Antoine Gallimard : “MeToo est un progrès, même avec ses débordements”

Nicolas Gary - 13.01.2020

Edition - Les maisons - Antoine Gallimard Matzneff - pédophilie crime sexuel - publication Journal Matzneff


Rappelant que c’est Philippe Sollers — celui-là même qui défendait l’écrivain dans l’émission Apostrophes de Pivot — qui fit entrer Gabriel Matzneff dans la maison d'édition, Antoine Gallimard s’exprime enfin. Évidemment, être l’éditeur de celui qui attire désormais la vindicte avait quelque chose de gênant. « Bien sûr, j’ai eu des doutes », explique le PDG de la maison. Et donc ?

Antoine Gallimard - Prix du Roman Fnac 2014
Antoine Gallimard - ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

Dans un entretien au JDD, Antoine Gallimard se lance : « Je sentais bien que le lien, la tension entre ses écrits et la vie réelle devenait de plus en plus problématiques et que l’esprit de transgression ne pouvait seul en justifier la programmation. » D’autant qu’en fait de transgressions, poursuit-il, son Journal fait « état de faits réels concernant des personnes vivantes ». Loin, très loin, de toute forme de fiction, donc.
 

Ne pas bouger, avant que...


Pourtant, à la sortie de Le consentement, livre de Vanessa Springora qui a mis le feu aux poudres, le patron de Madrigall ne « pensai[t] pas bouger », prétextant un refus catégorique de la censure. Gênant, mais pas tant ? C’est finalement en lisant l’ouvrage que la lumière se fait : « Elle m’a fait prendre la mesure des effets dévastateurs de la manipulation d’un adulte sur une toute jeune fille. » L'euphémisme est entendu : mais plus que de la manipulation, on parle bien de pédophilie...

L’arrêt de commercialisation s’imposait, et non la déferlante de ces dernières semaines. « C’est vraiment le texte de Vanessa Springora qui a motivé ma décision. Être contre la vox populi ne m’aurait pas déplu. » Quitte à encourir d’être attaqué pour non-dénonciation de crime ?

Rappelons en effet que l’article 434 du Code pénal concernant les entraves à la saisine de la justice pourrait s’appliquer sur les dernières publications de Matzneff — le délai de prescription est en effet de trois années…

En revanche, assure-t-il, aucune descente de police à la maison, comme l’avait rapporté le Parisien. Et la maison restera fidèle à l’héritage qui a conduit Jean Paulhan à soutenir Jean-Jacques Pauvert, dans la réédition des œuvres de Sade. Sur le domaine de la fiction, l’éditeur entend conserver un rôle de « conquête pour la liberté d’expression » – de la fiction, qui autorise plus que le témoignage ne permet.
 

L'impunité par-dessus tout


Tout le problème Matzneff reste que les écrits plongent dans une véracité écœurante, où l’auteur lui-même n’a aucune pudeur à reconnaître ses actes pédophiles. Ici, extrait de Séraphin c’est la fin, paru en 2013 à La table ronde : « Je n’ai vécu qu’une seule fois une grande et durable passion avec une adolescente qui, lorsque nous étions amants, n’avait pas l’âge légal de quinze ans ; qui n’en avait que quatorze. »
 
Il s’agit justement de Vanessa Springora, expressément citée. Et plus loin : « Si vous appelez pédophile le cinglé qui viole un enfant à la mamelle […], vous ne pouvez pas raisonnablement utiliser ce même mot pour désigner l’amant d’une lycéenne de quinze ou seize ans qui, depuis l’âge de treize, est autorisée par la loi à prendre la pilule, qui en classe étudie Les amours de Ronsard, La princesse de Clèves de Mme de La Fayette et Les liaisons dangereuses de Laclos. »

Impudence d’une époque où Matzneff pouvait pérorer et revendiquer ce qui verse soit dans le délit, soit dans le crime, sans vergogne. Doublée d'une manipulation de la parole : dans tous les cas, la justice condamne pour pédophilie, laquelle peut être aggravée...
 
 

Objet artistique et hauteur de voix


Antoine Gallimard estime pour sa part que sa responsabilité « d’homme et d’éditeur est aussi d’entendre la souffrance des autres ». Tout en revendiquant de « contrevenir à l’opinion commune », le respect de la loi n’en demeure pas moins crucial. « MeToo est un progrès, même avec ses débordements. »

Et plus encore, comme nous l’écrivions dans la chronique du livre de Springora : « Par quelles autres circonvolutions faudrait-il que les éditeurs, les animateurs d’émissions littéraires se soustraient à leurs devoirs de ne pas contribuer à l’apologie d’un crime ? Si tout peut devenir un objet artistique, encore est-il indispensable de savoir d’où émane la voix et ce qu’elle veut nous dire. »


Commentaires
Tout d'abord: Matzneff se retrouve en enfer mais je considère qu'il est impardonnable; je dois et veux le préciser avant de poursuivre.

