Andreï Kourkov estime que l'Ukraine est "abandonnée" par l'Europe

Julien Helmlinger - 26.01.2014

Edition - International - Andreï Kourkov - Ukraine - Europe


Pas de trêve en Ukraine. Quand bien même le régime contesté à Kiev aurait fait voeux d'apaisement, en acceptant de rencontrer les leaders de l'opposition ces mercredi et jeudi soirs, aucun terrain d'entente n'aurait été trouvé. Dans la foulée, cette nuit, le ministère de l'agriculture a été pris par des manifestants tandis que d'autres bâtiments de l'administration régionale seraient tombés à l'ouest du pays. Si la violence semble à l'escalade, Andreï Kourkov, écrivain ukrainien et membre de PEN basé à Londres, en appelle à l'Europe.

 

 

 CC by 2.0 par Russlan und Ukraine

 

 

Pendant que le mouvement pro-Europe s'étend en Ukraine, la branche ukrainienne de PEN International, l'association apolitique d'écrivains défenseurs de la littérature et de la liberté d'expression, a réclamé des sanctions contre le régime de Ianoukovitch. Les militants estiment que des mesures doivent être prises « contre un régime qui viole les droits humains, et notamment certains des plus fondamentaux : le droit de vivre et le droit à la liberté ».

 

Une tension qui semble être apparue progressivement depuis décembre, à la suite de la négociation qui a vu le président Ianouovitch renoncer aux négociations commerciales qu'il entretenait avec l'Union européenne. Désormais, annonçant préférer se tourner désormais vers la Russie. Les manifestants pro-Europe multiplient les actions, et la répression exercée par la police anti-émeutes fait des victimes en leurs rangs.

 

Les ONG comme le PEN s'inquiètent du respect des droits de l'homme, quand Moscou par l'intermédiaire du premier ministre Medvedev reprochait dernièrement aux dirigeants occidentaux de commettre une grossière intrusion en s'immisçant dans la situation ukrainienne. 

 

L'écrivain Andreï Kourkov, interrogé par le Guardian suite à cette prise de position par PEN dont il est signataire, estime que la situation « prend une dangereuse direction », ajoutant que « nous sommes sur le point d'entrer dans l'ère des prisonniers politiques [...] en quelques jours ». En conséquence de quoi il espère que la communauté internationale entendra l'appel de ses pairs ukrainiens.

 

« Le président français est plus stimulé par ses propres problèmes »

 

Aux yeux critiques d'Andreï Kourkov, adepte de la fable et dont certains livres évoquent ironiquement la vie politique et sociale dans les sociétés postsoviétiques : « L'Europe a abandonné l'Ukraine. L'Amérique est davantage intéressée par de bonnes relations avec Poutine... Le président français est plus stimulé par ses propres problèmes. À part le président polonais et celui lithuanien, personne ne prend les événements ukrainiens au sérieux. »

 

Selon la déclaration de la branche ukrainienne de PEN, le régime de Ianoukovitch aurait franchi la ligne rouge séparant les gouvernements semi-autoritaires des dictatures authentiques. Les autorités sont accusées de rester fermées aux voix modérées et autres appels pacifiques du pays, d'encourager plutôt la confrontation et l'escalade de la violence. On reproche notamment aux forces de l'ordre d'avoir délibérément molesté des journalistes qui faisaient leur travail.

 

La branche locale de l'association d'écrivains regrette que leur pays semble prendre exemple sur la Russie, en matière de répression de la dissidence, plutôt que de modifier les lois afin de garantir le respect du droit fondamental à la liberté d'expression. La diffamation constitue à nouveau un crime en Uraine, passible de deux ans de prison, ce que PEN considère comme « un pas en arrière, à l'heure ou la tendance européenne tend à ne plus criminaliser les offenses par la parole ».

 

Au fil de sa déclaration, PEN Ukraine explique sa démarche : « Nous vous appelons à mobiliser vos sociétés démocratiques et accroître la pression sur les gouvernements, afin qu'ils prennent une position plus ferme à l'encontre d'un régime qui mène son pays vers la violence et les effusions de sang. »