Amazon VS Hachette : les auteurs interpellent le directoire de Bezos

Nicolas Gary - 15.09.2014

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Pour mettre un terme au litige qui oppose le vendeur en ligne au groupe éditorial français, les auteurs ont décidé de faire appel directement au directoire d'Amazon. Les écrivains publiés chez 99 ou ses filiales veulent trouver tous les moyens possibles pour sortir de l'impasse qui va bientôt célébrer son premier anniversaire. 

 

Jeff Bezos

Jeff Bezos - Steven Jurvetson CC BY 2.0

 

 

Réunis sous la banderole Authors United, les écrivains de HBG et leurs confrères ont choisi de frapper au-delà de Jeff Bezos, puisque ce dernier ne semble pas avoir pris la moindre initiative. Les auteurs, dont les ouvrages subissent des délais de livraison importants, ou voient les réductions traditionnelles supprimées, veulent donc frapper plus fort encore. Avec 1100 membres aujourd'hui recensés, c'est une mise en garde directement adressée au directoire d'Amazon.

 

La lettre fait suite aux multiples actions portées par les romanciers depuis plusieurs semaines, la dernière étant une affiche diffusée dans le New York Times qui demandait à Jeff Bezos, grand patron d'Amazon, de réagir. Sauf que celui-ci n'a pas bougé le petit doigt dans cette affaire.  

 

C'est la raison pour laquelle les auteurs ont choisi d'attaquer là où les actionnaires et financiers sont susceptibles de se montrer les plus compréhensifs : la réputation de la firme, et directement, la leur. Cette nouvelle technique n'est pas sans intérêt : on sait que les actionnaires, furieux des conséquences que l'affaire opposant Apple au ministère de la Justice sur l'entente autour des ebooks, ont choisi de porter plainte... contre les dirigeants de la firme.

 

« Les efforts visant à entraver ou bloquer la vente de livres ont un historique long et douloureux. Avez-vous personnellement envie d'être associés à cela ? », interrogent les écrivains. « Depuis sa création, Amazon a été une marque très appréciée et progressiste. Mais si c'est là la manière dont Amazon continuera de traiter la communauté littéraire, combien de temps encore, cette bonne réputation de l'entreprise durera ? » (via New York Times

 

Peter Carey, l'homme qui avait refusé de coécrire la biographie officielle de Julian Assange avait eu cette analyse, considérant que « la vérité est un peu plus compliquée que de dire, ce sont des connards chez Amazon et les éditeurs sont des saints ».

 

Douglas Preston, l'un des plus actifs dans cette lutte, poursuit : « Amazon est à la recherche de plus de profits et d'encore plus de parts de marché. [...] Si notre mouvement n'avait pas eu lieu, Amazon s'en serait certainement pris aux livres de Simon & Schuster à présent, car il sont impliqués dans des négociations tout aussi complexes. » Et de conclure : « Je ne peux qu'espérer qu'Amazon va réfléchir à deux fois avant de déployer de nouveau cette technique de la terre brûlée. »

 

Dans cette histoire, Amazon plaide pour des livres numériques vendus à 9,99 $, considérant que 14,99 $ ou 19,99 $ sont des prix de vente excessifs, qui n'incitent pas les lecteurs à acheter les livres. Pour l'heure, assure le New York Times, aucun représentant de Authors United n'était disponible pour commenter ce nouvel assaut. Ni Amazon ni HBG n'ont réagi pour l'heure.

 

Or, tous les auteurs ne sont pas unanimes vis-à-vis de cet affrontement, et, comme le relève Peter Carey, les torts sont certainement partagés dans l'affaire. Si la fidélité des auteurs a démontré qu'il s'agissait avant tout de très gros vendeurs, les auteurs de petite envergure se montrent plus réticents à soutenir l'initiative des gros.  

« Il dit qu'il se félicite véritablement d'entendre ses clients et les réclamations et lit tous les emails depuis cette adresse. Nous espérons que les écrivains et les lecteurs, ensemble, seront en mesure de le faire changer d'avis », déclaraient les auteurs en juillet dernier.

Mais une contre-pétition déclarait que les maisons d'édition new-yorkaises « ont décidé quelles histoires vous étiez autorisés à lire ». Et de rappeler que les droits d'auteurs sont de 2 % à 12,5 % du prix du livre, que les éditeurs ont été accusés d'entente, et ainsi de suite. « Amazon en revanche fait confiance : à vous de décider ce qu'il faut lire, et ils s'efforcent de maintenir un prix bas. Ils permettent à tous les écrivains de publier sur leur plateforme et ils payent entre 35 % et 70 % du prix public du livre. » 

(voir notre actualitté)

 

« Amazon continue de punir les livres : 2500 auteurs Hachette et plus de 7000 titres ont visiblement été affectés » détaillait Douglas Preston, début septembre en assurant que les ventes sur Amazon de ces ouvrages ont diminué de 50 %, voire de 90 % dans certains cas. « Cela fait désormais 6 mois que la situation dure, et elle s'est révélée particulièrement dommageable pour les jeunes auteurs et ceux qui sont peu mis en avant. »