Andrew Wylie n'épargne pas Amazon : "C'est de la mégalomanie"

Antoine Oury - 08.10.2013

Edition - International - Andrew Wylie - Amazon - Odyssey Editions


Andre Wylie, redoutable agent littéraire connu comme « Le Chacal » dans le milieu, ne s'est pas fait que des amis au cours de sa carrière. À plus de 70 ans, il jette un regard acéré sur Amazon et son système commercial relatif au livre. D'après lui, le site de e-commerce se fourvoie en essayant de couvrir tous les domaines, un appétit qui risque de lui coûter cher.

 


 

 

 

Wylie affiche clairement son désintérêt pour la lecture numérique : cela pourra paraître étrange, puisqu'il a monté sa maison d'édition d'ebooks, Odyssey Editions, en juillet 2010 avec Amazon comme partenaire exclusif. Autrefois admiratif de la façon dont Amazon défiait les grandes chaînes de librairie, il en est revenu quand le site a lancé sa maison d'édition papier.

 

« Je crois qu'Amazon a sa propre maison d'édition papier pour éviter que son comportement de distributeur de contenus numériques soit mal perçu par le Department of Justice et l'industrie de l'édition, d'une façon qui est très profitable à la société », explique-t-il à New Republic. S'il avait accepté de travailler avec le géant du e-commerce, à l'époque, c'est parce qu'il était le seul à verser des royalties plus proches de 50 % que de 25 % sur les livres numériques.

 

Toutefois, aujourd'hui, il faudrait que les enfants de Wylie soient capturés et menacés de mort pour qu'il accepte de vendre un livre à Amazon, souligne-t-il, et il ne fait aucun doute, selon lui, que le site souhaite s'approprier l'essentiel du réseau de distribution de livres. Comparant Amazon et Napoléon, il lui prédit une chute progressive, à mesure qu'il franchira les frontières pour agrandir son territoire. Selon Wylie, les équipes d'Amazon ne savent pas mener une relation avec les auteurs : « Si Mme Bezos avait publié son livre chez Amazon, je serai plus convaincu. Elle a l'air de penser que Knopf est un meilleur éditeur qu'Amazon. »

 

L'agent littéraire adepte des coups d'éclat déplore que les éditeurs ne claquent pas la porte d'Amazon, voire d'Apple, tant les conditions imposées sont intolérables : « Vous pensez que vous allez perdre 30 % de votre marché ? Et bien, ce n'est pas grave, puisque vous aurez 30 % de marges supplémentaires sur les 70 % restants. Il y a moins d'abrutis qui lisent vos livres et vous êtes payé plus pour ceux qui le font. Où est le problème ? », lance-t-il.