Antoine Gallimard évoque la fin des Temps (Modernes)

Xavier S. Thomann - 22.05.2019

Edition - Les maisons - temps modernes - éditions gallimard - Sartre revue


La célèbre revue fondée par Sartre et Beauvoir va cesser de paraître, du moins sous sa forme actuelle (cinq numéros par an). Réagissant à une tribune parue dans le Monde signée des membres du comité de rédaction parue le 2 mai, Antoine Gallimard lui aussi pris la plume pour détailler les motivations qui ont présidé à cette décision hautement symbolique. Pendant plus d’un demi-siècle, les Temps Modernes ont accueilli dans leurs colonnes quantité d’intellectuels de renom : Beckett, Duras, Bourdieu, Badiou, Latour…

Couverture d'un numéro thématique des Temps modernes paru l'année dernière. 
 

 

Après la disparition de Simone de Beauvoir en 1986, c’était Claude Lanzmann qui avait repris la direction de la revue, devenant « l’âme et charpente de la revue ». Son décès en juillet dernier explique en partie la décision de la maison Gallimard. 
 

Aborder une nouvelle ère
 

La fin d’une époque. Les signataires de la première tribune conviennent volontiers que «la revue avait perdu son magistère d’antan», mais estiment que la décision des éditions Gallimard est «malgré tout un évènement symbolique de grande portée».
 

Partie intégrante selon eux de la vie intellectuelle française depuis la fin de la Seconde Guerre, les Temps Modernes «incarnait la volonté, caractéristique du XXe siècle, de partager très largement l’effort pour penser l’histoire en même temps qu’on la fait». Merleau-Ponty résumait ainsi le projet éditorial : «Une lecture du présent aussi complète et fidèle que possible, qui n’en préjuge pas le sens, qui même reconnaisse le chaos et le non-sens là où ils se trouvent». 
 

«Déchiffrer et courir le monde, comprendre et exprimer le présent, désaxer les regards et voir par‐delà les masques, c’est l’horizon qui nous a été donné par les fondateurs de La Nouvelle Revue française (NRF)», rappelle aussi le président de la maison d’édition, qui n'a pas pris cette décision légèrement. 

 

« Il n’y a aucun plaisir à éteindre la lumière même vacillante d’un foyer. Car je connais l’héritage intellectuel de cette revue née dans l’immédiat après‐guerre et son lignage humaniste et progressiste, au titre duquel l’effort de déchiffrement du monde participe efficacement à le rendre habitable et à former nos consciences de femmes et d’hommes libres. »

Saluant au passage les efforts de l'équipe actuelle pour trouver une nouvelle formule davantage ancrée dans le numérique. 

 

 

Les temps, modernes ou non, changent


Mais, pour reprendre les mots de Bob Dylan, «The Times They Are a-Changin», les temps changent, et force est de reconnaître — sur ce point-là Antoine Gallimard et le comité de rédaction semblent d’accord — que la formule mise au point en 1945 n’était plus adaptée au monde contemporain.


Antoine Gallimard
Antoine Gallimard - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

Difficile en effet de participer au débat d'idées sans assurer de réelle présence sur le web, sauf à vouloir rester dans la confidentialité. «Nous ne sommes plus les mêmes. Les lanceurs d’alerte ont changé d’identité et de tribune. Ils sont rarement là où l’institution, en particulier universitaire ou savante, aimerait à les fixer encore», analyse sobrement Antoine Gallimard. 

« Et parfois, malgré tous les efforts, un constat s’impose : telle voix ne porte plus, tel instrument a perdu son timbre. C’est ainsi que les collections s’arrêtent. C’est ainsi que les revues s’éteignent », poursuit-il. 

 

De leur côté, les membres du comité ne disaient pas vraiment autre chose : «Peut‐être le format de la revue n’est‐il plus adapté à la manière dont l’étude et la réflexion peuvent aujourd’hui contribuer à façonner le monde tout en se laissant provoquer par lui.»

Et de s’inquiéter de la disparition de cet espace intellectuel qui œuvrait à mettre en garde contre le retour des errements tragiques du XXe siècle. Tout ne prendrait pas fin pour autant. Car Gallimard entend bien conserver la «
marque» Temps Modernes dans son giron.

À cet égard, une collection d’ouvrages serait prévue, ainsi que trois numéros thématiques par an, mais rien n’a été officialisé pour le moment, que ce soit du côté de l’éditeur ou de celui de la revue. Contactés par ActuaLitté, ils n'apportent aucune précision, sinon que la revue cesse bien d’exister sous sa forme actuelle. «  Je me fais (…) une obligation de chercher ces formes et ces circuits nouveaux où les attentes des lecteurs se tiennent », dit encore Antoine Gallimard. 




Commentaires
La seule question qui vaille, désormais : à quelle date le dernier numéro paraitra-t-il ?
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