Angolagate : Paul-Loup Sulitzer exclu de l'Ordre national du Mérite

Clément Solym - 01.12.2012

Edition - Société - Paul-Loup Sulitzer - Ordre national du Mérite - membre


L'émérite romancier, qui a fait plus pour le droit des nègres en littérature, que pour l'édification de la langue française, a reçu une petite calotte sur l'ego. Après sa condamnation remontant à 2009, dans la sinistre histoire de l'Angolagate, il vient de se faire exclure de l'ordre du Mérite. Une décision qui l'émeut tout particulièrement, assure-t-il à l'AFP.

 

Promu en février 1996, le romancier n'a pourtant pas été pris en traître : le code de cet ordre souligne qu'il est possible de perdre sa qualité de membre pour faute grave, par exemple, dans le cas d'une condamnation à une peine correctionnelle. Ce qui est précisément le cas de l'écrivain, frappé en octobre 2009 de 15 mois de prison avec sursis, accompagnés de 100.000 € d'amendes.

 

Les chefs d'inculpation étaient alors recel d'abus de bien sociaux, et sa radiation est effective depuis la parution au Journal officiel du décret du 26 novembre. Cependant, cet avis n'est pas accessible en publication numérique et ne peut être consulté que sur l'édition papier. 

 

Feu l'Angola

 

À cette époque, Pierre Falcone, Jean-Charles Marchiani et Charles Pasqua étaient tous trois condamnés à des peines de prison ferme, de six ans, 15 mois et un an. Le trafic organisé concernait la vente et livraison d'armes pour 790 millions - armes lourdes, munitions, matériel de génie, ainsi que des véhicules de transports, ou encore des blindés et des hélicoptères.

 

L'activité de conseil qu'avait alors l'écrivain fut jugée frauduleuse par la cour. 

 

Peu après, il avait publié un ouvrage, Angolagate, chronique d'un scandale d'État, dans lequel il plongeait avidement dans cette affaire, présentant tout à la fois sa défense et son point de vue, le tout sous la plume - hem - de l'un des acteurs les plus concernés. Il avait reconnu avoir perçu la somme de 1,2 million de francs tout de même, tout en niant être mêlé à un trafic d'armes. 

 

Une vive émotion

 

À l'AFP, le romancier réaffirme toute sa peine de se voir ainsi exclu de l'Ordre. Lui, « fils de résistant, portant le prénom de son oncle mort à Auschwitz, auteur français le plus traduit et le plus lu dans le monde, déplore cette décision qui s'assimile à une double peine compte tenu de la condamnation déjà prononcée ». Il assure également avoir appris la nouvelle « avec une vive émotion ». Il est vrai que plus de trois ans après la condamnation, la réaction de l'Ordre semble tout de même un peu longue. 

 

Dernièrement, le romancier avait annoncé son intention de s'installer en Belgique, alors que le patron de LVMH, Bernard Arnault, était sous le feu médiatique : il avait déposé une demande de naturalisation auprès de la Belgique. Le meilleur moyen d'ouvrir par la suite la porte au Luxembourg, petit paradis fiscal à deux pas de Paris.

 

Cependant Sulitzer garantissait que ce départ n'était « ni pour en tirer un quelconque avantage financier, ni encore, et contrairement à d'autres, à cause de l'élection de François Hollande comme président de la République française ».