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Annie Ernaux appelle les femmes à se mobiliser pour le droit à l'IVG

Julien Helmlinger - 03.02.2014

Edition - International - Annie Ernaux - IVG - Droit à l'avortement


Ce week-end, la manif pour tous aurait mobilisé plus de 100.000 personnes. Elles ont battu le pavé des villes de Paris et Lyon, posées en protecteurs de la famille, traditionalistes ou réactionnaires selon les points de vue. Pendant ce temps les défenseurs de l'IVG, et autres droits des femmes en général, manifestent également en diverses villes européennes ou via les médias. Annie Ernaux, notamment. L'écrivaine qui dans son livre L'Événement, racontait l'avortement clandestin qu'elle a subi en 1964, tandis qu'elle était âgée de 23 ans.

 

 

  

 

Les militants en faveur du droit à l'avortement se sont mobilisés par dizaines de milliers en France comme dans d'autres pays d'Europe, ce week-end, pour manifester contre le projet de loi anti-IVG adopté en Espagne par le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy. Selon la romancière Annie Ernaux, née en 1940, qui s'exprimait dans un entretien publié ce lundi dans L'Humanité, les jeunes femmes ne seraient « pas suffisamment mobilisées en faveur de la défense du droit à l'IVG ».


En cette même saison, plusieurs autres milliers de personnes, opposants à l'avortement, ont manifesté à Paris, en marge de l'examen à l'Assemblée d'un texte visant notamment à consolider l'accès à l'IVG en France, voté le 28 janvier. Visiblement nombreux eux aussi. L'écrivaine féministe, ayant fait partie du Mouvement de libération pour l'avortement et la contraception, s'interroge : « Est-ce si impensable d'imaginer le retour vers l'avortement clandestin ? »


Celle qui admet que son roman L'Événement, paru en 2010, était sa manière de militer, estime que son combat se serait finalement accompagné d'une certaine loi du silence et qu'il passerait désormais pour dépasser aux yeux de trop de médias. Et visiblement remontée : « J'ai envie de nouveau d'entrer dans ce combat. Il reste que je suis effarée que l'Espagne en arrive à cette régression. [...] On ne sait plus ce que subir un avortement clandestin veut dire. C'est cela qui me fait peur. » 


Dans son livre elle raconte comment elle a payé « 400 francs à la faiseuse d'anges. [...] C'est l'époque (1964) où toutes les femmes avaient peur de se retrouver enceintes, il n'existait pas de contraception. Le manque d'imagination ou l'amnésie sur cette période permet qu'on laisse faire ce qui ne devrait jamais se reproduire ».


Ayant peur que ce soit à nouveau la situation qui attend les femmes en Espagne, la romancière encourage les femmes à se mobiliser davantage pour défendre leur droit. « Il me semble qu'elles ne sont pas suffisamment mobilisées. Il y a des militantes, mais le gros des filles ne lutte pas au niveau qu'il faut. »

 

L'Evénement, à retrouver chez Chapitre.com