Amazon stigmatisé sur "quelque chose de pas très important" (Hachette)

Clément Solym - 14.10.2013

Edition - Les maisons - Arnaud Noury - Hachette Livre - livre numérique


Le PDG de Hachette était l'invité du Buzz Media Orange- Le Figaro, à peine rentré de la Foire du livre de Francfort. L'occasion de quelques confidences sur les relations entre le groupe et les revendeurs, notamment Amazon, dont il est définitivement beaucoup question ces dernières semaines. 

 

 

 

 

Amazon... un client, assure le PDG, et même « le premier client de Hachette Livre au niveau mondial » et à ce titre, « un partenaire essentiel », précise-t-il. Or, si les relations ont pu être tendues par le passé, notamment avec l'enquête diligentée par les cowboys de Bruxelles, en mars 2011. Les éditeurs étaient soupçonnés d'entente, et des perquisitions avaient alors sévi dans les différentes grandes maisons.  

 

L'époque est révolue, bien qu'Arnaud Nourry évoque une situation désagréable. Les justices américaines et européennes s'étaient « un peu emballée[s] », mais désormais les relations sont bonnes avec les différents distributeurs, d'autant plus que « Hachette Livre est protégé par [sa] taille, c'est très important ». 

 

Quant à l'activité éditoriale d'Amazon, « c'est une tentation que les retailers ont, avec peu de succès » et surtout, cela n'inquiète pas le patron de Hachette, attendu qu'Amazon publie quelques centaines de nouveautés aux États-Unis contre mille dans le groupe. Finalement, la production est pour l'heure, assez inexistante.

 

Qu'Amazon séduise les auteurs ? Hmmm...

 

Bien sûr, on ne peut pas exclure qu'Amazon tente de séduire les grands auteurs du groupe Hachette - Stephenie Meyer, ou James Patterson, pour ne citer qu'eux. Mais après tout « des confrères aussi ont essayé de débaucher ces auteurs-là, certainement beaucoup plus assidûment qu'Amazon ». Mais cela fait partie de la vie des maisons, et dans le cas d'un concurrent, c'est assez logique. « Pourquoi voulez-vous qu'un auteur qui connaît un grand succès, qui est très bien rémunéré pour ce succès, grâce à nous, pourquoi voulez-vous qu'il aille vers un éditeur comme Amazon, qui n'est pas un professionnel du secteur, qui ne sait pas très bien comment vendre dans les librairies traditionnelles, qui ne sait pas nécessairement bien faire la promotion, qui ne sait pas non plus travailler le texte. » 

 

L'édition n'est pas qu'une question d'argent, c'est aussi, « une question de relation ». Et Hachette n'a pas perdu un seul de ses auteurs, « c'est plutôt rassurant ». 

 

Régulation de la vente en ligne, autre sujet

 

Sur la loi Amazon, Arnaud Nourry estime qu'il y a « beaucoup d'émotion en France et en Europe », autour de sociétés américaines qui ne payent pas leurs impôts « et ne respectent pas les règles du jeu ». Une émotion qui devrait inciter ces sociétés à « avoir un comportement citoyen un peu plus acceptable ». « Là en revanche, on a peut-être stigmatisé Amazon sur quelque chose qui n'est pas très important », ajoute-t-il, évoquant la tentative de régulation de la vente en ligne de livres, et l'interdiction de cumuler la remise de 5 % et la gratuité des frais de ports. 

 

Rappelant les origines de la loi Lang, interdisant aux revendeurs toute forme de concurrence, le PDG regrette tout de même un certain emballement et une stigmatisation autour d'Amazon. Evidemment, le premier client doit être traité avec certains égards.

 

Le volet numérique, et la concentration

 

Sur le livre numérique, le danger ne serait pas dans le retard de la France par rapport aux pourcentages de vente, mais plutôt le manque de catalogue numérisé, qui favorise le piratage. Il existe une certaine réticence vis-à-vis du numérique, « peut-être parce que l'on a un très beau réseau de libraires ». Pas certain que l'on aille aussi loin que les États-Unis : « Nous étions à moins de 1 % de volume voilà 18 mois », ces derniers mois on serait plutôt autour de 7/8 % pour les maisons de littérature. Aux USA, on parle de plus de 40 % pour le noir, la littérature. Et en France, on pourrait atteindre 15 % l'an prochain.

 

L'autre enjeu de l'ebook est celui de la rentabilité : un ebook vendu s'est-il substitué à la vente d'un grand format ou d'un poche ? Diffile de résoudre la question. Si l'on n'observe pas de dégradations du compte d'exploitation aux États-Unis, avec une forte vente de numérique, tout reste encore à analyser, même s'il existe un lien vertueux, puisque l'on limite également la destruction des livres. 

Le développement des manuels scolaires numériques, lui, manque de budget en France pour assurer l'expérimentation, mais 10 % du chiffre d'affaires réalisé en Angleterre, dans le domaine scolaire, est numérique. 

  

La fusion de Penguin Random House place désormais le groupe Hachette à la troisième position derrière Pearson, spécialisé dans le livre éducation et le nouveau monstre PRH. Avec plus de 2 milliards de chiffre d'affaires, la société reste un très grand groupe. « Je crois qu'il va y avoir une vague de concentration dans les 3 à 5 ans qui viennent, parce que le métier, quand il passe au numérique, nous confronte à des acteurs qui sont beaucoup plus gros que nous. [...] Il faut, particulièrement aux Etats-Unis, puisque c'est là que se nouent les modèles économiques et les grandes négociations, avoir une taille suffisante et un porte-feuille d'auteurs suffisant pour résister. »

 

Aucune urgence pour Hachette Livre, mais la position du petit parmi les grands n'est pas enviable. Attention et vigilance, et à ce titre, Arnaud Nourry, attendant la fin de la réorganisation du groupe Lagardère, saura « lever la main » en espérant être suivi, pour attirer l'attention sur Hachette et son développement.  

 

Sur la question des réseaux sociaux, pas d'offensive encore de la part des grands acteurs, mais Hachette affirme avoir su prendre ce virage, en aidant par exemple les auteurs à créer une page Facebook. « On utilise le plus possible ces moyens... c'est assez peu cher d'utiliser ces moyens pour la promotion des livres. » Mais pour l'heure, la présence de Hachette sur les médias en ligne et les réseaux de lecteurs est encore limitée, comparativement aux pratiques de promotion à l'oeuvre au sein d'autres groupes d'édition ou des pays anglophones, plus coutumiers de ces outils à la performance mesurable.

 

Enfin, Astérix... un événement, certes, mais un investissement qu'Arnaud Nourry ne regrette pas une seconde. « On en imprime 5 millions d'exemplaires pour l'Europe, dont 2 millions en langue française. » Porteur de grands espoirs, le petit Gaulois...