Anne Pingeot s'explique sur la publication des lettres de François Mitterrand

Julien Helmlinger - 17.10.2016

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Pendant 33 ans, l'historienne de l'art Anne Pingeot a secrètement été la compagne de François Mitterrand. Aux éditions Gallimard, elle a récemment publié deux ouvrages, Lettres à Anne 1962-1995 et Journal pour Anne 1964-1970, qui compilent des extraits de la correspondance échangée entre elle et l'ancien président de la République. Non sans quelques regrets.

 

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François Mitterrand et Erich Honecker, en 1988 (Rainer Mittelstädt, CC-BY-SA 3.0)

 

 

À propos de sa romance avec Mitterrand, Anne Pingeot confie notamment que « sans le golf, rien de cette histoire n'aurait existé ». Dans les années 1950, elle vivait en Auvergne, mais passait ses vacances à Hossegor, où son père adorait jouer au golf. Un jour de pluie, il a invité ses amis André Rousselet et François Mitterrand à les rejoindre dans leur résidence de villégiature. Bien que ce dernier avait déjà 41 ans et qu'elle n'en était qu'à ses 14 printemps, Mitterrand lui laissa « une impression ineffaçable ».

 

Finalement ce ne serait que 5 ans plus tard, en octobre 1962, que le sénateur François Mitterrand lui adressa une première lettre. Il était marié à Danielle Gouze et n'envisagea pas le divorce malgré cette nouvelle relation. Anne Pingeot, issue d'une famille traditionaliste, s'est laissé convaincre « d'accepter l'inacceptable », de se faire discrète. Les Français n'apprirent leur aventure qu'en 1994 via Paris Match, qui publia alors une série de photos présentant le président avec leur fille Mazarine, née en 1974.

 

Rouvrir cette correspondance ayant duré près d'un demi-siècle aura été pour Anne Pingeot « à la fois une épreuve et une façon assez étonnante de revivre toute [s]a vie », rapporte l'AFP. Au bout du compte elle ne sait pas si elle a bien fait. Mais elle a notamment préféré faire publier ces lettres de son vivant plutôt que de laisser le travail être éventuellement bâclé par quelqu'un d'autre.

 

Tous les soirs de la semaine à partir de 20h sur France Culture, « avec pudeur, mais sans tabou » Anne Pingeot reviendra sur cette histoire d'amour dans le cadre d'une série d'entretiens avec l'historien Jean-Noël Jeanneney. C'est lui, membre de l'Institut portant le nom du président, qui l'aurait convaincue de publier les lettres. Il estime que la publication s'imposait, car elle permet à ses yeux « une meilleure compréhension d'un des personnages majeurs de notre histoire nationale au XXe siècle ».