Angleterre : le livre numérique aurait conduit 128 éditeurs à la faillite

Julie Torterolo - 30.11.2015

Edition - International - Angletterre - ebook - faillite éditeur


Les avis se divisent sur la situation du livre outre-Manche. La Publishers Association nous apprenait en octobre dernier que le livre papier reprenait du poil de la bête en Angleterre. Aujourd'hui, on annonce dans la presse anglaise  que les ventes de ebook conduiraient finalement l'industrie vers une sorte de désastre inéluctable. Et les éditeurs britanniques à leur perte... 

 

Brian J. Matis, CC BY-NC-SA 2.0

 

 

Selon The Independent — qui s’appuie sur une étude réalisée par le cabinet Moore Stephens — le chiffre d’affaires des ventes d’ebook au Royaume-Uni a augmenté de 11 % en 2014. Et le journal l’annonce alors d’emblée : cette hausse aurait contraint plusieurs éditeurs anglais à fermer leurs portes. La même année et jusqu’au 30 juin 2015, 128 éditeurs ont fait faillite selon le cabinet d’expert-comptable Moore Stephens. 

 

Pour ce dernier, ces fermetures s’expliquent par le manque de réactivité et de modernité des éditeurs concernés, qui auraient tardé à rendre leur ouvrage disponible en ebooks. Ils auraient alors vu leurs ventes chuter progressivement. 

 

De même, toujours selon le cabinet, le marché de l’édition universitaire — qui pourtant connaît habituellement un niveau de marge élevée — a assisté à la diminution des ventes, durant l'année passée. Les petites librairies souffriraient également de devoir rivaliser avec les rabais offerts par les géants sur le web. 

 

Cette dernière analyse est confirmée en France par le 2e Panorama EY-France Créative sur les Industries de la culture et de la création qui a passé en revue le marché du livre français en 2013 : bien que la France possède l’un des plus grands réseaux de librairies, les boutiques seraient en effet fragilisées par les plateformes de ventes de livres sur internet, notamment « par des stratégies de conquêtes de parts de marché agressives », souligne l’étude. 

 

Une étude s’appuyant sur les données que communique le ministère de la Culture semble totalement démonter ces assertions. ActuaLitté avait ainsi montré que non seulement le chiffre d’affaires de la librairie est stable depuis 2001, mais surtout, qu’internet n’avait pas eu l’impact qu’on lui prête. En réalité, ce sont les ventes Club et le courtage, ainsi que les maisons de la presse et papeteries qui ont été les plus frappées par la vente en ligne.

 

Pour d'autres, l'édition britannique "est en bonne santé"

 

Pour David Elliott, associé chez Moore Stephens, le marché du livre anglais est donc dans une situation délicate: « La baisse de la valeur des ventes des livres papier est plus grande que la croissance des e-books, et cela est une tendance inquiétante pour les éditeurs qui dépendent encore du papier pour leurs bénéfices. »

 

Cette étude peut cependant être nuancée par les propos de Richard Mollet, directeur exécutif de la Publishers Association, à la foire du Livre de Francfort en octobre dernier. Pour lui, « l’édition britannique est en bonne santé, nous assistons à une hausse continue du livre numérique, ainsi que les signes d’une “reprise”, si je peux m’exprimer ainsi, du livre papier ». 

 

Annoncer que le livre numérique est à l'origine de la faillite des éditeurs – alors même que le livre papier connaît un regain de popularité – semble donc trop raccourci. De plus, comme le souligne le bilan économique des 15 premiers marchés du livre dans le monde, réalisé par au début du mois par l’IPA, international Publishers Association et UIE, Union Internationale des Éditeurs, l’Angleterre reste toute de même le quatrième plus gros marché du livre au monde à l'heure actuelle.