Antoine de Saint-Exupéry et les enseignements du Sahara

Julien Helmlinger - 29.08.2014

Edition - International - Saint-Exupéry - Désert du Sahara - Seconde Guerre mondiale


Au début des années 1940, période où Antoine de Saint-Exupéry quittait la France occupée pour s'exiler aux États-Unis, l'auteur du Petit Prince commença à rédiger sa Lettre à un otage. A l'origine un courrier que l'aviateur adressait à son ami juif Léon Werth, resté réfugié dans le Jura. Lors d'une visite qu'il lui avait rendue avant de partir, Werth lui avait confié un manuscrit qu'il avait écrit sur le thème de l'exode, en lui demandant de le faire publier. Mais le texte trouverait plus tard un autre sens lorsqu'il fut publié, invitant à méditer sur l'existence.

  

 

 

Si pendant un temps Antoine de Saint-Exupéry pensait se servir de son courrier dans une préface destinée au manuscrit Trente-trois jours, de son ami Léon Werth, le roman n'allait toutefois pas être publié. Le texte fut alors remanié pour être indépendant et trouver son titre définitif Lettre à un otage. Une œuvre dans laquelle la thématique de l'otage rend hommage à la France occupée par les nazis.

 

La Lettre à un otage renvoie aux dernières péripéties de l'écrivain, évoquant divers lieux où il venait de faire escale, comme Lisbonne et les USA. Au fil du deuxième chapitre, Saint-Exupéry raconte son expérience dans le Sahara. Des histoires de désert, de silence, de solitude et autres nostalgies, mais aussi d'étoiles et de forces de l'esprit, qui ne sont pas sans évoquer l'univers du Petit Prince

J'ai vécu trois années dans le Sahara. J'ai rêvé, moi aussi, après tant d'autres, sur sa magie. Quiconque a connu la vie saharienne, où tout, en apparence, n'est que solitude et dénuement, pleure cependant ces années-là comme les plus belles qu'il ait vécues. Les mots « nostalgie du sable, nostalgie de la solitude, nostalgie de l'espace » ne sont que formules littéraires, et n'expliquent rien. Or voici que, pour la première fois, à bord d'un paquebot grouillant de passagers entassés les uns sur les autres, il me semblait comprendre le désert.

L'auteur raconte un environnement de vie dans lequel tout prend un autre sens. Un univers dans lequel il y aurait plusieurs sortes de silences, bien distinctes. Un monde en mouvement, avec ses champs de force mystérieux, où tout semble se polariser et où chaque étoile indique le chemin vers une autre destination. Un terreau à l'apparence hostile, mais pourtant propice à la vie intérieure, aux souvenirs.

Et comme le désert n'offre aucune richesse tangible, comme il n'est rien à voir ni à entendre dans le désert, on est bien contraint de reconnaître, puisque la vie intérieure loin de s'y endormir s'y fortifie, que l'homme est animé d'abord par des sollicitations invisibles. L'homme est gouverné par l'Esprit. Je vaux, dans le désert, ce que valent mes divinités.

Ainsi, si je me sentais riche, à bord de mon paquebot triste, de directions encore fertiles, si j'habitais une planète encore vivante, c'était grâce à quelques amis perdus en arrière de moi dans la nuit de France, et qui commençaient de m'être essentiels.