Anarchie sur internet, mort du papier : que devient le journalisme ?

Clément Solym - 06.09.2012

Edition - Société - journalisme - contenu numérique - espagne


Le journal espagnol Actualidad Editorial a émis une étude concernant les contenus numériques. D'après eux, face à la fourmilière du web, les médias numériques doivent se réinventer ou s'adapter, si ce n'est prendre le risque de simplement disparaître. Mais d'où vient le danger ?

 

 

 Quand le journaliste se fait prendre dans le dos

 

Le client est roi, au détriment du contenu ?

 

La conclusion du débat mené à l'Université Internationale Menéndez Pelayo est simple : contrairement au format papier où le contenu est celui qui réussira à capter et fidéliser les audiences, créant l'événement, sur le net c'est le client (soit le lecteur) qui est maître. Et plus exactement, le client et ses données (comprendre les commentaires et les rectifications).

 

Bon, si le contenu n'est plus le nerf de la guerre pour les espagnols, cela ne signifie pas que les articles des nouveaux médias (car nous parlons ici spécifiquement de journaux ou de sites d'information) ont des contenus insignifiants. Au contraire, nous certifie Arantxa Mellado, « la qualité et l'originalité reste une valeur essentielle, mais les producteurs et les gestionnaires ont commencé à se rendre compte qu'un client satisfait et un client qui consomme ».

 

C'est dit, un mécontent ne se mouillera pas deux fois. Selon José Luis Verdes, directeur des activités numériques de Grupo Prisa, « il faut commencer à écouter le client, et à partir de là, à créer de la valeur ajoutée ». « Et il faut le faire non pas comme l'on est contraint de le faire mais comme le client l'espère », ajoute-t-il.

 

Dès lors, toute stratégie numérique doit prendre en compte la relation avec le client, en définissant ce que le client veut. A cela, Lagerfeld remarquerait que la presse, quelle qu'elle soit, ne peut néanmoins survivre qu'en faisant le choix de la qualité (entendre par là un effort sur le papier, et à défaut, sur le visuel du site).

 

Les "package" d'Internet ou l'information à gogo

 

Car ce qu'on retient du web, ce sont des milliers d'informations rapidement disponibles, instantanées, et parfois même référencées par mots clés mettant chaque article similaire en « package » (c'est le cas de Google news). Les journaux ne peuvent pas se contenter de seulement recopier les dépêches Afp (voir notre actualitté), ils doivent aussi informer autrement. Et cela passe par l'article original, l'information inédite, mais aussi l'analyse, l'enquête.

 

Le principal défi des médias sera donc de toujours créer et innover. Car, paradoxalement, comme l'indique Ismael Nafría, directeur de l'innovation numérique chez Grupo Godo, « la crise dans les médias coïncide avec une époque où les gens sont plus informés que jamais et qui sont plus que jamais à la recherche d'information ».

 

Et de penser comment se recompose le paysage de l'information, essentiellement gratuite, sur le web, obligeant les médias à chercher d'autres sources de revenus (pas toujours exclusivement publicitaires). Pour les grands groupes espagnols, la rentabilité n'est pas encore avérée sur le net. Cependant, les entreprises préfèrent continuer à investir dans l'innovation numérique, afin de rester sur un marché dont l'avenir est proche (un marché qui s'ancre pourtant déjà bien en France).

 

Et le journalisme dans tout ça ?

 

Ainsi, chaque contenu, chaque média doit désormais s'adapter aux conditions de lecture du client, qui ne seront pas les mêmes s'il lit depuis un mobile, un ordinateur ou un journal papier. A quoi s'ajoute un nouveau défi pour les penseurs espagnols du contenu numérique : le contenu payant. Celui-ci obligera chaque site à personnaliser son information afin d'attirer le client. La valeur ajoutée sera primordiale. Mais avant tout, il faudra soigner sa relation au lecteur qui est le centre du web :

 

« Les gens participent très activement dans les journaux. Les utilisateurs mensuels laissent de nombreux commentaires sur LaVanguardia.es, par exemple. Cela donne beaucoup de valeur au journal, non seulement parce que les lecteurs y apportent des corrections et des clarifications, mais aussi parce qu'ils indiquent clairement quelles sont les nouvelles questions qui permettent de susciter un débat », explique Ismael Nafría.

 

Et d'ajouter : « Ce sont les lecteurs eux-mêmes qui disent ce qui les préoccupe. Ce besoin de contact avec le lecteur a également forcé à être actif. […] Le client est roi et ses données sont le rouage. Comprendre le client et interpréter leurs usages de la lecture nécessite de nouvelles compétences et donne naissance à de nouveaux métiers, mais il y a des métiers qui perdurent ».

 

« En fin de compte, ce qui importe c'est d'être un bon journaliste ».