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Anne Hidalgo, la Mairie de Paris et les librairies indépendantes

Nicolas Gary - 29.06.2013

Edition - Librairies - Anne Hidalgo - librairies indépendantes - Bertrand Delanoë


Ah, les campagnes électorales : l'occasion pour les politiques de se rappeler au bon souvenir de futurs électeurs, et, qui sait, de grapiller de potentielles voix. Dans la ville de Paris, plusieurs personnalités sont en lice, pour la succession de Bertrand Delanoë. NKM, pour l'UMP, Christophe Najdovski, pour EELV, Wallerand de Saint-Juste pour le Front national, et l'on pense, pour l'UDI, à Rama Yade. Évoquons aussi Marielle de Samez, pour le MoDem, Alexis Corbière et/ou Martine Billard pour le Front de gauche, et Danielle Simonnet pour le Parti de Gauche.  

 

 

Chez les libraires associés, 3 Rue Pierre l'Ermite, 75018 Paris ‎

 

 

Et puis, pour le parti socialiste, il y a Anne Hidalgo. La candidate s'était déjà fait remarquer au 33e Salon du livre de Paris : venue pour dédicacer son livre, Mon combat pour Paris, publié chez Flammarion, voici qu'elle a fait parvenir aux libraires parisiens une invitation :  

J'ai le plaisir de vous convier à une rencontre autour de la place et du rôle des librairies à Paris, auxquelles je suis très attachée.

Parce que les libraires indépendants font la force de notre ville, participent de son identité et tissent un lien précieux avec les parisiens, je souhaite échanger avec vous pour que vous me fassiez part de vos idées comme des difficultés que vous rencontrez sur votre métier et sur Paris.

Cette réunion s'inscrit dans le cadre de ma campagne pour les municipales de 2014.

 

Rendez-vous est donc pris, non plus à la maison des Métallos, comme prévu : la Maison des mines accueillera le meeting électoral ce 1er juillet. Y sont bien entendu invités les libraires indépendants - invités, et attendus. Mais voilà : Jacques Desse, de la librairie Chez les libraires associés, spécialisé dans les ouvrages anciens et rares, sourit àl 'idée cette réunion. « Nous avons déjà entendu de grands discours, voilà dix ans, de Bertrand Delanoë et Christophe Girard, l'adjoint à la culture. Et depuis, les autorités de la Ville, y compris celles des arrondissements, n'ont jamais donné signe de vie », explique-t-il à ActuaLitté.

 

 

"Ce n'est pas une question de moyens : sauver les librairies parisiennes ne coûterait pas très cher [...] C'est la volonté politique,

et l'attention quotidienne, qui semblent avoir fait totalement défaut à la Ville (hormis dans les Ve et VIe arrondissements…)"

 

 

Et voilà que la moutarde lui monte doucement au nez, et qu'il se fend d'une réponse à la candidate socialiste et faire suite à son invitation. C'est merci, mais, non merci.

 

 
Derrière le sourire, se cache cependant une analyse un peu désabusée de la situation. « La volonté politique de s'intéresser aux commerces culturels ne peut pas être une attention strictement circonstancielle. On a l'impression que deux mondes cohabitent, sans jamais se rencontrer : d'un côté, les choses générées et subventionnées par la mairie, de l'autre... tout le reste. Et qui n'existe évidemment pas. »

 

Il se souvient qu'au moment où son établissement s'est ouvert à la Goutte d'Or, la mairie ne tarissait pas d'éloges : « Ils ne nous ont pourtant jamais donné signe de vie. Quand nous avons accueilli Le Clezio, trois semaines après qu'il a reçu son prix Nobel, la mairie du XVIIIe n'a pas plus réagi à notre invitation. » Eh oui : autant Anne Hidalgo souhaite déplacer les libraires en foule, pour sa campagne électorale, autant un Nobel de littérature français ne mérite pas qu'un élu vienne à sa rencontre. Tout au mieux un communiqué.

 

 

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Exposition Chez les libraires associés, Les écrivains de Sophie Bassoul

 

 

En outre, Jacques Desse ne fait ni la chasse à la subvention, ni l'aumône. « Donner un peu d'attention, cela passe par des choses simples. Et même cela, la mairie n'est pas capable de le faire. » Pour les libraires de neuf, il évoque ainsi les marchés publics, qui auparavant, assuraient un chiffre d'affaires aux libraires de quartier, quand les médiathèques et bibliothèques. « Ce n'était pas une subvention : cela permettait simplement d'avoir un CA garanti. Aujourd'hui, les établissements publics sont alimentés par des grosses machines, au détriment des libraires indépendants. » Modifier le code des marchés publics, pour favoriser le commerce local, ne serait pas nécessairement le point - quoique quelques précisions ne feraient pas de mal. En revanche, mieux contrôler les usages...

