Amazon veut rendre l'impression à la demande obligatoire (édition UK)

Nicolas Gary - 24.06.2014

Edition - International - Hachette Amazon - Nation la plus favorisée - contrats éditeurs


Peu après les nouvelles révélations sur le désaccord commercial entre Hachette Book Group et Amazon, c'est au tour des éditeurs britanniques de tirer la sonnette d'alarme. Outre-Atlantique, on apprenait en effet qu'Amazon tente de faire payer différents services à l'éditeur, lequel les a refusés - ce qui expliquerait les délais de livraison rallongés et l'impossibilité de passer des précommandes. « Hachette a refusé de payer, et alors, progressivement, ils ont enlevé ces services, comme le bouton précommande, pour donner une leçon à Hachette », expliquait une source.

 

 

Jeff Bezos

Jeff Bezos, L'ego Land

Dunechaser, CC BY SA 2.0, sur Flickr

 

 

Les clauses contractuelles nouvellement introduites par Amazon auprès des éditeurs posent quelques petits soucis outre-Manche. Selon le Bookseller, l'un des points noirs concerne la rupture de stock : si l'éditeur n'est pas en mesure d'approvisionner, Amazon serait en droit de fournir aux clients ses propres exemplaires, par le biais de son service d'impression à la demande. 

 

Nation la Plus Favorisée

D'une manière générale, la clause NPF signifie que, toutes les fois qu'un pays réduit un obstacle tarifaire ou ouvre un marché, il doit le faire pour les mêmes biens ou services provenant de tous ses partenaires commerciaux, que ceux-ci soient riches ou pauvres, faibles ou puissants.

Dans le même temps, la Direction générale de l'Union européenne, chargée de la concurrence aurait approché et sollicité les plus grands éditeurs du pays, pour une enquête sur la clause de Nation la Plus Favorisée. Cette dernière était au coeur du contrat d'agence, proposé par Apple avec le lancement de l'iPad.

 

À l'occasion d'une présentation devant les investisseurs, le PDG de Hachette, Arnaud Nourry avait assuré qu'Amazon cherchait « à changer radicalement les termes » des contrats. Il avait également garanti que les pratiques n'avaient eu qu'un « impact très limité » sur son groupe, et les modifications apportées par Amazon dans ses services de vente, en cours depuis plus de trois mois, n'avaient pas encore eu de répercussions sur les ventes ni les profits, au moment de la discussion devant les investisseurs. (vidéo disponible ici)

 

Pour revenir à l'Angleterre, plusieurs sources ont confirmé au Bookseller que le différend entre Hachette et Amazon allait les mettre sous pression. Le revendeur souhaiterait notamment introduire de nouvelles dispositions dans les ventes d'ebooks : un plafond tarifaire serait en préparation pour 2015, tout en appliquant le taux de 20 % de TVA, qui sera en vigueur avec les nouvelles normes européennes.

 

Amazon chercherait alors à mettre en place un modèle de type Nation la Plus Favorisée, une chose qui avait disparu, et finalement fait une réapparition remarquée. De fait, Amazon avait déjà mis en place un modèle contractuel de ce genre : les éditeurs n'avaient pas le droit de vendre leurs titres moins cher ailleurs, sous peine de voir le prix de vente diminué dans les étals d'Amazon. 

 

De son côté, durant le procès pour entente, intenté par la Justice américaine, Eddy Cue, l'homme de confiance de Steve Jobs, avait justifié la présence la NPF. Avec cette clause, Apple introduisait dans son contrat le fait que les éditeurs n'avaient pas le droit de faire de favoritisme, et que si un revendeur décidait de vendre un ebook moins cher, alors Apple se réservait le droit de faire de même.

 

Et l'iBookstore proposerait alors un livre numérique au prix aligné sur celui de son concurrent libraire en ligne. Évidemment, cette solution ne pouvait pas convenir aux éditeurs, qui souhaitaient justement qu'Apple entre dans l'arène, pour devenir une alternative au monstre Amazon. « J'ai pensé que c'était une excellente idée de notre part », concluait Cue. 

 

Si la présence d'Apple sur le marché du livre numérique permettait aux éditeurs de respirer - un acteur de plus sur le secteur de l'ebook, c'était forcément bon à prendre - le retour ce ces clauses inquiètent, quand elles viennent d'Amazon. Qu'il s'agisse de la NPF, ou le service d'impression à la demande, les éditeurs ont peur de voir le revendeur prendre un contrôle tout particulier sur l'édition. 

 

Le groupe Hachette avait annoncé, devant ses investisseurs, qu'Amazon disposait de 60 % de parts de marché dans le domaine du livre numérique, aux États-Unis, et de 78 % de PdM au Royaume-Uni.