Antoine Compagnon épinglé pour des propos douteux sur les professeures

Antoine Oury - 09.01.2014

Edition - Société - Antoine Compagnon - Collège de France - misogynie


Un professeur aux enseignements pas franchement délicats ? Un entretien accordé par Antoine Compagnon au journal Le Figaro a en tout cas créé la polémique au sein du corps professoral, pour des propos plutôt radicaux sur la « féminisation » du métier, qui « a achevé » le déclassement du métier de professeur en Europe, selon Compagnon.

 


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Le Collège de France (Graham and Sheila, CC BY 2.0)

 

 

À la question du Figaro, il est vrai spécifiquement orientée « Pourquoi le métier d'enseignant est-il déconsidéré en France, comme dans la plupart des pays européens ? », Antoine Compagnon fournit une réponse pour le moins radicale, pour ne pas dire alarmiste :

Cette déconsidération est liée au déclassement social des professeurs, lui-même lié à la massification de l'enseignement. Environ 20% d'une génération d'élèves obtenaient le bac en 1970, contre 76% en 2012! Jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale, un professeur était un ­notable dans sa préfecture, l'instituteur était un notable au même titre que le maire ou le médecin du village. Les métiers de l'enseignement étaient des métiers de promotion sociale. Ils ont cessé de jouer ce rôle. La féminisation massive de ce métier a achevé de le déclasser, c'est d'ailleurs ce qui est en train de se passer pour la magistrature. C'est inéluctable. Un métier ­féminin reste encore souvent un emploi d'appoint dans un couple. L'enseignement est choisi par les femmes en raison de la souplesse de l'emploi du temps et des nombreuses vacances qui leur permettent de bien s'occuper de leurs enfants.

 

On pourra trouver amusant et inquiétant à la fois que la femme soit forcément associée, pour Compagnon, à l'homme, dans le couple, et à ses enfants, dans une vie de maman génitrice heureuse à la maison.

 

Évidemment, la publication de cette interview sur le site du Figaro n'a pas manqué de faire réagir, et notamment A.C. Husson, professeure de français en Grande-Bretagne et sortie de l'ENS Lyon, qui a rédigé une lettre ouverte à Antoine Compagnon.

Et moi qui croyais que ma passion pour ma discipline et l'envie de l'enseigner étaient des raisons nécessaires et suffisantes pour envisager ce métier. Naïve, je vous dis.

[...]

Vous nous faites ensuite part du reste de votre analyse. Je n'ai pas très bien compris si cette profonde connaissance du métier de prof du secondaire vous venait de vos années à Polytechnique, à Columbia ou à Oxford. A moins que ce ne soit le Collège de France ? N'empêche que vous savez leur parler, aux profs de college-avec-un-petit-c. « Il faut plus de présence dans les établissements et les bureaux », dites-vous. La finesse de vos analyses psychologiques n'a pas de limite : les profs « s'identifient à leur discipline, s'y réfugient pour réagir à leur déclassement social » – alors que la solution serait tellement plus simple : il y a trop de femmes, dites-vous ? Cela dégrade la profession, dites-vous ? Eh bien, empêchons les femmes d'être profs !

 

Outre ses activités de professeur au sein du Collège de France, Antoine Compagnon est historien de la littérature, et auteur, notamment, de Les Antimodernes, de Joseph de Maistre à Roland Barthes, publié chez Gallimard, ou Proust entre deux siècles, au Seuil.

 

C'est Simone de Beauvoir qui doit être contente...