Amazon, tueur de librairies ou bouc-émissaire bien pratique

Antoine Oury - 16.04.2014

Edition - Librairies - amazon - bouc-émissaire - librairies indépendantes


Depuis quelques années, Amazon est accessible à l'ensemble des consommateurs de pays où le commerce de la librairie était implanté depuis longtemps. États-Unis, Royaume-Uni et France ont accueilli ce nouvel entrant avec plus ou moins d'enthousiasme, entre déshumanisation du commerce et pratiques fiscales plutôt douteuses. Mais le ecommerçant pourrait révéler aux commerçants ce qui fait leur force, et que beaucoup semblent oublier au fil des années.

 


Amazon, Joker des commerces indépendants ?

 

 

C'est l'analyse à la mode, et la question préférée des journalistes interrogeant libraires ou chaînes de magasins culturels : la concurrence d'Amazon est-elle responsable de tous les maux de la librairie, indépendante ou non ? Une analyse des données, quelques années après l'implantation d'Amazon, semble révéler que l'impact du ecommerce ne serait pas si important.

 

Si le recours à des frais de port gratuits a pu sembler relever de la concurrence déloyale, au point qu'une loi « anti-Amazon » ait été votée par le gouvernement en France, il faut noter qu'Amazon a une sérieuse épine dans le pied par rapport aux commerces traditionnels. L'absence de magasins physiques, pour le ecommerçant, est une sérieuse préoccupation : suffisamment détesté pour se voir interdire l'accès à des magasins partenaires, le site n'a pas ménagé, et ne ménage toujours pas ses efforts pour s'implanter dans le monde physique.

 

Toutefois, ses différents essais se sont tous révélés infructueux, jusqu'à présent, et il n'est pas difficile d'imaginer à quel point l'ouverture de magasins propres, et les loyers nécessaires, péserait un peu plus sur le finances du site. Ce dernier retarde en effet le paiement de dividendes à ses actionnaires, en raison d'un manque de liquidités flagrant. 

 

Sa stratégie commerciale, basée sur la réduction à outrance des marges pour s'offrir des parts de marché, limite en effet l'argent réel disponible dans ses caisses. Il pourrait finir par agacer les investisseurs. Certains prédisent même l'explosion prochaine de la « bulle Amazon »...

 

En attendant, les effets réels de la concurrence d'Amazon sur les commerces physiques semblent se relativiser, surtout à la vue de ce graphique estimant le nombre de librairies indépendantes sur le territoire américain, relayé par Comics Beat. Certes, le nombre reste très faible face à l'immensité du territoire, mais il n'est plus sur la pente descendante.

 

 

 

 

 

Il y a quelques semaines, le New York Times s'alarmait : le nombre de librairies à Manhattan se rapprochait à vitesse grand V de zéro. L'article expliquait toutefois que l'influence de l'ecommerce n'y était pas forcément pour grand-chose, mais que le poids des loyers occupait une place beaucoup trop difficile à supporter dans les budgets de ces commerces.

 

Ce facteur économique semble bien être le premier dans les rangs des obstacles à la mise en place d'un commerce durable, plus important que la compétitivité avec Amazon. La vente de livres numériques en librairie, pour s'assurer une place sur ce marché naissant, ne serait pas non plus un facteur de réussite, ou uen manière de conserver ses clients. Steve Bercu, directeur de Book People, plus grande librairie indé du Texas, assure que les ebooks pèsent pour 0,1 % dans ses revenus, et que lui ou son équipe ne cherchent même pas à en vendre.

 

Le service auprès du client serait bien plus important, dans la désaffection progressive des consommateurs pour les boutiques ayant pignon sur rue. Et là, la formule ne change pas, Internet ou non : conseil et expérience sont bien entendu recommandés, mais les bases ne devraient pas être négligées. Accueil, politesse, hospitalité pourraient ainsi freiner, à eux seuls, « la destruction du commerce physique par l'Internet ».

 

Sur BookRiot, une lectrice de romans graphiques décrit ainsi les expériences douloureuses qu'elle a dû essuyer en boutique : elle s'est vue demander si son « petit ami n'avait pas déjà ce comics, parce que la boutique ne faisait pas d'échanges » (alors que, bien entendu, le comics était pour elle), et ne peut compter toutes les fois où une requête auprès d'un libraire a été accueillie par un sourcil levé et autre marque d'indifférence, voire de mépris.

 

Et, honnêtement, qui n'a jamais connu ce type de vendeurs dans un commerce indépendant ? Alors, oui, Amazon défie les commerçants quant à leur part de marché, mais pas sur leur terrain...

 

Why so serious ?