Merci à Nicolas Gary de ne pas oublier que durant tant d'années,ce qu'on considère aujourd'hui comme pédophilie criminelle était encouragé comme libération des esprits et des corps...y compris des mineur(e)s !

Telle était la mode du progressisme -revendiqué comme tel -d'alors.

Dans des bastions -ils le restent en 2020- de ce qui est considéré comme progressisme: «Le Monde»,«Libération»...

Qui mènent d'autres combats aujourd'hui,considérés comme absolus de même que la pédophilie était admissible si pas à encourager en 1975 ou 1980.

Observer les modes,oui.

S'y immerger,non...

Moi je décide de mon progressisme.





Matzneff est impardonnable.

Il me révulse comme homme quelles que soient ses qualités d'écrivain.

J'ai lu quelques chroniques de lui dans «Combat» dont une sur...Adamo (1965 je crois): valable mais non impressionnant.

(Au fait,Philippe Tesson est âgé mais toujours bien vivant et tonitruant: on ne l'interroge pas sur un Matzneff chroniqueur de son quotidien -mais non sulfureux encore en ces temps reculés j'imagine).

Mais en s'éloignant de Matzneff, non, des jeunes filles de treize ans ayant des relations sexuelles consenties avec des adultes,cela n'a pas toujours été vu comme criminel à toutes époques et à toutes latitudes...surtout dans des cas qu'on ne mentionne pas mais qui ont factuellement existé.

Celles de nymphettes séduites à treize ou quatorze ans par des adultes faibles sans doute mais qui -totalement dénués du cynisme de Matzneff -ont

parfois...épousé leur trop jeune conquête...!

Donc loin du schéma omniprésent du prédateur hétérosexuel blanc de plus de cinquante (suintant de bêtise puisqu'il en existe de non-blancs, de plus jeunes, et également des homos prédateurs: Morandini,on a déjà oublié ?).

Je ne supporte pas ces classifications idéologiques à la noix et odieuses ni les gens des médias qui les relaient avec zèle mais passons.

Le 12 juin 1989,le bassiste des Rolling Stones Bill Wyman épousait Mandy Smith qu'il a commencé à fréquenter lorsqu'elle avait...treize ans.

Ils se sont mariés après des années de relations: rien à voir -j'insiste,que cela plaise ou non: RIEN - avec Polanski qui coucha pour le plaisir avec une fille-objet de treize ans (...qui pourtant lui a pardonné, après la reconnaissance totale de ses torts par RP mais glissons).

Wyman en était fou.

Oui il en était amoureux et il n'a pas lutté contre cette vague dangereuse et irrésistible qui l'emportait face à une ensorcelante créature de treize ans qui évidemment le voulait.

Et avec constance jusqu'à l'hymen effectif de 1989 où les photos la montrent laissant éclater sa joie !

Pas de Springora partout svp.

DIVERSITÉ des gens ou totalitarisme rampant et croissant !

On peut lui jeter plein de pierres,à Wyman...ce qui fut fait en mai 2019 lorsque l'on a annulé la présentation du film sur lui «The Quiet One» au festival du documentaire de Sheffield: la censure a parlé !

Il ne s'agissait pas d'une conquête de plus,lui qui en eut pourtant des quantités (...mais plus âgées;là Cupidon l'a frappé avec une trop jeune fille mais le processus s'est enclenché inexorablement jusqu'au mariage).

Ensuite,divorce évidemment...

Très douloureuse pour le musicien épris,y compris financièrement.

Jamais Mandy Smith,elle,ne s'est plainte de Wyman comme ayant abusé d'elle...pas plus que Myra Brown qui en décembre 1957, à l'âge de treize ans (encore !), a épousé la star du rock Jerry Lee Lewis.

Ils ont été mariés jusqu'en 1970 et ils ont eu deux fils (dont un s'est noyé hélas).

Myra a écrit un livre sur son ex-mari «Great Balls Of Fire» dont fut tiré le biopic éponyme en 1989.

En mai 1958,Lewis,hué par une salle hostile, a affronté la foule en affirmant son amour pour sa jeune épouse mais il fut forcé d'interrompre sa tournée anglaise après trois dates.

De retour aux States,sa carrière en a très fort souffert mais Lewis et Myra s'aimaient avec folie contre le monde entier.

Là on pulvérise le schéma obligatoire du vil prédateur et de la victime innocente: il s'agit d'AMOUR y compris...contre une vague de fond de réprobation voire de haine bien-pensante (qui ne fait que renforcer cet amour vrai,véritable,en béton armé: pas Me Too mais THEM TOO,eux aussi à LEUR manière et en foulant aux pieds la réprobation bien-pensante)).

Pour la question d'âge,n'oublions pas l'affaire Gabrielle Russier qui entraîna le suicide de cette prof qui aima un trop jeune élève.

À l'époque, c'est Russier-Girardot qui émut aux larmes les foules via le fait divers puis le film.

