Anne Carrière, “un projet d'Eden pour l’édition de littérature indépendante”

Nicolas Gary - 29.09.2017

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ENTRETIEN – À la suite de l’entrée au capital des Éditions Anne Carrière du groupe Média Participations, les éditeurs qui composent son collectif (Le Nouvel Attila, Plein Jour, La Belle Colère et Aux forges de Vulcain, et plus récemment, les Éditions Emmanuelle Collas) rejoignent également ce groupe. Un investissement littéraire pour le groupe très identifié dans le monde de la bande dessinée. Mais avant tout un gros changement dans la diffusion et la distribution. 

 


Stéphane Aznar © cecile gabriel

 

Stéphane Aznar, directeur général de Média Diffusion, détaille de l’intérieur cette évolution.

 

ActuaLitté : Quelle est l’histoire de Média Participations avec la littérature ?

 

Stéphane Aznar : Les liens existent depuis quelque temps déjà, avec le label Milady de Bragelonne qui nous a engagés dès 2008 dans ce secteur. Nous avons activement participé au développement des littératures de l’imaginaire portées, mais également d’ouvrages plus littéraires. Avec Anne Carrière et les éditeurs du Collectif, c’est un engagement vers une littéraire généraliste qui accompagne le développement de tout un pôle.

 

Ce mouvement, bien entendu, sera plus manifeste encore à terme avec le groupe Seuil/La Martinière. Personnellement, j’ai toujours considéré qu’une diffusion sans un pôle littérature forte avait un peu moins de poids en librairies — simplement pour toucher un lectorat plus large. En jeunesse, nous avons déjà une forte représentativité, y compris avec un catalogue pour librairies de premier niveau. Nous avons également de très bonnes positions en Pratique — la bande dessinée tombe sous le sens. De fait, développer ce segment devenait évident.

 

Nos échanges avec le Collectif ont commencé début 2017, avec pour perspective de développer Média Diffusion dans cette logique littéraire. D’ailleurs, il faut rappeler que Média Participations avait manifesté son envie de littérature lors qu’Editis fut en vente, en 2008 : l’envie existait que d’occuper le territoire littéraire. 

 

Anne Carrière, c’est une nouvelle approche intéressante, avec l’ensemble des partenaires éditeurs du Collectif. Le modèle déployé par Stephen Carrière a répondu au besoin de nombreux acteurs simultanément. Cette mise en commun des moyens faisait écho aux besoins, tout en enrichissant le paysage éditorial avec une certaine diversité. 

 

Dès janvier 2018, nous nous chargerons donc de les accompagner dans cette aventure. [NdR, Bragelonne a décidé de basculer le label Milady chez Hachette au 1er janvier 2018]

 

Comment va s’articuler la nouvelle organisation pour Média Diffusion ?

 

Stéphane Aznar : Nous disposions de deux équipes commerciales sur le terrain, l’une pour BD, comics, manga et la seconde dédiée aux autres catalogues. Ainsi que nous l’avons expliqué, nous souhaitions accueillir au mieux Anne Carrière, et développer nos parts de marché sur les différents segments que nous opérons. Une nouvelle équipe sera créée, axée sur les catalogues jeunesse que nous diffusons et une troisième, qui elle portera sur les catalogues adultes (Beaux Livres, Essais, Religieux, Pratique et Littérature Générale).

 

Je tiens d’ailleurs à souligner que ces événements, qui sont arrivés en même temps que l’annonce du rapprochement entre Média Participations et La Martinière/Seuil, n’est qu’une coïncidence. La nouvelle organisation de Média Diffusion, engagée par l’arrivée du Collectif, découle de plusieurs mois de travail. Quand nous avons officialisé en juin leur arrivée, le rapprochement avec La Martinière n’était pas encore évoqué.

 

D’ailleurs, sur ce point, la distribution de La Martinière/Seuil restera chez Interforum durant quelques années encore. [NdR : jusqu’en 2020 pour l’exclusivité, et le contrat s’achèvera définitivement en 2024]. Cela nous permet aussi de convaincre de nouveaux éditeurs de nous rejoindre, tout en réfléchissant à une organisation plus efficace encore.

