Angela Merkel et la liberté d'expression en Turquie

Nicolas Gary - 25.02.2017

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C’est un bien étrange ouvrage qu’a reçu le gouvernement fédéral allemand, à Berlin, ce 24 février. Des dizaines de milliers de signatures, réunies dans un épais volume, à la couverture noire, et pour titre #FreeWordsTurkey 111.047. Comme une sorte de compte à rebours ? Pour un engagement en faveur de la liberté d’expression alors...

 

 

 

L’association des éditeurs et des libraires allemands (Börsenverein) s’était alliée avec le Centre PEN allemand, ainsi que Reporters Sans Frontières, pour interpeller le gouvernement allemand. Le livre, symbolisant l’ensemble des signatures reçues à la pétition, est plutôt là pour marquer les esprits. Les trois organisations demandent au gouvernement de manifester « sans concession son engagement envers la liberté d’expression et de la presse en Turquie ».

 

Cela implique la libération de plusieurs auteurs et journalistes, aujourd’hui détenus dans les prisons du pays. Le cas spécifique d’Asli Erdogan avait peut-être mobilisé les foules, mais bien d’autres sont encore emprisonnés, dans des conditions de détentions terrifiantes.

 

À ce jour, les 111.047 signatures recueillies à travers la pétition montrent que la mobilisation existe. Il est ainsi demandé à la chancellerie de ne pas reculer. Elle devra être présentée à Angela Merkel, une fois achevée, ainsi qu’à Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne.

 

Depuis le coup d’État de juillet 2016, 130 établissements de presse ont été fermés, et 29 maisons d’édition ont subi le même sort. « En Turquie, la liberté d’expression est piétinée. C’est pourtant un droit humain non négociable », affirme le Börsenverein, à l’origine de la pétition. Et de réclamer qu’une position claire et définie soit adoptée par le gouvernement fédéral allemand sur ces problématiques.

 

En remettant l’ouvrage à la chancellerie, Alexander Skipis, directeur général du Börsenverein, assurait : « Nous en sommes à un stade où des mesures concrètes doivent intervenir pour faire suite aux propos tenus jusqu’à lors par les organismes gouvernementaux. [...] Nous demandons à Angela Merkel [...] de rester fermement attachée aux droits de l’homme et, en aucun cas, de ne laisser mettre en péril la liberté d’opinion, ou que soit instrumentalisée la liberté d’expression, mise en balance dans le cadre d’intérêts économiques, de questions liées à l’accueil des réfugiés ou concernant l’OTAN. »

 

Ramize Erer, dessinatrice turque, reçoit le prix Couilles au cul 2017 

 

Regula Venske, secrétaire générale du Centre PEN allemand, ajoute que ces enjeux ne touchent pas simplement les médias actuels en Turquie : ils ont pour conséquences de réduire la liberté entière du peuple turc. Et d’insister sur les pressions qu’il faut désormais exercer contre le président Erdogan, pour qu’il mette un terme à ses campagnes d’oppression contre la presse.

 

À ce jour, on estime qu’une centaine de journalistes sont toujours emprisonnés en Turquie.