Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Amish Tripathi obtient une avance de 1 million de dollars

Xavier S. Thomann - 05.03.2013

Edition - International - Inde - Amish Tripathi - Avance record


Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais Amish Tripathi vient de vendre les droits de sa prochaine trilogie pour l'Asie du Sud-est pour une somme record. Son éditeur s'est bien sûr empressé de relayer ce chiffre de 1 million de $, histoire de montrer à tout le monde qu'ils ont le portefeuille qu'il faut. 

 

 

 

L'ancien banquier Amish Tripathi doit avoir une certaine idée de ce que représente cette somme. Et à peine son dernier livre publié, l'homme devenu romancier à succès se voit confier une réalisation importante. Ses trois premiers livres se sont écoulés à plus de 1,5 million d'exemplaires, et lui ont rapporté plus de 400 millions de roupies - soit 5,59 millions €. Autrement dit, la santé va bien. 

 

Et pour l'éditeur Gautam Padmanabhan, le poulain est devenu plus que bankable, au point de lui verser l'avance la plus importante jamais touchée pour un contrat d'exploitation dans les seuls territoires d'Asie du Sud. 

 

Il s'agit donc de l'avance la plus conséquente dans l'histoire de l'édition indienne. D'autres écrivains indiens ont déjà obtenu des avances plus importantes, mais il s'agissait le plus souvent des droits pour les Etats-Unis ou l'Europe. C'est la première fois qu'une telle somme est atteinte pour l'Asie. Gautam Padmanabhan de Westland Press a déclaré à l'AFP : « Cette offre a été faite non seulement sur la base des chiffres de vente précédents mais aussi en fonction de notre confiance envers l'auteur. Nous sommes sûrs qu'il écrira un nouveau blockbuster. » 

 

Il faut dire que l'intéressé est un habitué des ventes stratosphériques, donc la maison ne semble pas prendre un risque considérable en pariant sur cet écrivain. D'autant que la somme avancée permet de faire parler du livre avant même sa parution, ce qui en termes de communication est forcément bon à prendre. 

 

Le dernier tome de sa précédente trilogie fantastique, The Oath of the Vayuputras, s'est fort bien vendu, c'est le cas de le dire, avec 500,000 exemplaires vendus, en une seule journée. Un succès qui laissera bien des auteurs rêveurs. C'est même un exemple à suivre si l'on en croit ce qui se dit dans le milieu de l'édition en Inde. Selon Shobit Arya, le fondateur de Wisdom Tree, « le succès de ses livres est encourageant pour les autres auteurs indiens. À eux de créer leur propre success-story et les contrats suivront. » 

 

Le plus intéressant dans cette histoire, c'est que le livre n'a pas encore été écrit. L'auteur n'en commencera la rédaction qu'une fois la promotion de son dernier ouvrage achevée. Mais on sait déjà de quoi il retournera dans ce nouveau livre. Ce sera une histoire sur le mode de l'épopée. L'auteur trouve sa principale source d'inspiration dans la recomposition de mythes indiens, auxquels il ajoute une dose de philo, moderne et ancienne. 

 

Le retour des mythes

 

Les textes de Tripathi surfent sur une tendance marquée par la réécriture des mythes fondateurs, avec sagesse populaire, spiritualité et narration très classique. Le cocktail idéal pour réaliser des best-sellers. Cette fameuse trilogie ne dérogera pas à la règle, et réimaginera la vie du dieu Shiva, l'un des plus populaires dans le panthéon indien, mais également une divinité complexe et puissante. D'ailleurs, récemment, une campagne de promotion a débuté avec des stars de Bollywood, pour promouvoir un CD spécialement enregistré pour être lu avec le titre.

 

C'est pourtant après plusieurs refus que Tripathi a essuyés, en 2010, que son livre a finalement connu un succès inattendu - une édition britannique et une autre américaine sont d'ailleurs dans les tuyaux. Sans compter que les droits cinématographiques ont été vendus pour une prochaine adaptation. 

 

Pour les analystes et autres spécialistes, ce regain d'intérêt pour les légendes hindoues provient d'une préoccupation sérieuse du public contemporain pour ses origines. « Comme nous nous mondialisons, nous devenons également plus centrés sur le local. Nos racines sont de plus en plus importantes pour les gens et les livres de Tripathi se dévorent sans exigence », explique Narayanaswamy, président de Ipsos à New Delhi. 

 

Dans ses textes, Shiva parle une langue proche de celle des gens, mâtinée d'argot et d'américanismes. Un enthousiasme débordant, au point que plus de 350.000 exemplaires de son dernier livre ont été vendus, sur un tirage de 500.000, soit le double du tirage d'Harry Potter.

 

Sur 1,2 milliard d'habitants, près de la moitié en Inde sont âgés de moins de 25 ans : cette réinterprétation de Tripathi sait donc séduire un public jeune, en parlant un langage qu'il comprend. Pour Namita Gokhale, organisateur du festival de Jaipur, et éditeur, cette réécriture invite au voyage : « Les mythes occidentaux sont statiques, mais les dieux, en Inde, sont vivants et durant des milliers d'années encore, on les a continuellement réinterprétés. »

 

Mais pour le président d'Ipsos, le million de dollars dépensé reste injustifié. « La chose cruelle, c'est que les Indiens ne lisent pas de livres. Je pense que payer autant était une erreur. »