Amazon tétanise le Japon : la distribution des livres, le nerf de la guerre

Nicolas Gary - 30.05.2017

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Parce que le contrôle des flux est l’outil primordial de la commercialisation, tous secteurs confondus, Amazon travaille au corps ses fournisseurs. Depuis le début du mois, la filiale japonaise a averti, charitablement, qu’elle arrêterait de travailler avec Nippon Shuppan Hanbai Inc., principal distributeur. Quid ?


Ei tu, che fai?
GioBertPhoto, CC BY 2.0
 

 

L’annonce est intervenue début mai, et depuis, les éditeurs japonais se regardent en chiens de faïence. NSH est, pour le faire simplement, le distributeur majeur du pays, et fournisseur officiel de tout ce qui ressemble à un best-seller. Dans la stratégie jusqu’à présent déployée, depuis quelques décennies, il intervenait comme le maillon essentiel dans la commercialisation des livres, établissant la jonction entre l’éditeur et le libraire.

 

Ça, c’était avant l’avènement de la vente en ligne, et le succès des revendeurs web. La stratégie de distribution était alors guidée par la logistique des librairies, ce qui n’est plus autant d’actualité de nos jours. 

 

L’annonce d’Amazon s’est ainsi accompagnée d’une demande directement adressée aux éditeurs : que les transactions et flux d’ouvrages passent directement par les entrepôts et la logistique de la firme. De la sorte, assure-t-on, les ventes seront plus rapidement expédiées, tout en permettant de favoriser la longue traîne – le saint Graal de la vente en ligne.

 

L’avantage qu’entend tirer Amazon, c’est que Nippon Shuppan Hanbai est en mesure de fournir des revendeurs en gros tirages. Mais de nombreux livres ne sont vendus qu’à l’unité, suivant des commandes occasionnelles de clients. Et à ce titre, NSH ne garantissait pas l’efficacité de son service de livraison. Surtout, elle ne garantissait pas le stockage de petites quantités pour ce type de documents.

 

Pour aider les éditeurs dans cette perspective, Amazon propose de transporter un maximum d’ouvrages dans ses espaces de stockage. Et de les héberger – aucun coût pour ce service n’a encore été évoqué. De quoi rester cohérent dans la stratégie globale de l’entreprise que de rassembler les forces et devenir un acteur incontournable. 

 

Cette même logique visait à imposer un format propriétaire pour les fichiers numériques de livres, de sorte que les clients soient prisonniers d’un écosystème appartenant à Amazon. Cette fois, ce sont les éditeurs japonais qui pourraient se retrouver pris au piège, puisqu’Amazon exigera à terme de travailler la distribution des livres en direct avec eux. 

 

L’agence Nikkei qui dévoilait l’information, rappelait par ailleurs qu’une base logistique dédiée aux livres a été ouverte au Japon début 2017. Et que l’entreprise prévoit d’exploiter un service de transporteurs par camions, pour acheminer au niveau national les livres dans ses entrepôts. Un service qui devrait être lancé au début de l’automne.
 

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Depuis 2004, les ventes de publications distribuées par des grossistes ont diminué continuellement, perdant 40 % de la valeur de ce marché – 1,47 milliard ¥ en 2016. 

 

Dans tous les cas, les accords sont pour le moment suspendus, sans plus de précisions, entre Amazon et NSH, jusqu’à fin juin. Les éditeurs qui bénéficiaient de ce service doivent être verts de rage... d’autant que NSH ne distribuait pas que des livres, mais également des mangas et des magazines. 

 

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