Le progressisme n'était pas chez ceux qui indignèrent même Pompidou en entraînant la mort de l'enseignante trop sentimentale et désespérée dont l'histoire d'amour et non de prédation fut massacrée par le camp du Bien (les pharisiens,les sépulcres blanchis dont parle la Bible)...

Il faudrait ressortir ce film et raconter cette histoire !



Ce si beau film «Mourir D'Aimer» (1970) et la complainte d'Aznavour,le même Azna qui en 1963 chantait...«Donne Tes Seize Ans» !



Je ne suis pas du tout un avocat de la pédophilie...il y en eut beaucoup et de prestigieux,notamment au siècle passé pour les temps contemporains.

Et bien au-delà des petits cercles germanopratins...!

Certains encore présents se voient gênés aux entournures aujourd'hui.

Veillons à ne pas mettre tout le monde dans le même sac (très sale) à cause de l'aberration scandaleuse que constitue l'impunité sur des décennies du cas Matzneff !

Veillons à ne jamais oublier l'immense complexité des situations,les différences immenses entre celles-ci et les êtres.

Et ayons de la mémoire et du recul garants d'un minimum de civilisation.

La terre s'ouvre sous les pieds de Matzneff -qui en outre se remet (?) d'un cancer (il aura dur,surtout si toutes les rentrées d'argent s'arrêtent) -mais il FAUT aller plus loin que ce seul cas.

Non la vérité n'est jamais uniformément blanche ou noire: toujours dans les zones grises,les ambiguïtés...

C'est un Belge lecteur de Simenon qui écrit cela.

Gare aux enfers pavés de bonnes intentions...

Gare à une terrible barbarie possible du Bien...!

Gare à une curée sur les oeuvres artistiques.

Les crimes décrits et COMMIS par le «divin marquis» de Sade,les a-t-on lus oui ou non ?

On devrait les interdire alors...?

Ces actes de torture sadiques sont bien pires que les abus (abjects) commis par Matzneff.

Je termine en confirmant noir sur blanc -ceux et celles que j'aurais pu choquer (sans le désirer !),je les renverrai fermement à cette phrase que vous lisez ici - que le châtiment (même terrible) de Matzneff est mérité. je sais à quel point on a du mal à se faire comprendre lorsque l'on veut impérativement être fidéle à un sens des nuances si malmené en des temps brutaux et vulgaires; mais à chaque époque ses maux et ses bienfaits.

Bonne année à toutes et à tous et espérons en finir avec les grèves et avec une atmosphère du débat public qui tend à devenir malsain si pas irrespirable !

Que revienne un vrai humanisme contre les effets de meute annonciateurs du règne d'une moderne barbarie...

CHRISTIAN NAUWELAERS
La loi de Lynch était aussi un progrès, même avec ses débordements ?



Quelle confusion mentale hypocrite et démagogue chez l'éditeur !



Les crimes et délits doivent être traités par la justice, pas par la foule. Le procès est ce qui distingue la civilisation de la barbarie.
Merci Aleph de rappeler cela.

Excusez-moi,mais c'est: «démagogique» (adjectif),pas «démagogue» (substantif)...

Mais pas grave et comme vous avez mille fois raison !

Et maintenant Christophe Ruggia mis en examen pour des très anciens (prouvés ?), le réalisateur Éric Bergeron accusé du viol d'une collaboratrice qui s'est suicidée.

Mais lui nie tout...

Infiniment compliqué, ces affaires qui surgissent partout mais si souvent longtemps après et cela reste gênant.

En 2007 (année des faits présumés concernant Bergeron),le viol était bel et bien un crime.

Alors en 2020,une accusation de viol émanant d'une tierce partie,une association...

Inutile de préciser que je ne me donne pas le ridicule de faire pencher la balance d'un côté ou de l'autre: ne suis pas témoin.

Mais un profond ras-le-bol de tant de petits procureurs du web qui jugent et condamnent d'après leur sensibilité sans rien savoir: c'est la loi de Lynch.

Une pseudo-journaliste belge a osé claironner il y a peu à propos de toutes les affaires d'accusations de viol,voire délits moindres (mais quasiment assimilés): «Il faut croire les femmes PAR PRINCIPE.»

C'est tout simplement l'avènement d'une dictature que cette dame souhaite et cela ne choque qu'une minorité,dirait-on !

La justice doit faire son travail de vérification face à toute plaignante et tout plaignant.

Sinon c'est la dérive totale,l'arbitraire,le déni de l'État de droit,rien que ça.

Pour terminer...

La musique du «Grand Bleu» jouée en public par le compositeur Serra dans des ciné-concerts...

Alors bonne apnée à tout le monde (...et n'étouffons pas la démocratie) !

CHRISTIAN NAUWELAERS
Aïe !

Un mot en plongée n'est pas remonté à la surface !

Il faut lire: (...)Ruggia mis en examen pour des FAITS très anciens...

Les grands savants sont toujours distraits !

(Et les excuses sont faites pour s'en servir.)

CHRISTIAN NAUWELAERS
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