Amazon va tuer les indépendants, 'Jeff Bezos s'en moque'

Clément Solym - 22.03.2012

Edition - Economie - Amazon - Jeff Bezos - éditeurs indépendants


L'exploration de l'ADN d'Amazon, révèle Publishing perspectives, montre que la société n'a pas vraiment dans ses gènes l'instinct ni la fibre philanthropique. Les méthodes commerciales de la firme montreraient plutôt une envie de monopole, option domination ouverte du monde. Et tous les moyens sont bons...

 

« La raison du plus fort est toujours la meilleure », écrivait La Fontaine, sauf qu'il ne coule pas un courant d'onde pure dans les veines d'Amazon. Wings Press, éditeur indépendant et pluriculturel a débuté en 1995, et compte parmi les sociétés frappées par le différend qui oppose le cybermarchand à l'Independent Publishers Group. 

 

Pris à la gorge

 

C'est que depuis ses vertes premières années, Amazon, qui a débuté la vente de livres papier en 1995, avec plusieurs années de pertes financières dans ses premiers temps, est devenu un acteur puissant, en mesure de demander des remises importantes. Une des raisons qui poussent aujourd'hui la librairie indépendante à pester contre son action néfaste en France - et pourquoi pas réclamer des clauses financières plus accommodantes. (voir notre actualitté)

 

Pour Bryce Milligan, le fondateur de cette société, explique que « les récentes actions d'Amazon ont déjà réduit les ventes de la petite société que je dirige de 40 %. Jeff Bezos s'en moque ». Aujourd'hui, le seul moyen dont il dispose est la mise en ligne d'une pétition, sur Change.org, pour que cesse l'attaque d'Amazon contre les éditeurs indépendants. 

 

 

 

 

C'est qu'IPG, qui distribue Wings Press autant que d'autres éditeurs indés, est le deuxième plus important des acteurs dans ce domaine pour les États-Unis, « mais seulement un dauphin de taille moyenne dans une mer peuplée de baleines tueuses ». Et le désaccord complexe qui l'oppose au cybermarchand devient de plus en plus périlleux pour les indépendants, au point de devenir une menace pour la liberté intellectuelle. (voir notre actualitté)

 

Pour Wings Press, qui propose ses titres au format Kindle, l'aventure Daily Deal, qui permet de proposer des remises occasionnelles et des offres promo particulières, la situation est sans issue. Si les titres numériques que propose IPG sont supprimés, cela ne fait qu'une petite partie des milliers de titres Kindle commercialisés. Si l'auteur remarque bien la disparition, Amazon, de son côté, n'y voit que du feu.

 

Mark Suchomel, président d'IPG, assure que les ventes numériques ne représentent que 10 % des ventes totales, mais selon les éditeurs, ces 10 % peuvent signifier des milliers de dollars et un pourcentage très important de leur chiffre d'affaires. Toutes les productions imprimées d'IGP ne sont pas encore supprimées, mais le risque est aussi important pour le distributeur. Si les maisons qui composent sa clientèle décident de se plaindre et de quitter son service, la perte financière pourrait avoir des répercussions néfastes. 

 

Et d'ici à ce qu'Amazon s'arrange pour mettre en place un système de distribution personnalisé, il n'y aurait qu'un pas. 

 

La seule riposte d'IGP est de demander aux éditeurs de communiquer sur le fait que leurs titres sont disponibles partout ailleurs, ou encore qu'il est possible de se fournir directement depuis le site d'IPG. Voire que des outils existent pour convertir les fichiers et les rendre lisibles sur un Kindle, ou une application Kindle. Si la résistance a commencé, elle impose de faire des choix, et ceux-ci ne sont pas évidents à tenir. (via Paid Content)

 

Triste philanthropique 

  

Cependant, charité bien ordonnée commence par soi-même. Amazon a déjà réalisé des dons pour des organisations caritatives, impliquées dans la littérature et l'alphabétisation, avec des chèques de 25.000 $ généralement. Mais reste que la société est connue surtout pour débaucher la concurrence et s'accaparer les cadres des sociétés concurrentes, pour enrichir son équipe. On se souviendra en France comment Fnac a vu plusieurs de ses responsables passer du côté Seattle de la force. 

 

Or donc, l'impitoyable Amazon est une société qui propose un programme de subventions, permettant de se racheter une virginité. Les sociétés innovantes profitent des fonds d'Amazon, et leur sont alors redevables. Avant 2009, Amazon avait été critiqué pour son manque de générosité : c'est qu'il est traditionnel, outre-Atlantique de voir des patrons connaître une immense réussite financière, et devenir des mécènes généreux. Le cas de Bill Gates, l'homme de Microsoft, est un des exemples les plus significatifs de cette situation. 

 

Depuis, la société a changé la donne et corrigé le tir. Mais d'un côté donner aux organismes caritatifs, de l'autre scléroser la production et la commercialisation n'est pas vraiment dans les traditions des sociétés américaines. 

 

« Indignez-vous », disait l'autre ? Il n'avait pas tout à fait tort...