 

Anne Carrière, c’est également l’opportunité pour Média Diffusion d’aller chercher la librairie de premier niveau...

 

Stéphane Aznar : Nous n’étions pas absents de la librairie de premier niveau, du fait de notre présence en bande dessinée. Mais en effet, nous allons y entrer de manière plus fine encore. Les libraires amateurs des ouvrages que l’on retrouve dans le catalogue des Editions Anne Carrière sont ceux que nous visitions déjà, mais pour d’autres maisons. Notamment pour le Pratique et la Jeunesse.

 

De fait, nombre de clients du Collectif étaient déjà dans notre escarcelle, dans un genre différent — je pense par exemple aux éditions du Cerf, un premier niveau par excellence.

 

En revanche, c’est que nous allons leur donner accès aux GSA plus facilement. Il est évident que ce n’est pas pour tous les titres. Quand Anne Carrière a publié EnjoyMarie, qui est la Youtubeuse EnjoyPhoenix, nous sommes devant un type d’ouvrage qui a tout à fait sa place.
 

Yakari et Lucky Luke - Frankfurt Buchmesse 2015
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 

 

Pour Média Diffusion, quel est l’enjeu de cette diversification ?

 

Stéphane Aznar : D’abord, il ne s’agit pas que d’une opération capitalistique au sens strict. Le projet est double : pour nous, évidemment, de disposer d’une présence accrue auprès des libraires, et de s’engager dans un développement que j’ai toujours considéré comme important. Cela permet de présenter l’offre la plus riche possible, de sorte que les librairies puissent avoir nos catalogues sur de multiples segments des établissements. L’absence de littérature générale, à ce titre, était un vrai manque. 

 

L’autre, qui est plus importante encore, c’est de proposer une alternative à des éditeurs indépendants, qui sont parfois noyés dans des structures de diffusion/distribution très importante, et ne parviennent pas véritablement à exister. C’était d’ailleurs toute la réflexion que nous avons menée avec Stephen Carrière : son projet, c’est celui d’un Eden pour l’édition de littérature indépendante. Face à eux, Média Diffusion, ce sont trois équipes de représentants, encore à taille humaine.  

 

Nous allons également mettre en commun des moyens, marketing et commerciaux, et des outils informatiques, afin de participer à une assise de leur chiffre d’affaires. Il sera également possible de réaliser plus d’analyses et de chercher des solutions affinées. Ensuite, cela implique de faire des recrutements, à mesure que l’on a plus d’éditeurs — mais toujours dans la perspective de leur donner une réponse complète.

 

La diffusion/distribution comptera donc, bientôt, un quatrième opérateur, capable d’élargir ce secteur ? 

 

Stéphane Aznar : Notre réorganisation préfigure en effet une sorte de rééquilibrage des forces, dans le secteur de la diffusion/distribution. Nous allons proposer une alternative à des solutions de diffusion/distribution déjà installées. Cela sera d’autant plus facile à faire qu’aucune de nos maisons diffusées ne dispose d’un catalogue similaire à celui de Stephen [Carrière] et du Collectif.

 

Ils seront la vigie d’un pôle littéraire qui n’existait pas chez Média Diffusion. S’il s’était trouvé des éditeurs concurrents, nous aurions pu craindre des réticences... heureusement, ce n’est pas le cas.
 

Le sauvetage La Martinière-Seuil, un coup de massue pour Interforum

 

Enfin, au déploiement des moyens sur le terrain s’ajoute l’activité au siège ; qui met également des moyens pour les clients grand compte. Le métier de l’édition se centralise, c’est une évidence, et nous avons à traiter avec des enseignes qui nécessitent des solutions plus efficaces pour nos éditeurs. 

 

Notre force, c’est aussi cette relation avec les éditeurs : chaque maison est en lien avec un pôle d’expertise marché, un interlocuteur spécialisé qui sera le point d’entrée chez Média, pour asseoir, ajuster et affiner. Nous souhaitons avant tout rassurer les éditeurs en leur donnant le confort et l’écoute nécessaires...