Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

André Markowicz en scène pour lancer le Festival Vo-Vf

Claire Darfeuille - 10.10.2014

Edition - International - Traduction littéraire - Festival Vo-Vf - André Markowicz


Il a donné un coup de projecteur décisif sur les traducteurs littéraires et est tout naturellement l'invité d'honneur de la seconde édition du Festival Vo-Vf ce week-end à Gif-sur-Yvette. André Markowicz était hier soir à la Bulac pour une carte blanche devant un public tombé sous le charme des mots du traducteur.

 

André Markowicz

 

Inlassablement, passionnément, il explique, commente et donne à voir son métier de traducteur, une vocation très vite née chez André Markowicz, qui depuis toujours parle français avec son père et russe avec sa mère, enseignante de littérature russe. « À 15 ans et demi, un ami de la famille – le grand théoricien de la traduction Efim Etkind — m'a proposé de traduire Pouchkine avec lui. J'ai tout de suite su que c'était ce que je voulais faire et je n'ai rien fait d'autre depuis ».

 

Dix ans de vie commune avec Dostoïevski 

 

Il égrène les chances qui ont jalonné son parcours, sa grand-mère qui lui lisait Pouchkine, sa mère, « ma bible ! », qui attire son attention sur la distorsion entre le Dostoïevski qu'elle connaît et celui que lisent ses étudiants, sa rencontre avec Françoise Morvan, avec qui il traduit Tchekhov, et celle décisive avec Hubert Nyssen qui vient de fonder Actes Sud et accepte de lui confier la traduction de l'œuvre complète de Dostoïevski. « C'était possible à l'époque, grâce aux traductions précédentes qui avaient fait connaître l'auteur, aussi parce qu'il s'agissait d'une nouvelle collection (Babel. Ndr) et enfin parce que c'était techniquement possible », soit un savant calcul, « le seul calcul mathématique de ma vie » à partir de l'édition originale en 30 volumes, à raison de 21 jours de travail par mois, qui le mène au chiffre de… 10 ans de traduction.

 

« Quelle chance de vivre dix ans avec Dostoïevski ! » Une longue cohabitation avec la langue de l'auteur de Crime et châtiment, et la langue seulement, car le traducteur se dit par ailleurs « horripilé par son idéologie, son nationalisme, son antisémitisme », manifestes dans sa correspondance. Il précise son intérêt tout entier tourné vers les voix, « celles que l'on entend en lisant, celles qui parlent en dessous de la narration ». Ainsi, « Dostoïevski est le premier écrivain de la mauvaise foi, car ce qui est important est ce qui n'est pas dit. Pour la première fois, la littérature n'est pas obligatoirement du côté de la vérité ».

 

 

« Comment faire entendre en français ce que j'entends en russe ? »

 

Au fil de son exposé, André Markowicz revient sur les noms des personnages, leurs expressions, les bizarreries « toujours essentielles », l'usage de la langue populaire, les répétitions innombrables, malencontreusement gommées dans les versions « en français classique », et entraîne son auditoire à plonger avec lui dans les mots, à la recherche d'une réponse à l'obsédante question : « Comment faire entendre en français ce que j'entends en russe ? ». Ou encore comment traduire en français, «Воля » (prononcé volia,  Ndr) qui veut tout à la fois dire « liberté » et « volonté », ou " пра́вда»" (prononcé pravda) qui signifie non seulement « vérité », mais aussi « justice   ?

 

 

Aussi, à ''inévitable question de savoir « s''il y a des textes intraduisibles », la réponse fuse « tout est intraduisible  ». Ce qui n'empêche pas Markowicz de poursuivre son œuvre de traduction également à partir de l'anglais, qu''il « parle comme un Français », du latin, du suédois et dernièrement du chinois, -une anthologie de poésies chinoises « Ombres de Chine » devrait paraître cette anné-, confortant ainsi par sa pratique son axiome  «je ne traduis pas DU russe, mais EN français, et qui plus est dans MON français ». Un exercice « auto-centré » à partir de la langue d'un(e) autre.

 

Ce samedi à 15h30, il remettra une fois encore « l'ouvrage sur le métier » pour le public du festival Vo-Vf, qui tout le week-end donne la parole aux traducteurs. Il croit bon de préciser qu' " il y parlera d' autres choses " à un public tout prêt à une nouvelle plongée.

  

Pour ceux qui souhaitent mieux connaître André Markowicz avant la rencontre de ce week-end, deux détours sont recommandés, une visite du dossier complet que le site remue.net consacre au traducteur et la lecture de l'article de Sarah Cillaire sur le blog retors.net dédié à la traduction.

 

L'intégralité de cette carte blanche est écoutable sur le site de la Bulac.