 

« D'autres choses sont bien plus simples encore. Si la mairie communiquait sur les manifestations, les expositions, tout le travail que nous réalisons, ce serait simple et pour nous, déjà, un marqueur d'intérêt. Ce qui se passe aujourd'hui, c'est qu'ils méconnaissent ce qui existe en termes de commerces culturels. Donc ils en ignorent les problématiques », conclut Jacques Desse.

 

 

"Comment la mairie n'a-t-elle pas pensé avant à donner

des signes concrets d'intérêt, au lieu d'organiser une rencontre

qui sera un ensemble de promesses post électorales ?"

 

 

La chose n'est d'ailleurs pas nouvelle. Mi-avril, le directeur des affaires culturelles de la Ville de Paris, François Brouat, quittait ses fonctions, avec une mission de réflexion toute particulière, que lui avait confiée Bertrand Delanoë. Intitulée "Les librairies indépendantes à Paris", elle vise à savoir ce que pensent les libraires et ce qu'ils souhaitent. « Mais pourquoi donc cette mission, alors que nous ne disposons même pas d'un interlocuteur à la Mairie », s'étonne Renny Aupetit, du Comptoir des mots. « Nous avons pris l'habitude de travailler avec la Région, avec l'ADELC, avec le CNL... Ce n'est même pas la peine de dépenser de l'argent pour cette mission. »

 

Rejoignant Jacques Desse sur ce point, le libraire souligne que la Mairie avait su communiquer sur le très grand nombre de salles de cinéma que comptait la ville. « Pourquoi ne fait-on pas la même chose pour les librairies ? Simplement cela. Plutôt que d'interroger, commencer par parler des événements qui s'organisent. » Quant à l'invitation d'Anne Hidalgo, Renny Aupetit a décidé de s'y rendre, « par curiosité, mais sans attentes. Certains libraires sont interloqués de cette rencontre : il n'y a pas de changement de majorité programmée avec cette élection. Comment la mairie n'a-t-elle pas pensé avant à donner des signes concrets d'intérêt, au lieu d'organiser une rencontre qui sera un ensemble de promesses post électorales ? »

 

François Brouat, joint par téléphone, ne s'étonne pas vraiment de ces réactions. « Le bilan que l'on m'a demandé de réaliser, porte sur les dispositifs mis en place par la Ville, et notamment avec la SEMAEST. Il s'agit d'en mesurer l'efficacité, ou encore d'interroger les actions comme celle du Labo de l'édition. » Par la suite, et dans le rapport qui sera remis en septembre, interviendront donc plusieurs propositions sur ce qui peut être amélioré.

 

 

"C'est tout de même extravagant de se dire qu'un grossiste

ou un libraire de Province remporte un marché public,

pour des bibliothèques parisiennes"

 

 

Mais d'ores et déjà, trois points majeurs sont relevés par les acteurs que M. Brouat a sollicités : 

  • les loyers et le prix du foncier
  • les marchés publics
  • l'attention de la Ville

Sur le premier point, la campagne Vital Quartier « est unique en France », rappelle-t-il, « mais pas totalement satisfaisante. On peut trouver un meilleur fonctionnement ». D'abord, parce que l'action culturelle se polarise sur le quartier latin, et la création de nouveaux établissements. « Les libraires m'ont indiqué qu'ils souhaiteraient plutôt des actions pour aider les établissements déjà implantés, plutôt que de favoriser la création de nouveaux. En outre, les loyers proposés par la Semaest ne sont pas beaucoup plus attractifs : est-ce pour des raisons de concurrence, ou pour assurer un équilibre gestionnaire ? Je dois les rencontrer cette semaine. »

 

Concernant les marchés publics... pas de miracles, juste des constats simples. « La Ville ne peut pas réformer le Code des marchés publics ; elle peut en revanche trouver des dispositifs plus adaptés, pour impliquer au mieux les libraires locaux. C'est tout de même extravagant de se dire qu'un grossiste ou un libraire de Province remporte le marché, pour des bibliothèques parisiennes. » Les libraires portent certes l'accent sur les offres scolaires ; le marché des médiathèques et bibliothèques reste toutefois le sujet brûlant. « On ne peut pas imaginer que le service rendu soit équivalent, quand des livres quittent Paris, pour aller à Lyon, avant de repartir sur Paris. Et la proximité, c'est aussi un critère important. »

 

La question est épineuse, car, dans le cadre des principes d'égal accès à la commande publique, la proximité géographique ne peut être un critère retenu. Bruxelles, encore eux, ne manquerait pas d'être très chatouilleux sur ce point.

 

Sur le dernier point, l'attention de la Ville, on s'en rend bien compte, l'attente des commerçants est grande. « Il faut reconnaître qu'il n'existe en effet pas de véritable interlocuteur pour eux. Ce n'est ni la direction des Affaires culturelles, ni celle de l'économie. Il existe sur ce point, un véritable manque. » 

 

Faute avouée, à moitié pardonnée ? Anne Hidalgo le démontrera... Ou pas.




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