2016

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À sa création, The Book Depository présentait un certain nombre de points communs avec Amazon : un fonctionnement en ligne uniquement, un grand nombre de références, et des frais de port gratuits dans 160 pays. On ne s'étonnera donc pas d'apprendre que la plateforme fut fondée par un ancien employé d'Amazon, et que ce dernier a racheté The Book Depository en 2011. Aujourd'hui, le géant utilise l'enseigne pour s'imposer un peu plus en Australie.

 

Capture d'écran de la librairie en ligne Booktopia

 

 

Le Kindle d'Amazon, présent en Australie depuis 2013, avait généré son lot de résistances de la part des libraires locaux : l'Australian Booksellers Association, qui recense environ 600 acteurs de la librairie, avait réagi en mettant en avant le lecteur ebook de Kobo comme concurrence saine face aux techniques de prédateur mises en place par Amazon.

 

Ce mardi, Amazon annonce de nouveaux défis à venir pour les libraires locaux : The Book Depository, sa filiale, proposera 25.000 titres australiens supplémentaires à l'attention des expatriés dans 116 pays du monde. Avec une livraison en partance de Melbourne, le site promet des délais raccourcis au possible. Le catalogue est large, de la littérature à la cuisine en passant par les manuels, et The Book Depository entend « faire découvrir au monde de nombreux auteurs australiens ».

 

The Book Depository est ouvert depuis 2004 en Australie, mais c'est la première fois que le vendeur met l'accent spécifiquement sur le pays. « Auparavant, nous pouvions vendre les titres australiens dès leur disponibilité à l'international, désormais nous pouvons les vendre à l'international dès qu'ils sont disponibles en Australie », explique Chris Mckee, directeur du marketing de The Book Depository. La plateforme aurait signé des accords avec « beaucoup » d'éditeurs, sans préciser lesquels.

 

La différence comme argument commercial

 

Un atout qui n'effraie pas particulièrement Tony Nash, à la tête du concurrent local Booktopia, bien décidé à mettre des bâtons dans les roues du groupe Amazon : il a commencé en révélant avant la firme l'accord passé avec DAI Post pour l'expédition des colis hors de l'Australie, et son combat se poursuivra auprès des lecteurs. « Nous avons grandi à l'ombre d'Amazon et de The Book Depository, et notre croissance s'établit autour des 30 % par an. Ils ne représentent pas une menace pour nous. » 

 

La plateforme Booktopia a été créée en 2004, et s'impose aujourd'hui comme un leader de la vente de livres : l'année dernière, elle a racheté le vendeur en ligne Bookworld, son principal concurrent. Aujourd'hui, Booktopia revendique 83 % des ventes en ligne de livres en Australie. Tandis qu'Amazon double ses efforts, Tony Nash semble confiant, et rappelle la spécificité de son commerce : « Nous ne nous sommes jamais engagés dans une guerre des prix pour être le moins cher », rappelle-t-il, probablement à l'attention des éditeurs du pays.

 

Nash poursuit son inventaire à la Prévert : Booktopia dispose d'un stock de 110.000 titres prêts à l'expédition et d'un service client irréprochable, d'après le patron — il faudra tenir tête à celui d'Amazon, qui prend grand soin de ses clients. Le libraire évoque également les recommandations et chroniques des libraires Booktopia, symboles d'un véritable engagement pour la prescription humaine.

 

Certains éditeurs du pays sont d'ailleurs sensibles à ces arguments : « Tony Nash s'intéresse au commerce du livre en tant qu'industrie, et pas seulement dans la perspective d'un modèle économique fondé sur les ventes à perte », souligne Jane Curry, des éditions Ventura Press.

 

Reste à voir si cela sera suffisant sur la durée : en Allemagne, où le soutien aux librairies des éditeurs est assez fort, Bastei Lübbe s'est fait épingler pour une opération commerciale autour du Kindle d'Amazon. « Insister sur une image d'ennemi n'aide pas, dans un marché qui stagne. Le marché tout entier décline, et nous avons besoin de nouveaux lecteurs », se justifiait l'éditeur incriminé...

 

D'autres changements en vue

 

La levée des restrictions sur les importations parallèles pourrait également profiter à The Book Depository : cette loi donne aux éditeurs australiens, après signalement d'un ouvrage indisponible sur le territoire, une période de trente jours pour faire valoir leurs droits en rendant l’ouvrage disponible. Au terme de cette période, les revendeurs ont la possibilité d’importer, depuis des fournisseurs étrangers, des exemplaires dudit ouvrage. L’avènement d’internet a accéléré un mouvement déjà existant, par lequel les consommateurs les moins patients ont pris l’habitude de commander leurs lectures, sans passer par la librairie

 

Le gouvernement fédéral étudie actuellement la possibilité de lever cette restriction, ce qui permettrait aux libraires de retrouver une vraie compétitivité, aux livres d’être plus vite disponibles et aux prix de baisser. Mais les éditeurs australiens se sont vivement opposés à cette proposition, qui « va rendre la vie beaucoup plus difficile pour les éditeurs nationaux et nous allons perdre, chez les auteurs, la voix australienne », d'après Michael Gordon-Smith, président de l'Australian Publishers Association.

 

(via Sydney Morning Herald, The Bookseller)