Amazon : un milliard $ de taxes non versé, et l'Europe dans le viseur

Clément Solym - 27.01.2016

Edition - Economie - fiscalité Amazon - taxes foncier - Europe développement


Le comportement fiscal d’Amazon, entre optimisation et non-paiement de taxes, se chiffrerait à 1 milliard $ de pertes pour les États-Unis. Le rapport de Winter Institut 11 a été présenté devant l’American Booksellers Association et Civic Economics cette semaine. Juste de quoi confirmer, dans le cœur des 150 libraires présents, que la firme de Jeff Bezos fait la pluie et le beau temps...

 

Amazon's front door

Robert Scoble, CC BY 2.0

 

 

Plus de 23 États américains, ainsi que celui de Washington DC, ont échoué dans leurs tentatives répétées de faire payer à Amazon les taxes locales pour le commerce. Pour l’année 2014, le montant est évalué à 625,4 millions $ auxquels on peut ajouter une valeur de 420 millions pour les taxes foncières. Cette dernière somme a été calculée sur la base des 136.000 employés et de la superficie nécessaire pour leur emploi.

 

En tout, donc, 1 milliard $ de non-perçu, expliquent Dan Houston et Matt Cuningham, représentants du Civic Economics : « Nous fermons des écoles, parce que les communautés ne disposent pas de l’argent. » Les États dont les comptes sont dans le rouge sont évidemment plus fortement frappés encore par cette situation. 

 

Le Missouri, avec 60,2 millions $, puis le Colorado, la Louisiane et l’Alabama forment le quatuor des territoires les plus frappés. Car, bien entendu, ces manques à gagner ont des répercussions terribles dans l’économie locale, et les finances publiques. Les impôts fonciers commerciaux permettent d’abonder aux caisses des États : en leur absence, les conclusions se tirent rapidement.

 

D’autant que, si certains États ont commencé à percevoir des montants, l’écart continuera à croître avec des conséquences finales assez graves. Curieusement, les librairies indépendantes des États-Unis ont témoigné d'une année plutôt satisfaisante, comme si certains clients s'étaient finalement détournés des services d'Amazon.

 

Stacy Mitchell, codirectrice du Center for Local Self-Reliance, a présenté Amazon comme « une société qui prend plus qu’elle ne donne à la société ». Elle encourage d’ailleurs les librairies locales à aider le Centre à instaurer un dialogue public, autour des conclusions du rapport. Elle compare l’actuelle situation au monopole sur les chemins de fer, au XIXe siècle, avant la création de l’Interstate Commerce Commission, en 1887 : Amazon vise la toute-puissance. (via Publishers Weekly)

 

Poursuivre l'invasion de l'Europe

 

Bien entendu, Amazon ne peut avoir ce comportement que du fait des législations fiscales américaines : rien n’a été conçu pour appréhender le cybercommerce et la facilité d’achat qu’il implique pour les consommateurs. 

 

Dans le même temps, on apprend que les projets de la firme pour le continent européen sont revus à la hausse. Les projets d’investissements sont accrus pour l’année 2016 : livraison, entrepôt et cloud computing sont au menu. 10.000 personnes de plus ont été recrutées en 2015, ce qui porterait à 41.000 le nombre d’employés de la firme sur le territoire.

 

Évidemment, une grande partie d’entre eux concerne des emplois dans les centres de traitement, les entrepôts de stockage et de traitement des commandes. L'installation plus prononcée d'Amazon se heurtera sans doute aux résistances de certains pays européens, particulièrement l'Allemagne, où la défiance envers le géant, du côté des professionnels, est très prononcée.

 

Pour le Royaume-Uni, par exemple, 2500 personnes supplémentaires devraient arriver en 2016 – un total de 14.500 salariés donc. Sajid Javid, chargé du développement business, explique que le territoire est « une destination idéale pour les industries innovantes qui souhaitent investir et faire des affaires ». 

 

Ainsi, il est prévu de déployer le service de livraison en une heure, déjà expérimenté l’année passée, pour l’étendre au reste de l’Europe. C’est que le Vieux Continent est devenu un marché important, où la firme a implanté 12 centres de Recherche et Développement. Depuis 2010, près de 15 milliards $ ont été investis et 4,6 milliards £ pour le Royaume-Uni. (via Financial Times)