Antisémitisme : La librairie belge Xsime ciblée par une enquête

Julien Helmlinger - 06.05.2014

Edition - International - Librairie Xsime - Congrès de la dissidence - Antisémitisme


Alors qu'un certain « Congrès de la dissidence » devait se tenir dimanche en Belgique, organisé par le groupe d'extrême droite « Debout les Belges! » avec des invités au rang desquels Dieudonné et Soral, l'événement a finalement été interdit par les autorités. Pendant que la police dispersait les quelque 500 participants rassemblés à Anderlecht, à renfort de canons à eau, le maire d'Uccle Armand De Decker dépêchait d'autres agents à la librairie Xsime. Une enquête est ouverte à l'encontre des propriétaires, suspectés de vendre des livres à caractère antisémite.

 

 

 

 À midi, quenelles pour tous ?

 

 

Les 19 maires de l'agglomération bruxelloise, ainsi que des organisations antiracistes, sont à l'origine de l'interdiction du sulfureux rassemblement qui aurait dû se tenir dans un lieu resté inconnu. A ce Congrès était notamment attendu, parmi d'autres auteurs parfois décrits comme antisémites ou négationnistes, l'essayiste d'extrême droite Alain Soral. Un rendez-vous sur réservation, dont le lieu devait être dévoilé aux participants par mail « au dernier moment ». La précaution des organisateurs n'aura pas suffi.

 

La rencontre a été annoncée en fin de semaine par une librairie bruxelloise et le groupe d'extrême droite partenaire, celui du député Laurent Louis. Ce dernier étant réputé pour ses déclarations haineuses à l'égard des Roms, des Juifs, et des médias. Kemi Seba, membre de l'organisation noire radicale Tribu Ka désormais dissoute, figurait lui aussi parmi les invités. Il leur était demandé d'« avoir un comportement digne et exemplaire », via le site web de Laurent Louis.

 

Mais finalement, vendredi dernier, la Ligue belge contre l'antisémitisme (LBCA) a déposé sa plainte auprès du procureur du roi, en dénonçant ce qui lui apparaissait être une « véritable Journée de la Haine qui servirait de cadre au pire rassemblement d'auteurs, de théoriciens et de propagandistes antisémites que notre pays aura connus depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ».


La librairie Xsime, à Uccle, sous le coup d'une enquête

 

Dimanche, alors que la police était mobilisée pour encadrer puis disperser les partisans d'extrême droite rassemblés à Anderlecht, le maire d'Uccle, Armand De Decker (MR), dépêchait d'autres policiers à la librairie Xsime, rue Edith Cavell. À cette adresse littéraire étaient vendus les fameux tickets à l'attention de ceux qui désiraient participer au Congrès de la dissidence. 


S'il y a envoyé les forces de l'ordre, c'est que le bourgmestre imaginait que Laurent Louis et ses partisans auraient pu tenir leur réunion dans cette librairie. Son attention sur la boutique aurait par ailleurs été attirée par de nombreuses plaintes des habitants. Armand de Decker explique « qu'une enquête est ouverte au parquet de Bruxelles concernant les ouvrages vendus dans cette librairie. [...] Le parquet dispose des livres en question et se charge de l'enquête. Je suis certain que la justice fera son œuvre. »

 

La gérante de la librairie, après avoir été entendue par la police, a réagi : « Merci beaucoup à ceux qui ont pris des nouvelles lors de ma garde à vue. Heureuse d'avoir pu exprimer mon point de vue et d'avoir pu expliquer ce qu'était la dissidence. Mais je laisserais la parole à nos avocats pour renvoyer la balle à ces blocs de haine. Je l'ai déjà dit, ils se trompent de cible. Non, nous ne lâcherons rien ».

 

Le bourgmestre accuse quant à lui : « J'ai été directement menacé par cette personne. Les menaces ont été proférées devant des agents de police. J'ai donc décidé de porter plainte. »

 

Sinon, le marché de l'ananas se porte bien.