Andrew O'Hagan revient sur sa collaboration avec Julian Assange

Julien Helmlinger - 24.02.2014

Edition - International - Julian Assange - Wikileaks - Andrew O'Hagan


Courant 2011, les mémoires du controversé fondateur de Wikileaks étaient avortées, et ce, bien que la publication s'annonçait chez Canongate comme l'un des contrats d'édition les plus lucratifs du moment. Près de 3 ans après sa rencontre avec Julian Assange, celui qui devait lui servir de nègre, le biographe Andrew O'Hagan vient de rompre le silence. Il est revenu sur le fiasco éditorial et nous dépeint un partenaire à multiples facettes, tantôt « passionné, drôle, paresseux, courageux, vain, paranoïaque, moral et manipulateur ».

 

 

 Assange cède la parole à celui qui écrivait dans l'ombre

 

 

En 2011, Assange se trouvait non seulement dans le collimateur de la NSA, mais aussi en liberté conditionnelle, suite aux allégations d'agression sexuelle le visant en Suède. Cette publication, dont les droits américains et britanniques avaient été acquis pour quelque 930.000 £, garantissait à Julian Assange une belle avance ainsi qu'un contrat bien monnayé qui devait lui servir notamment à financer ses importants frais de justice. D'autant plus que ces droits auront été revendus ensuite dans une quarantaine de pays divers avant que le projet ne capote, pour un total de 2,5 millions $. 

 

Pourtant, le fondateur de Wikileaks a préféré se défausser. Selon Andrew O'Hagan, qui faisait la lecture d'un essai personnel ce vendredi à Londres, si Assange a abandonné le projet, c'est que « l'homme qui s'est mis en tête de divulguer les secrets du monde entier ne pouvait tout simplement pas supporter ses propres secrets. L'histoire de sa vie l'a mortifié et l'a conduit à se fondre en excuses. Il ne voulait pas faire le livre. Il ne voulait pas depuis le début ».

 

Selon le biographe, le cyber-militant s'était malgré-lui laisser convaincre par ses avocats, qui avaient probablement su argumenter en évoquant la couverture potentielle des frais de justice qu'Assange avait à assumer. O'Hagan raconte qu'il s'était finalement pris au jeu, s'impliquant notamment dans le processus créatif en réclamant à son nègre « quelque chose qui se lirait comme du Hemingway ». Mais il ajoute qu'à l'approche de l'échéance, lorsqu'il fallait songer à soumettre le manuscrit, le sujet du livre fut alors atteint de frilosité.

 

Julian Assange aurait finalement été « totalement choqué » à l'idée que sa propre vie personnelle puisse ainsi être dévoilée au grand public, comparant dans ses propos la rédaction de mémoires avec un acte de prostitution. Sans l'aval du fondateur de Wikileaks, la maison d'édition écossaise, Canongate, frustrée de la non-collaboration de l'auteurs qui en sus ne remboursa pas son avance, décida de publier une autobiographie non autorisée. Cependant ce livre ne connut pas le succès escompté, s'écoulant à 700 copies seulement en sa première semaine sur les étals des libraires. Un flop.

 

Andrew O'Hagan parle de la vie de Julian Assange, en cette année 2011, comme d'une existence parfois surréaliste. Dans laquelle on fomente sa révolution en tapant sur un clavier, entre deux morceaux de chocolat, où l'on est contraint de pointer quotidiennement au poste de police, se payant de temps à autre le luxe d'un vol en hélicoptère... Finalement, le biographe admet avoir du mal à cerner le personnage. Evoquant un long métrage inspiré de l'activiste, O'Hagan estime que pour savoir quel homme est réellement Assange, il nous faudra peut-être attendre « les dernières images du film »