Antoine Gallimard : "Notre partenaire n’est ni Apple ni Google, mais Amazon"

Camille Cado - 15.03.2019

Edition - Les maisons - Gallimard édition marché - Gallimard interview - marché édition 2019


À l'occasion de l'ouverture du salon Livre Paris ce vendredi 15 mars, Antoine Gallimard, PDG du groupe d’édition Madrigall (qui comprend Gallimard, Flammarion et Casterman), dresse un panorama du marché de l’édition lors d'un entretien avec Le Monde. 

Antoine Gallimard, ActuaLitté CC BY SA 2.0
 
 

"On a le sentiment que le livre perd sa place"


Premier point à soulever : la dure loi de l'offre et de la demande. Pour Antoine Gallimard, la décélération du marché de l’édition – entre 0 % et – 2 % – est en partie en lien avec cette surproduction des livres, que le Monde évalue à 68 000 ouvrages par an. Il parle même d'une « surchauffe du système ».

« Il y a les rentrées littéraires de septembre, de janvier, du printemps, les livres d’été, etc. Le libraire est envahi de colis, des piles d’ouvrages arrivent chez le critique alors que le temps de lecture des grands lecteurs s’est réduit », affirme-t-il.

« On pense avoir perdu près de 500 000 lecteurs chez les 16‐30 ans ces dernières années. Dans certains lycées, on impose un quart d’heure de lecture chaque jour pour tous. » Une initiative qu'encourage le PDG de Madrigall.

Avec environ 400 livres nouveaux par an pour les éditions Gallimard (hors folio) il n'estime pas que le groupe publie « trop ». L'ajustement des programmes étant une de ses principales préoccupations, il confie au Monde avoir réduit le nombre de grands formats qui paraissent chaque année de 3 à 4 %.

« Si le livre est toujours très bien considéré dans notre société, on a en même temps le sentiment qu’il perd sa place. Les bibliothèques et les écoles, faute d’argent, en commandent moins. Les libraires retournent parfois aux éditeurs plus de 50 % d’un ouvrage reçu. C’est une perte d’énergie et de valeur. »

En outre, Antoine Gallimard pointe du doigt la difficulté de percer pour un jeune auteur, en raison notamment de la concentration sur les best-sellers.  « De grosses machineries commerciales – publicité, réseaux sociaux – provoquent une bousculade marchande et oppressent le marché. La vie d’un livre suppose du temps, de la complicité entre un lecteur et un libraire. »
 

Et les GAFA dans tout ça? 


« Notre partenaire n’est ni Apple ni Google, mais Amazon, qui veut être présent dans l’autoédition, la librairie, la vente d’occasion… », reprend le PDG. 

« En France, les règles du jeu sont bonnes, comme le prix unique, le respect des droits d’auteurs. Bien sûr, Amazon n’est pas complètement à son aise dans ce dispositif favorable à la diversité des acteurs. Il effectue des pressions permanentes sur les conditions de vente. »

D'après lui, le vrai fléau serait les marketplace de livres d'occasion parce qu'ils « brouillent la perception du prix chez le consommateur » et « échappent totalement à la rémunération des auteurs et des éditeurs ».
 

"La force de notre maison, ce sont ses auteurs"


L'interview continue ensuite autour de Madrigall, ses projets, ou encore les regrets du Groupe. Avec comme premier point : le renoncement à publier les pamphlets antisémites de Céline. Le PDG affirme ne pas regretter d'avoir suspendu cette publication « eu égard à la montée de l'antisémitisme aujourd'hui ». Ce qu'il regrette en revanche, « ne pas avoir pu mener le travail préparatoire que devait appeler cette édition critique ». 
 
Il continue en affirmant que la force de leur maison « ce sont ses auteurs, ses éditeurs. Le fait d’être à l’affût de nouveaux talents, d’être capable de réagir rapidement et ne pas sacrifier aux succès à court terme. Croire dans les auteurs que nous publions et en accepter les échecs. Être heureux des succès qui arrivent comme le livre exceptionnel de Philippe Lançon Le Lambeau ». Une grande fierté pour lui de l'avoir publié, ajoute-t-il. 

Si la famille Gallimard et ses actionnaires historiques détiennent à plus de 75% le capital de Madrigall, LVMH en détient aujourd'hui 9,5 %. La question du rachat par LVMH ne se pose cependant pas pour Antoine Gallimard, ayant un pacte d’actionnaire et des accords de partenariat, « tout à fait profitables pour la maison ».

Via Le Monde


Commentaires
sickC'est scandaleux de privilégier ainsi cette pieuvre du capitalisme sauvage sans foi ni loi au détriment des libraires!
Si ces mêmes libraires s'intéressaient d'un peu plus près à l'auto-édition, peut-être que les auteurs arrêteraient d'encourager la plate-forme.

Sauf que quand on continue à nous mépriser et nous humilier, on va vers la meilleure solution.

Pendant des années, on a souffert pour vivre.

C'est tout de même bien ironique que vous sortiez les larmes de crocodile maintenant en vous faisant passer pour les pauvres victimes qui ne peuvent pas survivre... tout en continuant à mépriser l'auto-édition.

On s'en fout d'Amazon en réalité. On veut juste pouvoir vivre en tant qu'auteurs.

La littérature n'existe pas sans auteurs.

Elle peut exister sans libraires fermés d'esprit et même sans libraires du tout s'il ne commence pas à y avoir un minimum d'aide et de respect mutuel.

Les auteurs qui s'autoéditent sont des auteurs.

Et voir que même les maisons d'édition l'ont compris fait tout de même bien mal au cœur.
en même tant, sans parler de Gallimard qui n'est pas un éditeur mais un entrepreneur capitaliste, les éditeurs dont nombreux et aident les textes dans lesquels ils croient. S'ils ne croient pas dans votre texte, faudrait aussi savoir se remettre en question
Une personne est venue gentillement nous offrir, a nous gilets jaunes, à notre rond, point un livre 'les gilets jaunes" de votre groupe d'édition. quelle ironie! nous, gilets jaune, boycoutons AMAZON
Une personne est venue gentillement nous offrir, a nous gilets jaunes, à notre rond, point un livre 'les gilets jaunes" de votre groupe d'édition. quelle ironie! nous, gilets jaune, boycoutons AMAZON
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