Angot face à Sandrine Rousseau : parler ou taire les violences sexuelles ?

Victor De Sepausy - 02.10.2017

Edition - Société - Christine Angot colère - Sandrine Rousseau Angot - violences sexuelles parler


Mais quel splendide duo nous avons là : Yann Moix et Christine Angot sur le plateau de On n’est pas couché, c’était la tête d’affiche de cette rentrée médiatique. Deux écrivains pour accueillir les invités, avec le corrosif que l’on attend d’eux, pour capter l’audimat. Réussi : Sandrine Rousseau, venue pour son livre Parler (Flammarion), s’est retrouvée en larmes...

 


 

Sandrine Rousseau fait partie des élues qui ont accusé le député Denis Baupin de harcèlement sexuel. Mais, de fait, les actes étant trop vieux, le délai de prescription a bénéficié au député. En riposte, il l’avait traitée de menteuse et elle attaquait en retour pour dénonciation calomnieuse. Son livre, sorti à cette rentrée, devait revenir sur toute l’affaire. 

 

Attestant de ce qu’elle avait vécu, Sandrine Rousseau a été prise à parti par une Christine Angot sortie de ses gonds : « Je ne peux pas entendre ça », explique-t-elle, considérant que la manière dont la députée présentait les solutions mises en place pour écouter les victimes de harcèlement n’employait pas les bons mots.

 

« C’est un blabla... mais arrêtez ! », poursuit Angot. Et quand Sandrine Rousseau lui demande comment faire pour se faire entendre, alors que son témoignage n’a jamais été entendu : « On se débrouille. »

 

 

 

Christine Angot finira par quitter le plateau avec colère. Il semble que le tournage de l’émission ait alors été longuement interrompu, mais il a repris, et finalement pas pour le mieux.

 

 

 

« Vous ne pouvez pas parler au nom de toutes les femmes. Vous auriez dû dire “Je” », avait asséné Angot, avant de quitter définitivement le plateau.La toile se déchaîne alors, et pointe du doigt l’agressivité d’Angot, mais également la froideur de Moix. « Le lecteur que je suis a tout vu sauf l’agression », explique-t-il. La production de l’émission a expliqué avoir volontairement supprimé le départ d’Angot du plateau, considérant que cela n’apportait rien « éditorialement » sur le fond.

 

Évidemment, il faut se souvenir qu’Angot, témoignant d’un viol dont elle fut victime, avait été la risée des plateaux : en 1999, l’auteure humiliée d’alors semble avoir retenu la leçon du passé. Et les blessures d’antan remontent, comme si elles refusaient qu’il puisse y avoir une alternative. 

 

Ce 1er octobre, Sandrine Rousseau a diffusé un communiqué, cherchant la voie de la conciliation. « Ces larmes sont avant tout celles du désespoir de voir à quel point la parole est douloureuse et difficile et à quel point on a laissé sur le ring s’affronter deux femmes. »
 

Comment Christine Angot a changé François Fillon en victime expiatoire


Un effort de compassion et de compréhension qu’il fut pour beaucoup de téléspectateurs difficile d’avoir. « [J]e suis allée voir, de ce fait, en replay, cette séance de mise à mort de l’autre par l’une qui m’a dégoupillé le cœur, et confirmé, moi que la langue obsède, dans l’horreur du langage qui méprise l’homme », écrit ainsi l'auteure Valentine Goby dans une pétition réclamant des excuses publiques.

 

Et d’ajouter : « Christine Angot n’a vu dans le livre de Sandrine Rousseau (témoignage sur le harcèlement sexuel dont elle a été victime et sur l’omerta sidérante autour de cette question en France) que la piètre écrivaine qui ne sait pas justifier de son vocabulaire, sans jamais ENTENDRE la phénoménale détresse de cette femme et de toutes les femmes victimes de violence et du silence effarant de la société. »

 

Nous reviendrons sur cette intervention dans un prochain billet.

mise à jour 16h30 :

Valentine Goby a apporté des précisions à ActuaLitté sur cette pétition. « Chacun peut avoir une préférence sur la conduite à adopter, mais nous sommes là devant une mise en concurrence des souffrances et une négation de la souffrance de Madame Rousseau par Madame Angot qui est difficile à supporter. »

 

Le comportement d'Angot sur ONPC, “une télévision qui avilit”
 


Sandrine Rousseau – Parler – Editions Flammarion – 9782081416642 – 19 €